La présidentielle haïtienne dans l'impasse

Le candidat de l'opposition Jude Célestin... (Photo Dieu Nalio Chery, AP)

Agrandir

Le candidat de l'opposition Jude Célestin

Photo Dieu Nalio Chery, AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Amelie BARON
Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE

La campagne pour le second tour de l'élection présidentielle haïtienne s'est ouverte vendredi dans un contexte de crise, le candidat de l'opposition Jude Célestin refusant de participer au scrutin tant que l'administration électorale ne sera pas profondément remaniée.

«Jude Célestin ne lance pas sa campagne et ne participera pas au scrutin du 24 janvier tant que les recommandations de la commission indépendante ne seront pas appliquées», affirme Augustin Jinaud, porte-parole du candidat de l'opposition. «Le président (Michel) Martelly n'a pas organisé d'élections pendant cinq ans et il nous presse aujourd'hui dans cette mascarade électorale que l'on ne peut valider», explique-t-il.

Vendredi après-midi, son adversaire Jovenel Moïse a lui organisé un défilé avec ses partisans à travers Pétionville, la commune la plus prospère de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince.

«Une élection appartient au peuple et il faut travailler pour obtenir sa confiance», a déclaré à l'AFP M. Moïse, qui a fait part de ses doutes quant à l'absence de campagne de Jude Célestin.

«Une campagne est comme un iceberg, avec une partie immergée. Il a sa stratégie, j'ai la mienne», a indiqué vendredi soir le candidat du pouvoir. «Ma stratégie, c'est de sortir au contact de la population, marcher avec elle, faire des discours publics. Mais selon moi, lui aussi est en campagne, car il a aussi sillonné le pays», a expliqué M. Moïse qui, en interview comme en discours, s'attache à ne jamais prononcer le nom de Jude Célestin.

Au premier tour du scrutin présidentiel, le 25 octobre, Jovenel Moïse avait recueilli 32,76 % des voix, contre 25,29 % pour Jude Célestin, des résultats qualifiés de «farce ridicule» par M. Célestin.

Devant la fronde de l'opposition, qui n'a cessé de dénoncer des fraudes massives au profit de M. Moïse, le Conseil électoral provisoire (CEP) avait décidé de reporter au 24 janvier le second tour du scrutin présidentiel et les législatives partielles, prévus initialement le 27 décembre.

Une commission indépendante d'évaluation électorale, formée pour répondre aux exigences de l'opposition, a conclu que les élections du 25 octobre avaient été «entachées d'irrégularités».

Critiquant la médiocrité du travail du CEP, dont certains membres sont par ailleurs accusés de corruption, la commission a aussi indiqué que «le CEP actuel n'est pas à l'écoute du peuple haïtien pour qui il travaille».

Vendredi, plusieurs centaines de partisans de l'opposition ont manifesté à Port-au-Prince contre ce qu'ils considèrent être «un coup d'État électoral» et appelé à la «désobéissance civile».

Faible crédibilité

Face à cette impasse politique, la communauté internationale, qui a largement financé les opérations électorales, appelle pourtant à la poursuite du processus.

Après la visite mercredi et jeudi en Haïti de Thomas Shannon, conseiller au département d'État américain, les États-Unis ont réaffirmé leur «engagement à travailler avec le conseil électoral provisoire et les partenaires internationaux d'Haïti pour appuyer des élections justes, crédibles, qui se déroulent dans la sécurité et qui reflètent la volonté du peuple haïtien».

La mission d'observation électorale de l'organisation des États américains (MOE-OEA) a estimé de son côté, dans une déclaration diffusée jeudi soir, qu'«en dépit d'irrégularités, l'information recueillie par la MOE-OEA sur le terrain n'a pas révélé de divergences par rapport aux résultats définitifs des présidentielles publiés par le CEP en ce qui a trait aux deux candidats admis au second tour».

Mais en marge de ces déclarations officielles, certains diplomates en Haïti reconnaissent «la crise immense qui va porter au pouvoir un président et un gouvernement qui n'auront qu'une très faible crédibilité et seront donc contestés dans les rues».

L'apathie de la campagne électorale, à laquelle seul le candidat du pouvoir contribue pour l'heure de façon visible, risque d'affecter la participation citoyenne déjà faible.

Dans le pays en proie à d'immenses difficultés économiques, où 60 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, les élections ne suscitent guère l'intérêt des citoyens. Lors du premier tour du scrutin présidentiel, seuls 26 % des électeurs avaient voté.

Depuis la fin de la dictature des Duvalier en 1986, Haïti connaît une crise démocratique émaillée de coups d'État et d'élections contestées qui fragilisent le développement économique du pays, encore marqué par le terrible séisme de janvier 2010 qui a fait plus de 200 000 morts.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer