Venezuela: Maduro demande la démission de son gouvernement

Nicolas Maduro lors de son émission télévisée hebdomadaire.... (PHOTO REUTERS)

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Nicolas Maduro lors de son émission télévisée hebdomadaire.

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Katell ABIVEN
Agence France-Presse
CARACAS

Le président du Venezuela Nicolas Maduro a demandé la démission du gouvernement deux jours après l'écrasante victoire de l'opposition aux législatives qui lui permet d'exercer d'importantes prérogatives, voire de forcer un départ anticipé du chef de l'État.

«J'ai demandé au Conseil des ministres de présenter sa démission pour effectuer un processus de restructuration, de rénovation et de profonde relance de tout le gouvernement national», a déclaré M. Maduro lors de son émission télévisée hebdomadaire.

«Voilà ce que je veux: un programme pour la nouvelle étape de la révolution, avec une correction profonde - un sursaut, bordel!», a lancé le chef de l'État.

Réunie au sein de la coalition de la Table de l'unité démocratique (MUD), l'opposition a obtenu la majorité des deux tiers au Parlement, soit 112 sièges sur 167, a indiqué le Conseil national électoral (CNE).

Cinquante-cinq sièges sont détenus par le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) de M. Maduro, qui contrôlait le Parlement depuis 16 ans.

Le secrétaire général de la MUD, Jesus Torrealba, a indiqué que les 112 députés se réuniraient jeudi pour évoquer leur rôle dans la future Assemblée, qui sera installée le 5 janvier.

Cette majorité des deux tiers permet entre autres de convoquer un référendum ou de mettre en place une assemblée constituante.

De plus, en détenant les deux tiers des sièges, l'opposition «pourra reformuler la composition du Tribunal suprême, qui ces derniers temps a toujours pris des décisions favorables au gouvernement», explique Carlos Malamud, expert sur l'Amérique latine à l'institut Real Elcano de Madrid.

Avec une telle majorité, elle pourra également nommer les membres du CNE, approuver et modifier des lois organiques, soumettre à référendum des traités internationaux et des projets de loi, voter des projets de réforme constitutionnelle, voire entraîner, via une réduction de la durée de son mandat, le départ anticipé du président Nicolas Maduro.

L'opposition n'avait jamais eu autant de pouvoir. L'Assemblée, au même titre que tous les organes de l'État, était dominée par le chavisme, le mouvement du président défunt Hugo Chavez (1999-2013), depuis 1999.

Maduro fragilisé 

Cette victoire, intervenue dans un contexte de mécontentement populaire face à la crise économique qui frappe ce pays pétrolier, constitue un coup dur pour le président Maduro, 53 ans, au pouvoir depuis 2013.

«Le fait que l'Assemblée passe à l'opposition change les règles du jeu», estime Luis Vicente Leon, président de l'institut de sondages Datanalisis.

L'analyste met toutefois en garde: «L'opposition ne doit pas se leurrer». Les Vénézuéliens n'ont pas voté pour elle afin de «se débarrasser de Maduro, mais pour que soit résolu le fait qu'il n'y a pas d'oeufs, pas de sucre, car la crise économique est brutale».

Le président Maduro, dont le mandat court jusqu'en 2019, a convoqué son parti à une journée de consultations jeudi, espérant qu'y soient faites des «critiques et autocritiques constructives».

M. Maduro a précisé que ces consultations devraient aboutir à des stratégies en matière économique et politique, avec notamment des mesures contre le «bureaucratisme» et la «corruption».

Sur le site Aporrea, portail d'informations proche du chavisme, des voix commencent à sérieusement mettre en doute le maintien au pouvoir du président. «Dès aujourd'hui, la direction du PSUV devrait organiser une conférence de presse pour annoncer non seulement la démission de Nicolas, qui est le président du parti, mais aussi appeler à des élections de nouvelles autorités pour mars 2016», écrit l'un des journalistes du site, Rafael Rodriguez Olmos.

Prédisant une «paralysie politique» entre un Parlement et un gouvernement radicalement opposés, l'analyste vénézuélien Diego Moya-Ocampos, du cabinet IHS, prévoit que «pour sortir de la crise institutionnelle, l'opposition cherchera, depuis l'Assemblée nationale, à promouvoir un référendum révocatoire (contre Nicolas Maduro), qui pourra avoir lieu à partir du 1er avril 2016», à la moitié de son mandat.

«La capacité du président Maduro à rester au pouvoir dépendra de sa capacité à maintenir le calme dans le pays et à garder le soutien de l'armée et de la Cour suprême», estime-il.

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