Être une femme dans une armée d'Amérique latine

Devenue dès 2002 la première femme pilote de... (PHOTO PABLO PORCIUNCULA, AFP)

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Devenue dès 2002 la première femme pilote de combat du Cône sud, partie d'Amérique latine regroupant l'Uruguay, le Paraguay, l'Argentine et le Chili, Maria Eugenia reste une exception dans une région où à peine 4 % de la force militaire est composée de femmes, selon le Réseau de sécurité et de défense d'Amérique latine (RESDAL).

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Paula RAMON
Agence France-Presse
MONTEVIDEO

Pour rentrer dans le moule, elle avait dû se couper les cheveux, se souvient Maria Eugenia Etcheverry. Aujourd'hui, elle commande une unité des forces aériennes en Uruguay, pionnière dans une Amérique latine qui compte 4 % de femmes militaires.

Première femme à occuper un tel poste en Uruguay, avec 16 hommes sous ses ordres, elle a l'habitude d'attirer l'attention depuis 1997, quand elle avait été l'une des deux élèves féminines à entrer à l'École militaire aéronautique, l'année même de son ouverture aux deux sexes, une mesure adoptée à peu près à la même époque dans le reste de la région.

Avec sa camarade de promotion Carolina Arévalo, elles ont alors eu l'impression de servir de cobayes pour une institution un peu désarçonnée par la nouveauté.

«Au début, ils nous ont coupé les cheveux, car le règlement (pensé pour les hommes) disait qu'ils ne pouvaient pas toucher le col de l'uniforme», raconte Maria Eugenia.

«Puis ils nous ont laissées les faire pousser, car la perception avait changé. Cela a été comme ça avec tout», dit la jeune femme qui, après avoir revendiqué sa longue chevelure blonde, l'a finalement recoupée cette année pour plus de commodité.

Devenue dès 2002 la première femme pilote de combat du Cône sud, partie d'Amérique latine regroupant l'Uruguay, le Paraguay, l'Argentine et le Chili, Maria Eugenia reste une exception dans une région où à peine 4 % de la force militaire est composée de femmes, selon le Réseau de sécurité et de défense d'Amérique latine (RESDAL).

Mais les choses commencent à changer : en Argentine, au Chili, en République dominicaine, en Uruguay et au Venezuela, 16 à 18 % du contingent est désormais féminin, indique cette association.

Même si l'égalité hommes/femmes reste un défi dans cette partie du monde, on trouve déjà des femmes à la tête du ministère de la Défense au Venezuela (Carmen Meléndez) et en Équateur (Guadalupe Larriva).

D'autres ont occupé ce poste au cours des 15 dernières années, en Argentine, en Bolivie, au Paraguay, en Colombie, en Équateur, en Uruguay et au Chili, où l'emblématique Michelle Bachelet, aujourd'hui présidente, dirigea ce ministère de 2002 à 2004.

Un cours de maquillage

La présence des femmes à des postes de commandement au sein même de l'armée est toutefois récente, survenant au Venezuela et en Bolivie, car ces pays ont été les seuls de la région autorisant l'entrée des femmes dans les académies militaires dès les années 1970.

«La question n'est pas encore réglée, mais les choses ont beaucoup changé», observe Samanta Kussrow, chercheuse de l'association RESDAL.

«L'idée n'est pas de remplir des quotas, mais de voir (ce qui se passe) à l'intérieur des forces armées, et le fait qu'une femme puisse commander une unité, cela fait partie du changement», ajoute-t-elle.

En Bolivie, Gina Reque Teran est devenue cette année la première femme à détenir le plus haut grade de l'armée de son pays - général de brigade -, avec une histoire personnelle atypique, étant la fille de celui qui avait dirigé les opérations de capture du guérillero argentin Ernesto «Che» Guevara en 1967.

Mariée et mère d'un enfant, Maria Eugenia Etcheverry a l'habitude qu'on la questionne sur sa vie au sein d'un univers si masculin, se rappelant en riant les efforts de l'armée pour l'intégrer.

«Ils ont fait venir une professeure de maquillage pour nous donner une leçon un samedi matin. J'étais de garde ce weekend-là et, à la fin du cours, alors que j'étais maquillée comme pour sortir en soirée, ils m'ont ordonné de rester comme ça. C'était ridicule, comme s'ils ne savaient pas quoi faire de nous!».

Il n'y a pas que des anecdotes légères dans le parcours de la militaire, qui se souvient que «parfois il y avait de la discrimination, pas avec des mots, mais plutôt en action. Il fallait faire ses preuves».

«Aujourd'hui c'est différent, le chemin a été aplani pour les femmes».

Il reste encore du travail, pourtant : 15 ans après sa sortie de l'école militaire, seuls 16 % de la hiérarchie supérieure au sein des forces aériennes uruguayennes sont composés de femmes et, selon ses calculs, il n'y a pas plus de dix femmes pilotes de chasse dans le pays.

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