Le Guatemala désabusé avant un scrutin marqué par la corruption

Le candidat favori, l'humoriste Jimmy Morales, lors d'une... (Photo Orlando Estrada, AFP)

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Le candidat favori, l'humoriste Jimmy Morales, lors d'une étape de sa campagne à Mataquescuintla, le 28 août dernier.

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Katell ABIVEN, Henry MORALES ARANA
Agence France-Presse
GUATEMALA

Les Guatémaltèques paraissaient samedi désabusés à la veille des élections générales, un scrutin rejeté par une partie de la population excédée par la corruption, avec un ex-président en garde à vue.

Dans l'après-midi, plusieurs centaines d'entre eux protestaient sur la place centrale de la capitale, Guatemala, ayant fabriqué une pierre tombale pour dénoncer un scrutin «mort-né».

Un peu plus loin, un autre groupe défilait, habillé de noir, portant un cercueil, des fleurs et ce message : «Repose en paix, processus électoral 2015».

À quelques heures d'un vote dont le report a été refusé par le Tribunal suprême électoral (TSE), la manifestation était bien plus modeste que celles réalisées chaque semaine depuis avril, ayant réuni jusqu'à 100 000 personnes.

Une nouvelle protestation est convoquée dimanche matin.

Le pays centraméricain vient de vivre une semaine rocambolesque : mardi, le président conservateur Otto Pérez, accusé de diriger un réseau de corruption au sein des douanes, perdait son immunité, pour la première fois dans l'histoire du Guatemala.

Mercredi, il remettait sa démission, réclamée depuis des mois par les manifestants.

Jeudi soir, l'ex-général de 64 ans passait sa première nuit en prison, en garde à vue, où il restera jusqu'à mardi quand reprendra son audition.

Si ces différentes étapes ont été accueillies par une véritable joie populaire, de plus en plus de voix réclament d'aller plus loin, exigeant une refonte du système politique pour le purger de la corruption.

«Je suis heureuse que le président soit parti, beaucoup de gens disaient que les mouvements pacifiques comme celui-là n'arriveraient à rien, mais nous avons réussi», confiait samedi Leslie Pernillo, étudiante de 19 ans parmi les manifestants.

«Maintenant, nous devons poursuivre la lutte contre le système politique corrompu, cette lutte ne fait que commencer», ajoutait-elle.

«Le pouvoir, c'est nous»

Dimanche, 7,5 des 15,8 millions d'habitants sont appelés à désigner un nouveau président, 158 députés et 338 maires.

«Les élections ont perdu tout leur crédit, elles n'ont plus de légitimité», estime la militante indigène Rigoberta Menchu, 56 ans, prix Nobel de la Paix 1992, appelant toutefois à voter car «il n'y a pas d'alternative».

Alors que la protestation a été largement portée par les moins de 30 ans - un tiers de l'électorat -, les analystes redoutent une forte abstention, malgré une participation frôlant les 70% au premier tour en 2011.

«Celui qui vote aura toujours plus de droit et de force pour se plaindre si les promesses ne sont pas tenues», a appelé sur Twitter le président par interim Alejandro Maldonado, à ce poste jusqu'au 14 janvier.

Le favori de la présidentielle est l'humoriste Jimmy Morales, candidat de droite sans expérience politique, crédité de 25% des suffrages dans un sondage publié jeudi, suivi de Manuel Baldizon (droite, 22,9%) et de la social-démocrate Sandra Torres, ex-Première dame (18,4%).

«Je suis le seul candidat qui aujourd'hui n'est pas signalé pour ses liens avec des actes de corruption», a revendiqué Jimmy Morales, 46 ans, dans un entretien à l'AFP, promettant une politique de «portes ouvertes comme garantie de la transparence».

Mêmes paroles de bonne volonté chez Sandra Torres, qui assure qu'elle mènera «une lutte implacable contre la corruption».

Mais le vainqueur, désigné à l'issue du second tour le 25 octobre, aura fort à faire.

«Celui qui va arriver au pouvoir, quel qu'il soit, sera très surveillé», prévient Alvaro Montenegro, étudiant de 27 ans faisant partie des organisateurs des premières manifestations, en avril.

«Maintenant, quel que soit le vainqueur, le Guatemala a montré qui a le pouvoir et c'est nous», la population, assurait samedi Elvis Batz, professeur participant à la protestation.

Selon Manfredo Marroquin, directeur de l'ONG Accion Ciudadana, branche locale de l'organisation anticorruption Transparency International, la frustration populaire «pourrait très facilement dégénérer en violence» dimanche, dans ce pays majoritairement pauvre et miné par le crime organisé.

Vendredi soir, des affrontements entre sympathisants de différents partis ont fait un mort à Santa Barbara (sud), selon les autorités.

La vente d'alcool a été interdite samedi à partir de la mi-journée et 35.000 policiers encadreront le processus électoral.

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