Extrader El Chapo vers les États-Unis prendra au moins un an

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Joaquin «El Chapo» Guzman est escorté par des militaires mexicains alors qu'il est présenté à la presse, à Mexico, le 8 janvier.

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Sylvain ESTIBAL
Agence France-Presse
MEXICO

Le processus d'extradition vers les États-Unis du narcotrafiquant mexicain Joaquin «El Chapo» Guzman prendra au moins un an, voire plus si ses avocats utilisent tous les recours légaux, ont averti les autorités lundi, faisant craindre une nouvelle évasion.

Le Mexique a ouvert la voie ce week-end à l'extradition vers les États-Unis d'«El Chapo», arrêté vendredi. Le président mexicain Enrique Pena Nieto avait jusqu'alors refusé son transfert, promettant de le juger et de l'incarcérer au Mexique.

Mais sa rocambolesque évasion en juillet, par un tunnel creusé sous la prison de haute sécurité d'Altiplano, près de Mexico, a porté un coup très dur à la crédibilité du gouvernement et changé la donne.

Dimanche, des représentants d'Interpol se sont rendus à la prison d'Altiplano, où le baron de la drogue est de nouveau incarcéré, pour délivrer «deux mandats d'arrêt aux fins d'extradition», lançant formellement la procédure qui pourrait être longue.

«Le délai moyen est d'un an, mais cela pourrait aller jusqu'à cinq ans», a indiqué la procureure générale mexicaine Arely Gomez sur la radio Radio Formula.

L'avocat d'«El Chapo» s'est engagé à mener un combat juridique «dur», pouvant aller jusqu'à la Cour suprême, au motif que le chef du cartel de Sinaloa risque la peine de mort aux États-Unis.

Les mesures de sécurité ont été renforcées à la prison d'Altiplano afin d'éviter une nouvelle évasion d'«El Chapo», potientellement désastreuse pour le gouvernement d'Enrique Pena Nieto.

La diplomatie américaine a mis en garde lundi le Mexique et exprimé ses «inquiétudes» face à un tel risque.

«Le monde observe comment cette affaire est menée», a souligné le porte-parole du département d'État américain John Kirby.

Le narcotrafiquant s'était déjà évadé d'une prison de haute sécurité mexicaine en 2001, caché dans un panier de linge sale.

Le raid qui a mené à l'arrestation d'El Chapo



Cela pourrait être plus long encore : «Nous avons eu des procédures d'extradition qui nous ont pris entre quatre et six ans, en fonction des recours déposés par les avocats,» a encore déclaré ce responsable.

«Dans l'hypothèse où le ministère des Affaires étrangères considèrerait qu'il y a suffisamment d'éléments pour donner son feu vert à l'extradition, il (El Chapo) pourrait encore déposer un recours» devant la justice, a-t-il expliqué.

Enfin, après que les juges auront rendu leur décision sur l'extradition, et quand le ministère des Affaires étrangères mexicain aura pris une décision finale, Guzman pourra encore faire appel.

Combat juridique

L'avocat d'El Chapo s'est engagé à mener un combat juridique «dur», pouvant aller jusqu'à la Cour suprême, pour s'opposer à l'extradition du chef du cartel de Sinaloa vers les États-Unis, au motif qu'il risque là-bas la peine de mort.

Le chef du cartel de Sinaloa fait l'objet de poursuites dans plusieurs États américains : en Arizona, en Californie, au Texas, en Illinois, à New York ainsi qu'en Floride.

Joaquin «El Chapo» Guzman a été arrêté vendredi à Los Mochis, dans l'État de Sinaloa (nord-ouest), six mois après son évasion rocambolesque de la prison à haute sécurité d'Altiplano, le 11 juillet dernier, humiliant le président Peña Nieto qui se trouvait alors en visite en France, et qui avait tenu à le faire incarcérer au Mexique.

C'était en effet la deuxième fois que le narcotrafiquant s'échappait d'une prison à haute sécurité mexicaine, après une première évasion en 2001 dans un panier de linge sale.

Une entrevue accordée par El Chapo en cavale



Le gouvernement ne peut cette fois prendre le risque d'une nouvelle évasion du puissant baron de la drogue, qui serait politiquement désastreuse, estiment certains analystes.

Avant même son arrestation, les autorités mexicaines ont préparé la voie, des juges lançant des mandats d'arrêt à fin d'extradition dès le mois d'août.

Le gouvernement mexicain avait précisé avoir reçu une demande formelle d'extradition des États-Unis le 25 juin, soit deux semaines avant l'évasion.

Plusieurs hommes politiques américains ont appelé ce week-end le président Barack Obama à réclamer l'extradition de Guzman.

Mais pour le sénateur mexicain Miguel Barbosa, un des leaders du Parti révolutionnaire démocratique (PRD, gauche), El Chapo doit être jugé dans son pays. Extrader Guzman «serait choisir la facilité et, une fois de plus, l'État mexicain montrerait qu'il n'a pas la force de punir sur son territoire ceux qui commettent des crimes», a-t-il déclaré.

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Un homme présenté comme Sean Penn, à l'aéroport de Guadalajara, le 2 octobre.

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Une femme, identifiée comme Kate del Castillo, à l'aéroport de Guadalajara, le 2 octobre.

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Sean Penn surveillé?

En parallèle, les autorités mexicaines cherchaient lundi à interroger l'acteur américain Sean Penn et l'actrice mexicaine Kate del Castillo sur leur rencontre secrète en octobre avec le fugitif, notamment pour une interview publiée samedi par le magazine américain Rolling Stone.

Selon des photos diffusées lundi par le quotidien mexicain El Universal, les deux acteurs étaient surveillés par les autorités mexicaines avant leur rencontre avec «El Chapo».

Une photo les montre arrivant à l'aéroport de Guadalajara le 2 octobre. Sur une autre image, on les voit saluer un homme avant de monter dans une voiture qui les a conduits jusqu'à une piste de décollage dans l'État voisin de Nayarit, indique le quotidien.

Un des avions dans lequel ils ont embarqué et qui les a conduits jusqu'à «El Chapo» apparaît sur un cliché.

Les images sont extraites d'un rapport des services mexicains de renseignements, indique El Universal.

Dans son article publié dans Rolling Stone, Sean Penn affirme qu'il avait reçu des «indices crédibles» lui donnant à penser que l'agence américaine anti-drogue (DEA) «était au courant de leur voyage au Mexique».

La procureure mexicaine a confirmé que la rencontre avait été un «élément essentiel» ayant permis la capture de Guzman.

Le 6 octobre, soit quatre jours après l'entretien, Guzman a évité de jutesse son arrestation après un raid de l'armée dans l'État de Durango, mais les militaires n'ont pas tiré car Guzman fuyait avec deux femmes et une petite fille.

Joaquin «El Chapo» Guzman a finalement été arrêté vendredi à Los Mochis, dans l'État de Sinaloa.

Une vidéo diffusée lundi montre l'opération menée par la Marine mexicaine, prenant d'assaut, pièce par pièce, la maison où Guzman s'était réfugié.

«El Chapo» est parvenu à s'enfuir à travers un tunnel dissimulé derrière un miroir, près d'une chambre, et conduisant à un large conduit de drainage des eaux de pluies de la ville.

Le baron de la drogue et son chef de la sécurité sont ressortis à l'air libre par une bouche d'égout, avant de voler un véhicule dans lequel ils ont finalement été interpellés par les militaires.

Les deux acteurs saluant un homme avant de... (PHOTO EL UNIVERSAL) - image 7.0

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Les deux acteurs saluant un homme avant de monter dans une voiture.

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Une autre photo, visible sur le site du journal, montre les deux acteurs saluant un homme avant de monter dans une voiture qui devait les conduire vers une piste d'atterrissage dans l'état voisin de Nayarit, selon le journal.

L'un des deux avions, utilisé ensuite apparemment pour rejoindre la cachette d'«El Chapo», est également photographié.

Les services du procureur n'étaient pas immédiatement disponibles pour commenter ces images.

Les autorités mexicaines cherchent à interroger Sean Penn et Kate del Castillo, sur leur rencontre secrète en octobre avec le fugitif, notamment pour une interview publiée samedi par le magazine américain Rolling Stone.

«El Chapo» a accueilli Sean Penn en un lieu isolé dans la jungle en l'appelant «compadre» (compagnon) et en lui faisant une grande accolade.

La rencontre a duré sept heures et a déclenché de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, tandis que le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Marco Rubio l'a qualifiée de «grotesque».

Un journaliste peut interroger un trafiquant de drogue, or «ce ne sont pas des journalistes», a ajouté une autre source du gouvernement mexicain.

Le magazine américain Rolling Stone a publié samedi l'entretien, relu par le narcotrafiquant avant diffusion, et accompagnée d'une photo prise le 2 octobre de la poignée de main des deux hommes, sur laquelle Guzman apparaît, moustachu et portant une chemise en soie.

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