Venezuela: des législatives qui pourraient coûter la présidence à Maduro

Le président Nicolas Marduro salue une jeune partisane... (PHOTO REUTERS/MIRAFLORES)

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Le président Nicolas Marduro salue une jeune partisane lors d'un rassemblement électoral à Maracaibo - ville située à 500 kilomètres à l'ouest de Caracas -, le 28 novembre.

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Alexander MARTINEZ
Agence France-Presse
CARACAS

«Maduro, ce n'est pas Chavez», ont l'habitude de dire les partisans inconsolables de l'ex-président vénézuélien décédé en 2013, alors que son héritier politique Nicolas Maduro peine encore à s'affirmer au sein même de son camp, affaibli à l'approche des élections législatives.

Le 6 décembre, l'opposition, donnée largement favorite dans les sondages, menace de ravir la majorité parlementaire au pouvoir en place, pour la première fois en 16 ans.

Mais à chaque discours, Nicolas Maduro, 53 ans, répète inlassablement: «Le 6 décembre, c'est Chavez qui gagne!», poursuivant ainsi le culte de la personnalité envers l'ancien président, presque trois ans après sa mort.

L'image de ce dernier est omniprésente dans la campagne, à travers ses vieilles allocutions télévisées, rediffusées, ou encore le dessin représentant ses yeux, peint sur de nombreux murs.

Mais dans un contexte de grave crise économique, combinant inflation galopante et pénuries au quotidien, le chavisme n'a plus vraiment la cote.

Selon un sondage récent de la société Datanalisis, 60 % de ceux se disant militants du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV, au pouvoir) ont une opinion négative de la situation du pays, qui dispose pourtant des plus importantes réserves pétrolières au monde.

«Le chavisme sous Maduro s'est considérablement affaibli», observe Luis Vicente Leon, président de Datanalisis, soulignant que le président «n'est pas un leader charismatique» comme l'était Hugo Chavez.

Pourtant adoubé par l'ex-président, Nicolas Maduro, ancien chauffeur de bus investi en avril 2013, n'a même pas profité d'un effet lune de miel, fragilisé d'emblée par un recours de l'opposition contestant sa victoire et par le début de la crise économique.

Un an plus tard, ce sont les prix du pétrole brut, quasiment la seule richesse du pays, qui ont commencé à s'effondrer, tandis que de violentes manifestations déchiraient le Venezuela pendant plusieurs mois, faisant officiellement 43 morts.

La popularité du président n'a cessé de baisser pour atteindre aujourd'hui 22 % selon Datanalisis.

Pour l'ancien cadre du PSUV Gonzalo Gomez, à l'inverse de M. Maduro, M. Chavez prenait «des mesures courageuses» et parvenait à jouer le rôle d'«arbitre», même avec l'opposition.

Son problème «n'est pas un problème de capacité individuelle, mais de définition de sa politique», estime cet homme qui dirige désormais Marée socialiste, mouvement proche, mais critique du chavisme. «Maintenant, il y a beaucoup d'hésitations, des choses qui sont annoncées, mais qui ne se font pas».

«Radicaliser la révolution»

«La grande force de Chavez, c'est qu'il était capable de préserver l'homogénéité de son camp», alors que M. Maduro «a beaucoup plus de mal», renchérit Olivier Dabène, président de l'OPALC, observatoire de l'Amérique latin de l'Institut de sciences politiques de Paris.

Pour Luis Vicente Leon, face à un président sans vraie capacité de leadership et qui ne prend pas de mesures efficaces pour redresser l'économie, il est inévitable que les chavistes lui reprochent d'avoir «détérioré l'héritage» de son prédécesseur, chantre de la révolution bolivarienne, et se divisent encore plus alors qu'ils sont en position de faiblesse avant les élections.

Il prédit que si l'opposition l'emporte largement le 6 décembre, un «chavisme non maduriste» pourrait être tenté d'éjecter du pouvoir le président actuel pour y placer un autre homme fort du parti, susceptible de gagner la présidentielle de 2019.

D'anciens collaborateurs d'Hugo Chavez, comme l'ex-ministre Ana Elisa Osorio, ont d'ailleurs déjà dit que Nicolas Maduro devra démissionner en cas de défaite aux législatives.

Ce dernier se veut confiant, assurant disposer d'un «noyau dur» de 40 % des votants et multipliant les promesses, comme celle de maintenir les programmes sociaux, pilier du programme du PSUV, malgré la chute des prix du pétrole.

Mais «tout le monde n'a pas la capacité de Chavez», note un ex-guérillero de 78 ans, militant du PSUV, qui témoigne sous couvert d'anonymat et s'inquiète des «profiteurs» au plus haut niveau du pouvoir, qui «n'ont pas laissé Maduro gouverner». La solution, pour lui? «Radicaliser la révolution».

Même opinion pour Juan Fernandez, militant de 50 ans: «Le gouvernement a des ratés en sécurité et en approvisionnement (des magasins), il doit passer à la méthode forte. Une révolution ne peut pas se faire de façon aussi douce».

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