Haïti: l'absence d'actions face au risque sismique déplorée

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Un travailleur de la construction à l'oeuvre à Pétionville, en banlieue de Port-au-Prince, le 20 janvier 2014.

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Amelie BARON
Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE

Le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7 ravageait Haïti, tuant plus de 200 000 personnes selon l'ONU. Six ans plus tard, le sismologue haïtien Claude Prépetit s'inquiète de l'absence de mesures politiques face à un risque sismique toujours élevé.

Q : Le séisme du 12 janvier 2010 a montré la grande vulnérabilité d'Haïti face à ce risque naturel. Qu'est-ce qui a changé en six ans?

R : «Sur le plan scientifique, nous avons réalisé l'étude du microzonage sismique de l'agglomération métropolitaine, établi les cartes qui montrent les types de sols, puisque l'on parle de la reconstruction de Port-au-Prince. Dans le nord du pays, qui est une zone à haut risque, la cartographie a également été faite. Avant le 12 janvier 2010, nous avions une vingtaine de sites de géodésie spatiale par GPS, maintenant nous avons plus de 130 sites mesurés régulièrement. L'une des informations révélées au cours de ces six années d'études est que le département du centre, que l'on croyait plus tranquille, se déforme également. Cela veut donc dire que la menace sismique est moyenne, et non nulle, dans le centre, et élevée dans le nord et dans la péninsule sud de l'île».

Q : Mais ces informations scientifiques n'ont pas changé les mauvaises habitudes en matière de construction?

R : «C'est là que le bât blesse. Il existe un code de construction en Haïti depuis 2012, mais qui se charge de le faire respecter? Il faut passer à la phase opérationnelle, car la finalité de nos études est de réduire la vulnérabilité de la population. C'est d'éviter qu'au prochain séisme on ait 300 000 morts. Or pendant 6 ans, très peu d'actions et de décisions ont été prises. La traduction opérationnelle des informations scientifiques n'existe pas encore. Les collectivités territoriales devraient s'approprier ces données, car ce sont les mairies qui délivrent les permis de construire. Mais concrètement, on n'a pas agi sur le bâti, on n'a pas éduqué la population».

Q : Qu'arriverait-il si un séisme équivalent à celui de 2010 se produisait demain en Haïti?

R : «Les dégâts seraient malheureusement similaires. En 1842, la moitié de la population du Cap-Haïtien, 5000 personnes, avait été tuée lors d'un séisme. Aujourd'hui, cette région du Grand Nord compte plus de 500 000 habitants et on n'agit pas vraiment pour réduire leur vulnérabilité (...). Le 12 janvier 2010, on a pensé que c'était la faille de la presqu'île du sud qui avait craqué, mais après études, on a établi qu'il s'agissait d'une faille secondaire, alors inconnue. Donc l'énergie sur la faille du sud est toujours intacte et a augmenté durant ces six dernières années. Elle peut se libérer à n'importe quel moment. Il peut y avoir des secousses de magnitude 7.8 sur la faille septentrionale et 7.2 sur la faille de la presqu'île du sud. C'est tout à fait frustrant de lancer les alertes et de ne pas voir de réactions, car notre finalité n'est pas de faire de belles cartes, mais, en tant que citoyen, c'est de voir que des mesures sont prises pour limiter les dégâts. Le 12 janvier 2010, on a quand même perdu 8 milliards de dollars et près de 300 000 personnes (selon les autorités haïtiennes, NDLR) : il faut éviter qu'une telle catastrophe ne se répète».

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