Équateur: la presse réduite au silence après le réveil d'un volcan

Secoué vendredi dernier par un léger séisme de... (PHOTO RODRIGO BUENDIA, AFP)

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Secoué vendredi dernier par un léger séisme de magnitude 2,7, le Cotopaxi a connu tôt samedi matin une série d'explosions qui ont projeté des cendres jusqu'à 13 kilomètres d'altitude et qui sont retombées au sol jusqu'à Quito, la capitale, à 45 kilomètres de là.

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Lors d'une catastrophe naturelle, beaucoup de gens se tournent vers les médias pour être informés de la situation. Mais en Équateur, la presse est censurée depuis l'éruption du dangereux volcan Cotopaxi. Officiellement, l'objectif est d'éviter la panique, mais beaucoup pensent que la décision vise surtout à faire taire les critiques d'un président contesté.

Certains y voient un nouveau signe d'une dérive autoritaire du président Rafael Correa, en Équateur.

En décrétant samedi l'«état d'exception», au lendemain du réveil du volcan Cotopaxi, le président a mis en oeuvre une série de mesures d'urgence qui incluent une «censure préventive» des informations portant sur l'activité du volcan.

Le chef de l'État veut ainsi éviter de propager de «fausses rumeurs» et «d'alarmer» la population, explique le quotidien El Comercio.

Résultat, les médias équatoriens ne peuvent diffuser que les bulletins officiels préparés par les autorités, faisant des journalistes de «simples relais», dénonce l'organisation Reporters sans frontières (RSF).

«Ce n'est pas notre conception du journalisme», affirme à La Presse Emmanuel Colombié, responsable de la section Amérique latine de RSF. «C'est quelque part se moquer des journalistes qui sont tout à fait capables de couvrir un événement comme le réveil d'un volcan.»

Il précise que la mesure est également déplorée par des scientifiques indépendants. L'un d'eux a confié à RSF: «Pourquoi se fier aux sources scientifiques proches du gouvernement, alors qu'il y a des scientifiques dans la société civile qui sont tout aussi fiables, voire plus?»

«C'est dommage de se priver du pluralisme de la presse sur des sujets comme ça», dit M. Colombié.

La censure ne cible pas que les médias traditionnels. Elle interdit également aux simples citoyens de transmettre de l'information au sujet du volcan sur les réseaux sociaux, notamment par le truchement du mot-clic #VolcánCotopaxi.

Menace importante

Secoué vendredi dernier par un léger séisme de magnitude 2,7, le Cotopaxi a connu tôt samedi matin une série d'explosions qui ont projeté des cendres jusqu'à 13 kilomètres d'altitude et qui sont retombées au sol jusqu'à Quito, la capitale, à 45 kilomètres de là.

Les autorités ont fait évacuer les villages environnants, craignant notamment des avalanches en raison de la quantité importante de neige et de glace qui se trouvent au sommet du volcan, qui culmine à près de 6000 mètres.

Le Cotopaxi n'avait pas connu d'activité significative depuis 1940 et sa dernière éruption majeure remonte à 1877. Les coulées de lave, de roches volcaniques et de boue avaient alors parcouru plus de 100 kilomètres pour atteindre l'océan Pacifique et le bassin amazonien.

La censure imposée par le gouvernement équatorien survient alors que le président Correa fait face à une contestation grandissante de la rue, qui l'accuse de corruption, d'arrogance et d'autoritarisme.

Depuis son arrivée au pouvoir, en 2007, la liberté de la presse s'est d'ailleurs amenuisée en Équateur: le pays a glissé du 56e au 108e rang au classement mondial de Reporters sans frontières.

«Il y a eu un certain nombre d'agressions et d'arrestations arbitraires pas plus tard que la semaine dernière», lors d'une manifestation, souligne Emmanuel Colombié.

Dans un rapport publié l'an dernier, RSF dénonçait aussi plusieurs pans de la «loi organique de communication» adoptée en 2013, estimant qu'elle ouvre la porte à une répression subjective et arbitraire des médias, en permettant notamment au gouvernement de sanctionner les médias qui ne couvrent pas des événements qu'il considère comme d'intérêt public.

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