Cuba et États-Unis dialoguent à l'ombre de l'embargo

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À plusieurs reprises cette année, le président Obama a exprimé sa volonté de lever l'embargo, mais la décision appartient au Congrès.

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Alexandre GROSBOIS
Agence France-Presse
La Havane

Cuba et les États-Unis ont renoué le contact et ouvert le vaste chantier de la normalisation de leurs relations il y a un an, mais le rapprochement entre ces anciens ennemis de la guerre froide reste suspendu à la levée de l'embargo imposé en 1962 par Washington.

Le 17 décembre 2014, les présidents Barack Obama et Raul Castro annonçaient à la surprise générale leur volonté de tourner la page après plus d'un demi-siècle d'affrontements et de provocations de part et d'autre du Détroit de Floride.

En juillet, les deux pays rétablissaient leurs relations diplomatiques et Cuba obtenait son retrait de la liste noire américaine d'«États soutenant le terrorisme».

Parallèlement, hauts responsables, délégations d'entrepreneurs, sportifs et artistes américains se sont bousculés à La Havane pour prendre le pouls de l'ouverture mais aussi donner une portée symbolique à ce processus historique.

Mais passées l'annonce spectaculaire de fin 2014 et une rencontre historique entre MM. Obama et Castro au Sommet des Amériques, en avril au Panama, le commerce bilatéral demeure limité et l'embargo américain entrave toujours l'ouverture économique entamée ces dernières années par Raul Castro.

À l'exception d'une série d'allègements concédés depuis l'annonce du dégel, l'embargo interdit toujours aux Américains d'investir et de faire du tourisme sur l'île, et Washington menace de fortes amendes les entreprises ayant des ramifications aux États-Unis qui se risquent à faire des affaires à Cuba.

Des entreprises comme Netflix et Airbnb ont pu étendre leurs activités dans l'île cette année en n'autorisant le paiement qu'avec des cartes de crédit issues de banques étrangères.

De leur côté, les autorités cubaines «ont répondu de manière très prudente aux initiatives» américaines en vue d'assouplir l'embargo, souligne Jorge Duany, du Cuban Research Institute de l'université de Floride.

«De nombreuses mesures unilatérales proposées par le gouvernement américain telles que l'autorisation du transport aérien et maritime et l'exportation de technologies de communication (...) sont encore en attente d'actions réciproques du gouvernement de Cuba», explique-t-il.

S'agit-il de frilosité? D'un manque de préparation? D'une volonté de ne pas céder un pouce de terrain tant que l'embargo est encore en place? Les experts hésitent sur les motivations de La Havane.

«La partie cubaine pourrait en faire plus pour tirer avantage des nouvelles ouvertures», estimait mardi le chargé d'affaires américain à La Havane Jeffrey DeLaurentis.

«Ni McDonald's, ni liberté»

Pour la majorité des Cubains, en dépit d'un afflux accru de touristes (+15% au premier semestre 2015), la situation économique et politique demeure globalement inchangée.

La journaliste dissidente Yoani Sanchez dénonçait mardi dans un billet intitulé «ni McDonald's, ni liberté» que si «2015 promettait d'être l'année du décollage économique et de l'ouverture, on en était très éloigné dans les faits».

À plusieurs reprises cette année, le président Obama a exprimé sa volonté de lever l'embargo, mais la décision appartient au Congrès, dont la majorité républicaine reste globalement hostile au rapprochement avec La Havane.

Les républicains reprochent à la Maison-Blanche d'accorder, par ce rapprochement, un blanc-seing aux autorités castristes.

Pourtant, Barack Obama a voulu donner des gages à ses concitoyens en affirmant accompagner ce changement de stratégie vis-à-vis de l'île d'un regard attentif sur les droits de l'homme.

Lundi, il a d'ailleurs lié un éventuel déplacement à Cuba à «des progrès sur les libertés des Cubains ordinaires», quelques jours après une journée mondiale des droits de l'homme encore marquée par des dizaines d'arrestations sur l'île.

Pour Cuba, les libertés publiques relèvent de la sacrosainte «souveraineté nationale», mais La Havane a accepté d'entamer des discussions sur le modèle d'autres négociations menées avec Washington concernant les contentieux financiers ou l'immigration.

La question migratoire préoccupe d'ailleurs fortement La Havane, car le rapprochement avec Washington a provoqué une vague de migrants cubains vers les États-Unis. La plupart d'entre eux redoutent la disparition du régime spécial d'immigration dont ils bénéficient.

Selon l'institut Pew Research Center, plus de 43 000 Cubains ont rejoint les États-Unis au cours de l'année fiscale 2015, soit un bond de 78% en un an. Une situation qui a contraint les autorités cubaines à rétablir des restrictions de voyages pour ses précieux médecins le 1er décembre.

Outre l'embargo, Cuba lie aussi la complète normalisation de ses relations avec Washington à la restitution de la base de Guantanamo, occupée par les États-Unis depuis 1903.

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