Colombie: les FARC suspendent leur cessez-le-feu

Le négociateur en chef de la délégation des... (PHOTO YAMIL LAGE, ARCHIVES REUTERS)

Agrandir

Le négociateur en chef de la délégation des FARC à Cuba, le commandant Ivan Marquez, À La Havane, le 20 avril.

PHOTO YAMIL LAGE, ARCHIVES REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Philippe ZYGEL
Agence France-Presse
BOGOTA

La guérilla des FARC a suspendu vendredi sa trêve instaurée il y a six mois en Colombie, au lendemain d'un raid militaire qualifié de «légitime» par le président Juan Manuel Santos, ouvrant une nouvelle brèche dans le processus de paix.

Les bombardements ont visé un campement des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), tuant au moins 26 guérilleros, l'un des pires revers essuyés par la rébellion marxiste depuis le lancement de pourparlers, ouverts à Cuba en novembre 2012.

«La suspension du cessez-le-feu unilatéral et indéfini n'était pas dans nos intentions», a annoncé sa délégation depuis La Havane, «mais l'incohérence du gouvernement Santos l'a provoquée après cinq mois d'offensives terrestres et aériennes».

La principale rébellion colombienne, qui compte encore près de 8000 combattants repliés dans les zones rurales, a toutefois appelé à «la poursuite du dialogue», insistant sur la «nécessité» d'un «cessez-le-feu bilatéral».

«La paix est l'unique chemin contre la barbarie. Plus de morts sans raison», a tempêté Pastor Alape, l'un des dirigeants des FARC, affirmant que les guérilleros avaient été abattus «sans pouvoir combattre, démembrés par des bombes de 250 kilos».

Le raid mené jeudi conjointement par l'armée et la police survient un peu plus d'un mois après la levée par le chef de l'État d'un moratoire sur les bombardements contre les rebelles.

«Les règles du jeu»

«C'est une action légitime de l'État pour la défense et la protection des citoyens», a plaidé M. Santos, entouré de l'état-major de l'armée, lors d'une allocution télévisée solennelle depuis le palais présidentiel à Bogota.

«Les opérations des forces de l'ordre contre la subversion ne s'arrêtent et ne s'arrêteront pas», a poursuivi le chef de l'État. «Ce sont les règles du jeu», a-t-il insisté, tout en estimant qu'il était temps d'«accélérer» le processus de paix.

Artisan de négociations de paix avec les FARC, M. Santos avait décidé de renouer mi-avril avec les bombardements après avoir reproché aux FARC d'avoir violé cette trêve avec une embuscade qui avait coûté la vie à onze militaires.

La rébellion assurait qu'elle ne faisait que répliquer aux offensives de l'armée, alors que le gouvernement exclut tout armistice avant la signature d'un accord définitif pour mettre fin à un conflit de plus d'un demi-siècle, qui a fait officiellement quelque 220 000 morts.

Le raid militaire a coïncidé jeudi avec la reprise d'un nouveau cycle de discussions à Cuba, où sont réunies les délégations du gouvernement colombien et des FARC.

«Une crise très grave»

«C'est une crise très grave», a affirmé à l'AFP Jorge Restrepo, directeur du centre d'études colombien Cerac, spécialisé dans le conflit, «mais elle ne rompt pas les négociations».

«Il va y avoir plus de violence, mais cela ne va pas se traduire par le renforcement d'un des camps durant les négociations», a-t-il jugé.

«Les deux camps ont certainement des motifs très forts pour continuer la négociation, mais cela envoie un signal problématique, pour ne pas dire contradictoire, au moment où l'on attend plus de progrès pour une désescalade», a estimé Christian Voelkel, représentant en Colombie de l'ONG Crisis Group International, spécialisée dans la résolution des conflits.

Le campement des rebelles détruit par l'armée se trouvait dans la région de Guapi, à 480 kilomètres de Bogota, dans le département du Cauca, un des fiefs des FARC, lieu de leur embuscade en avril, et où opèrent également des bandes de narco-trafiquants.

Après les bombardements, durant lequel deux guérilleros ont en outre été blessés et un mineur secouru, les forces de l'ordre ont mis la main sur un important arsenal.

Les autorités avaient pour cible une unité des FARC accusée d'avoir perpétré l'an passé une attaque sur l'île de Gorgona dans le Pacifique au cours de laquelle avait été tué un officier.

Peu près la reprise des raids aériens le mois dernier, l'armée avait déjà effectué un premier bombardement, tuant deux guérilleros.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer