Le Parlement vénézuélien paralysé

Accompagnée d'un groupe de députés de la coalition... (PHOTO MARCO BELLO, REUTERS)

Agrandir

Accompagnée d'un groupe de députés de la coalition de l'opposition, réunie sous le nom de Table de l'unité démocratique (MUD), d'avocats et des familles de prisonniers politiques, Lilian Tintori (au centre) s'est rendue lundi à l'Assemblée pour y déposer le texte.

PHOTO MARCO BELLO, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Maria Isabel SANCHEZ
Agence France-Presse
CARACAS

La Cour suprême du Venezuela a annoncé lundi que toutes les décisions du Parlement, désormais contrôlé par l'opposition, seraient invalidées, plongeant ce pays dans une crise politique et institutionnelle.

Par ailleurs, l'opposition a poursuivi son bras de fer avec le pouvoir chaviste - du nom du président défunt Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013 - du président Nicolas Maduro en présentant un projet de loi d'amnistie pour les prisonniers politiques, auquel le gouvernement a promis de s'opposer.

L'opposition se donne «six mois» pour faire partir par la voie constitutionnelle le président Maduro, auquel l'armée a réitéré son «soutien inconditionnel» la semaine dernière.

La Cour suprême de justice (TSJ) du Venezuela a annoncé lundi que toutes les décisions du Parlement seraient invalides, car trois députés antichavistes avaient été investis malgré leur suspension par le TSJ.

Le TSJ considèrera comme «nulles» les actes de l'Assemblée nationale passés et à venir, tant que les trois députés de l'opposition en question demeureront investis.

Les travaux suspendus

Le Parlement vénézuélien contrôlé par l'opposition a suspendu mardi ses travaux pour une journée après la décision de la Cour suprême d'invalider toutes ses actions.

Faute de quorum, le président de l'Assemblée nationale, le député antichaviste Henry Ramos Allup, a suspendu les travaux jusqu'à mercredi, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Selon des sources parlementaires, l'opposition était mardi en train de consulter ses juristes pour faire face à la décision de la Cour suprême, qu'elle juge acquise au chavisme.

En pleine crise institutionnelle, le Parlement vénézuélien avait dans un premier temps durci son bras de fer avec le gouvernement chaviste en maintenant sa session mardi, malgré la décision de la Cour suprême la veille d'invalider toute action du pouvoir législatif.

Deux jours après son arrivée aux manettes de la nouvelle assemblée le 5 janvier, l'opposition vénézuélienne avait défié le pouvoir chaviste en investissant les trois députés antichavistes suspendus par la justice, revendiquant ainsi la majorité des deux tiers qui lui confère de larges pouvoirs.

En effet, avec 112 députés et non plus 109 (sur 167) au Parlement monocaméral, l'opposition passe de la majorité des trois cinquièmes à celle des deux tiers, avec laquelle elle peut convoquer un référendum, mettre en place une assemblée constituante, voire entraîner, via une réduction de la durée de son mandat, le départ anticipé du président.

«L'opposition se donne «six mois» pour faire partir par la voie constitutionnelle le président Maduro, auquel l'armée a réitéré son «soutien inconditionnel» la semaine dernière.»


Amnistie de prisonniers politiques

Le TSJ, la plus haute autorité judiciaire du pays, est un acteur-clé de la bataille institutionnelle qui s'est ouverte entre le Parlement d'opposition et le pouvoir chaviste. Les nominations de juges y sont d'autant plus sensibles.

Or, l'opposition estime que le TSJ est acquis au chavisme, qui y a nommé 34 nouveaux juges (13 titulaires et 21 suppléants) fin décembre, et a mis en place lundi une commission pour enquêter sur cette affaire.

Lundi également, l'opposition a présenté une proposition de loi d'amnistie de plusieurs dizaines de prisonniers politiques, accentuant la confrontation avec le gouvernement chaviste.

«Nous avons livré une proposition élaborée, une loi, un décret. En route pour l'amnistie de tous les prisonniers politiques. Qu'aucun innocent ne soit oublié», a déclaré Lilian Tintori, épouse du leader de l'aile radicale de l'opposition Leopoldo Lopez, actuellement emprisonné.

Accompagnée d'un groupe de députés de la coalition de l'opposition, réunie sous le nom de Table de l'unité démocratique (MUD), d'avocats et des familles de prisonniers politiques, Mme Tintori s'est rendue lundi à l'Assemblée pour y déposer le texte.

Baptisée «Loi d'amnistie et de réconciliation», la proposition vise à amnistier les 76 prisonniers politiques que l'opposition recense et près de 4700 «persécutés politiques» (poursuivis par la justice) ou exilés en raison de leur opposition au chavisme, selon la MUD.

L'opposition, largement majoritaire au Parlement unicaméral du Venezuela pour la première fois en plus de 16 ans, n'a pas précisé combien de temps prendrait l'adoption du texte.

Peu après la victoire de l'opposition aux élections législatives de décembre, le président Maduro avait prévenu qu'il s'opposerait à l'adoption d'une telle loi.

Mais selon le juriste José Ignacio Hernandez, M. Maduro ne peut bloquer l'amnistie et pourra uniquement faire des observations avant de la promulguer, à moins de «violer la Constitution».

Le leader de l'opposition Leopoldo Lopez a été condamné en septembre à près de 14 ans de prison pour incitation à la violence lors des manifestations de 2014, qui avaient fait 43 morts officiellement.

Pénuries au quotidien et inflation galopante (200 % selon les experts) suscitent un mécontentement populaire qui a profité à l'opposition.

Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves pétrolières du monde, a vu son économie s'effondrer ces derniers mois au même rythme que les cours du brut.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer