Colombie: le président Santos suspend les visites des Farc

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Les FARC, issues en 1964 d'une insurrection paysanne, comptent encore environ 7000 combattants, selon les autorités.

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Florence PANOUSSIAN
Agence France-Presse
BOGOTA

Le président colombien Juan Manuel Santos a ordonné jeudi la suspension des visites en Colombie des négociateurs des Farc, qui avaient été autorisées l'an dernier dans le cadre des pourparlers de paix menés avec cette guérilla, à Cuba.

«Sur instructions du président de la République, les visites des délégués des Farc à leurs campements pour expliquer les accords (de paix) sont suspendues», a déclaré Humberto de la Calle, chef de l'équipe gouvernementale de négociation avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes).

Précisant que «cinq visites ont eu lieu à ce jour», il a dénoncé le fait que «lors de la dernière visite, le groupe dirigé par Ivan Marquez (chef des négociateurs des Farc à La Havane, ndlr) a violé les règles du jeu convenues de ne pas avoir de contact avec la population civile et encore moins d'apparaitre avec des hommes en uniforme et armés lors d'un évènement public».

«C'est une violation inacceptable», a ajouté M. de la Calle depuis le palais présidentiel de Nariño à Bogota, précisant que la visite avait eu lieu au Conejo, un hameau isolé tenu par les Farc, dans le département de La Guarija, situé près de la frontière avec le Venezuela.

Selon des photos et des images vidéo diffusées par des médias locaux et sur les réseaux sociaux, Ivan Marquez, numéro deux des Farc, était accompagné d'autres délégués de la guérilla aux dialogues de La Havane, dont Jesus Santrich et Joaquin Gomez.

«Pas de politique en armes»

M. de la Calle a rappelé qu'«une règle fondamentale de cet accord (sur les visites) est qu'il n'y ait pas de politique en armes» et précisé que «le gouvernement a demandé au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), et aux pays garants, Cuba et la Norvège, de prendre les mesures nécessaires pour que le groupe dirigé par Ivan Marquez regagne La Havane le plus rapidement possible».

Sur les images diffusées, les chefs des Farc apparaissent en civil, accompagnés de guérilleros en treillis militaires et armés, et parcourant le hameau où a été dressé un podium devant lequel des habitants brandissent des drapeaux blancs et colombiens.

«Nous allons enfin obtenir la paix! Que ressentent nos coeurs face à cette étape importante?», lance l'un des guérilleros depuis le podium.

Selon Jorge Restrepo, directeur du Centre de ressources pour l'analyse des conflits (Cerac), cette «crise» provoquée par la visite non autorisée de chefs des Farc est synonyme d'«une perte de crédibilité» du processus de paix. Cela porte «un coup politique au soutien citoyen à la négociation» d'un accord, a-t-il déclaré à l'AFP.

Selon les images, des guérilleros distribuent aux habitants du Conejo des prospectus en faveur d'une Assemblée constituante pour ratifier l'accord de paix définitif, une idée à laquelle s'oppose fermement M. Santos qui argue pour un plébiscite afin de ne pas risquer de remettre en cause les agréments conclus à La Havane.

«Les Farc ne l'ont pas encore accepté parce qu'elles pensent qu'il y a la possibilité d'une Assemblée constituante», a réaffirmé le chef de l'État jeudi lors d'un forum sur la paix, estimant que les guérilleros «cherchent bien sûr à faire leur révolution via une Assemblée constituante».

Le gouvernement de M. Santos et les Farc -issues en 1964 d'une insurrection paysanne et qui, selon les autorités, comptent encore quelque 7000 combattants- mènent depuis 2012 des négociations de paix, délocalisées à Cuba, et se sont engagés à signer un accord définitif d'ici le 23 mars, afin de mettre fin à plus de 50 ans de guerre interne.

La procédure d'approbation de l'accord définitif est un des derniers points de l'agenda des négociations, les plus avancées qu'il y ait jamais eu entre le gouvernement et les Farc, après trois échecs de pourparlers non aboutis.

Au fil des décennies, la complexe guerre interne colombienne a impliqué guérillas d'extrême gauche, paramilitaires d'extrême droite et forces armées, sur fond de violence dues au trafic de drogue, faisant 7,5 millions de victimes, dont au moins 220 000 morts et six millions de déplacés, selon des chiffres officiels.

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