Mexique: l'enquête sur les étudiants disparus décrédibilisée

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Il s'agirait de l'un des pires massacres au Mexique depuis le début de la guerre lancée en 2006 contre les narcotrafiquants et qui a fait plus de 80 000 morts.

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E. Eduardo Castillo, Katherine Corcoran
Associated Press
MÉXICO

Un rapport indépendant publié dimanche taille en pièce l'enquête menée par le gouvernement mexicain sur la disparition de 43 étudiants l'an dernier, à commencer par la thèse du procureur général du pays selon laquelle les corps des disparus auraient été réduits en cendres après avoir été brûlés sur un gigantesque bûcher.

Mexico affirme que l'attaque contre les étudiants, survenue dans la ville d'Iguala le 26 septembre, est un cas d'erreur sur la personne. Les policiers locaux à la solde des Guerreros Unidos, le cartel de narcotrafiquants local, les auraient pris pour les membres d'une bande rivale.

À cette explication, le rapport réplique que les autorités fédérales, militaires et de l'État de Guerrero surveillaient les étudiants bien avant qu'ils n'arrivent à Iguala et ils connaissaient leurs tactiques, dont leur habitude de détourner des autobus - ce qu'ils avaient décidé de faire le jour de l'attaque.

Selon le rapport, la violente réaction à l'égard des étudiants découle peut-être de leur ingérence involontaire dans la livraison d'une cargaison de drogue qui était dissimulée dans l'un des véhicules dont ils ont voulu prendre le contrôle.

Iguala, qui est située dans le sud de l'État de Guerrero, est reconnue comme étant une plaque tournante du transport de l'héroïne à destination des États-Unis, particulièrement de Chicago, indique le rapport.

Il révèle également que les autorités fédérales, militaires et étatiques ne sont pas intervenues alors que les policiers locaux attaquaient les étudiants à neuf endroits différents, faisant six morts, dont trois badauds. Quarante autres personnes ont été blessées, dont certaines grièvement. Les équipes d'urgence ayant mis des heures à arriver sur les lieux, au moins deux victimes sont décédées, faute de soins appropriés.

La publication de ce document signifie que près d'un an après la disparition des 43 étudiants, le sort de 42 d'entre eux demeure un mystère en raison des erreurs, des omissions et des faux raisonnements soulignés dans le rapport de quelque 400 pages commandé à des experts par la Commission interaméricaine des droits de l'homme.

Ces derniers ont interviewé des témoins et des détenus, en plus de passer en revue les preuves et les conclusions du gouvernement mexicain.

D'après le rapport, brûler 43 corps aurait nécessité un bûcher qui aurait tôt fait d'enflammer la forêt avoisinante et de causer un incendie majeur. Il mentionne également que les Guerroros Unidos n'ont jamais incinéré les dépouilles de leurs victimes par le passé et qu'ils ne disposent pas de suffisamment de carburant pour le faire.

Un fragment d'os calciné appartenant à l'un des 43 disparus a été identifié, mais il n'a pas été brûlé avec l'intensité caractérisant le procédé de crémation, contrairement à ce que prétend Mexico, ajoute-t-on.

Le document constitue une critique sévère des méthodes d'enquête des autorités mexicaines, qu'il accuse notamment d'avoir manipulé ou éliminé des preuves.

Le président mexicain Enrique Pena Nieto a écrit sur son compte Twitter qu'il avait ordonné aux enquêteurs de prendre en compte les conclusions de ce rapport.

La procureure générale Arely Gomez a parlé d'un document «fondamental» et elle s'est engagée à l'examiner pour déterminer s'il devrait être intégré dans l'enquête gouvernementale. Elle a également annoncé qu'elle commanderait une nouvelle analyse médico-légale du conteneur à déchet où les corps auraient été incinérés.

Mme Gomez n'a pas répondu aux questions des journalistes, qui portaient notamment sur le rôle des autorités fédérales dans l'attaque.

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