Colombie: attaque meurtrière au lendemain d'un scrutin «pacifique»

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Selon un expert, «le conflit entre l'ELN et le gouvernement continue» et ces attaques ne sont qu'«un acte de guerre de plus».

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Florence PANOUSSIAN
Agence France-Presse
Bogota

Au lendemain d'une journée électorale saluée comme «la plus pacifique» de l'histoire de la Colombie, une attaque de la guérilla de l'ELN a fait lundi 12 morts, trois blessés et six disparus, endeuillant ce pays déchiré par plus d'un demi-siècle de conflit.

«Alors que nous avons eu une journée électorale pacifique, la plus tranquille de ces derniers temps, l'ELN a assassiné aujourd'hui à Güican, dans le Boyaca, 11 soldats de notre armée de terre et un policier», a déclaré le président Juan Manuel Santos, lors d'une intervention télévisée en début de soirée depuis le palais présidentiel Casa de Nariño, à Bogota.

Ces 12 membres de forces de l'ordre ont été tués au cours d'une attaque aux explosifs de l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste), alors qu'ils gardaient des bulletins de vote des élections régionales et municipales de la veille.

Le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, a ensuite ajouté que trois militaires avaient en outre été blessés et six personnes étaient portées disparues, dont trois autres membres des forces de l'ordre, deux agents électoraux et un guide indigène de la communauté U'wa.

L'attaque a été menée dans le hameau indigène de Bachira, sur la commune de Güican, où les forces de l'ordre gardaient «130 bulletins de deux bureaux de vote», a précisé le ministre.

«Cela démontre que l'ELN n'a pas compris que nous sommes dans un temps de paix, et non de guerre», a déploré le président Santos, dont le gouvernement a entamé en janvier 2014 des «dialogues préparatoires» à des négociations de paix avec l'ELN, seconde guérilla de Colombie avec quelque 2500 hommes.

La veille, une autre attaque de l'ELN dans le département d'Antioquia, au cours de laquelle un soldat avait été tué, avait été l'incident le plus grave d'une journée électorale dont le calme avait été salué par les autorités et les observateurs internationaux. Le ministre de l'Intérieur, Juan Fernando Cristo, l'avait même qualifiée de «la plus pacifique et la plus sûre de l'histoire de la Colombie».

L'ELN «se trompe»

«Si l'ELN pense qu'avec de tels actes, elle va gagner un espace politique ou se renforcer dans la perspective d'une éventuelle négociation, elle se trompe complètement. C'est exactement le contraire. J'ai ordonné au ministre de la Défense de redoubler d'efforts, d'intensifier ses actions militaires contre cette organisation», a souligné le chef de l'État.

Le gouvernement de M. Santos mène par ailleurs depuis novembre 2012 des pourparlers avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), principale guérilla du pays avec quelque 7.000 combattants. Les deux parties se sont engagées à signer un accord de paix définitif avant le 23 mars prochain.

Le Défenseur du peuple, institution gouvernementale chargée du respect des droits de l'Homme, a jugé l'action de l'ELN «contraire au droit international humanitaire», soulignant que le groupe attaqué «accompagnait une commission électorale composée de civils», selon un communiqué.

Dimanche, quelque 34 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes afin de désigner les gouverneurs et députés des 32 départements du pays, ainsi que les maires et conseillers des 1102 communes.

Les FARC observent une trêve unilatérale depuis juillet. Mais si le gouvernement a suspendu ses bombardements aériens contre cette guérilla, il n'a pas baissé la garde. Six guérilleros de l'ELN et un soldat ont ainsi été tués lors d'opérations militaires la semaine dernière dans le département de Bolivar (nord-est) et six autres de l'ELN en septembre dans le Cauca (sud-ouest).

Selon l'expert Victor de Currea, «le conflit entre l'ELN et le gouvernement continue» et ces attaques ne sont qu'«un acte de guerre de plus». «Nous sommes dans une phase préliminaire du processus de paix», a déclaré à l'AFP ce professeur de l'Université Javeriana.

Mais Jorge Restrepo, du Centre de ressources pour l'analyse des conflits (Cerac), craint «une escalade des actions de la force publique contre l'ELN, ce qui va réduire encore la probabilité d'un dialogue» de paix.

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