Le Guatemala vote en masse pour un acteur comique

Connu pour le personnage naïf de «Neto» qui,... (PHOTO REUTERS)

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Connu pour le personnage naïf de «Neto» qui, dans un film, a failli devenir président par accident avant d'y renoncer à la dernière minute, Jimmy Morales a percé de manière spectaculaire ces derniers mois sur la scène politique nationale.

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Edgar CALDERON, Henry MORALES ARANA
Associated Press
GUATEMALA

Le Guatemala a voulu dimanche tourner la page de la corruption qui a mené en prison son précédent président, en votant en grande majorité, pour lui succéder, en faveur d'un acteur comique sans aucune expérience politique.

Humoriste, comédien et animateur de télévision, Jimmy Morales, 46 ans, a revendiqué dans la soirée la victoire au second tour de l'élection présidentielle, fort de son score écrasant (68,73% des voix) selon des résultats officiels portant sur 53,85% des suffrages exprimés.

L'ex-première dame Sandra Torres, 60 ans, soutenue par l'Union nationale de l'espoir (UNE, social-démocrate), a reconnu sa défaite, n'étant créditée que de 31,27% des voix.

«Avec ce vote, vous m'avez fait président, j'ai reçu un mandat et ce mandat doit servir à lutter contre la corruption qui nous a rongés», a déclaré dans un message télévisé M. Morales, candidat du parti de droite FCN-Nacion.

Large sourire et charisme naturel, celui qui avait incarné au cinéma le rôle d'un cowboy naïf sur le point de devenir président par accident, avait été la grande surprise du premier tour le 6 septembre, profitant du vaste mouvement d'exaspération populaire contre la corruption et la classe politique traditionnelle.

Son absence totale d'expérience politique est perçue par ses partisans comme un gage d'honnêteté.

Mais le parti qui le soutient a été questionné, comme l'a rappelé dimanche Mme Torres en l'accusant de «représente(r) la vieille garde de militaires douteux», certains des militaires ayant fondé FCN-Nacion étant soupçonnés de violations des droits de l'homme durant la guerre civile (1960-1996).

Sandra Torres, ex-épouse d'Alvaro Colom, président de 2008 à 2011 dont elle dirigeait les programmes sociaux, a elle aussi été critiquée pendant la campagne, accusée d'avoir fait partie de l'ex-guérilla ayant combattu les autorités pendant cette même guerre civile, qui a fait 200.000 morts et disparus, ce qu'elle nie.

Dans le pays le plus peuplé d'Amérique centrale (15,8 millions d'habitants) mais aussi l'un des plus violents au monde, le vote s'est déroulé dans le calme mais l'affluence a semblé faible, contrastant avec les longues files d'attente du premier tour, marqué par un record de participation (71%).

«Que le Guatemala change»

Le scrutin était le point d'orgue de plusieurs mois de mobilisation historique contre la corruption, pour dénoncer le vaste réseau de fraude découvert au sein des douanes, qui aurait détourné 3,8 millions de dollars entre mai 2014 et avril 2015, alors que 53,7% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Une ébullition populaire inédite qui avait précipité, quelques jours avant le premier tour, la démission du président Otto Perez, ex-général de 64 ans au pouvoir depuis 2012, puis son placement en détention provisoire.

Il est accusé, comme son ancienne vice-présidente Roxana Baldetti, elle aussi incarcérée, d'avoir organisé le réseau de corruption et perçu 800 000 dollars en pots-de-vin.

Jusqu'au 14 janvier, quand Jimmy Morales prendra ses fonctions pour un mandat de quatre ans, le président par intérim Alejandro Maldonado assume le pouvoir.

À Chinautla, commune située à 15 km de la capitale, les citoyens témoignaient dimanche de leur détresse face aux malversations: «Ici, rien n'est construit, mais ils encaissent quand même l'argent», confiait un habitant à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

Le maire de la ville est en prison, accusé d'avoir créé des entreprises fantômes pour blanchir de l'argent.

«Nous avons un centre médical, mais ce qui est triste, c'est qu'à cause de la corruption il n'y a pas de médicaments», racontait un autre habitant, Leocadio Lic, en se rendant au bureau de vote avec sa femme et ses filles.

«Nous avons l'espoir que le Guatemala change et nous espérons avoir bien voté, parce que nous en avons besoin», ajoutait-il.

Pour Manfredo Marroquin, directeur de l'ONG Accion Ciudadana, branche locale de l'organisation anticorruption Transparency International, la population est désormais «beaucoup plus attentive à ce que le gouvernement ne soit ni corrompu ni inefficace».

«L'impulsion civique et citoyenne en faveur de la transparence devrait se maintenir avec le prochain gouvernement», renchérit le politologue Marco Antonio Barahona, de l'Institut centraméricain d'études politiques (Incep).

C'est ce qui a poussé les deux candidats à signer jeudi une Alliance nationale pour la transparence, s'engageant ainsi à lutter contre la corruption.

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