Hollande en Haïti sur fond de polémique

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Le président Martelly a déclaré à son homologue français François Hollande qu'«aucun marchandage, aucune compensation ne peut retaper les accrocs de l'histoire qui nous marquent si profondément encore aujourd'hui».

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Amélie BARON, Sabine WIBAUX
Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE

Le président français François Hollande s'est engagé mardi auprès de son homologue haïtien Michel Martelly à renforcer l'aide française en matière d'éducation en guise d'acquittement de la dette de l'indépendance, qui fait débat.

Après cette dernière étape d'une tournée de cinq jours dans la Caraïbe, François Hollande a quitté Haïti pour Paris peu avant 18h00 locales.

Il avait fait la veille un déplacement historique à Cuba, où il s'est entretenu avec Fidel Castro, s'attirant les foudres de ses opposants en France. «Le sens de ce voyage n'était pas de donner un blanc-seing à qui que ce soit», s'est défendu mardi le président français depuis Port-au-Prince.

Au cours des cérémonies officielles à Haïti, au pied de la statue de Toussaint Louverture, héros de l'indépendance, Michel Martelly a expliqué à François Hollande qu'«aucun marchandage, aucune compensation ne peuvent retaper les accrocs de l'histoire qui nous marquent si profondément encore aujourd'hui».

Lors d'un point de presse conjoint au palais présidentiel, M. Martelly a ajouté qu'il fallait «que cette réparation soit profitable au peuple haïtien, qu'on puisse finalement enfin ouvrir les voies du développement à l'Haïtien qui n'a jamais eu même la chance d'éducation».

Répondant au souhait haïtien de mettre en oeuvre un «véritable plan Marshall pour l'éducation», selon les mots du dirigeant haïtien, M. Hollande a annoncé qu'à travers l'Agence française de développement, 50 millions d'euros allaient être investis en Haïti pour soutenir le programme de scolarisation gratuite et obligatoire initié par le président dès le début de son mandat.

«C'est le plus beau symbole que nous puissions, nous, offrir ensemble», a déclaré le président français. «On ne peut pas changer l'histoire, on peut changer l'avenir».

Dans le même esprit d'apaisement, M. Martelly a tenu à remercier les efforts initiés par la coopération française.

«Dans le pays où 70% de la population est au chômage, où 85% des écoles étaient privées jusqu'à mon arrivée au pouvoir, que la France permette à la quasi-totalité des Haïtiens d'avoir accès à l'éducation, cela vaut beaucoup plus quel que soit le chiffre que l'on mettrait sur une dette», a déclaré le chef de l'État haïtien.

Clore le débat 

Il a ainsi voulu clore le débat qui secoue le plus pauvre pays des Caraïbes, désireux d'obtenir un acquittement financier de la dette française. «Haïti n'a pas oublié, mais elle n'est pas non plus obstinée», avait déclaré M. Martelly plus tôt dans la matinée.

Quelques dizaines de manifestants ont été contenus par la police haïtienne aux abords de la place du Champ de Mars. Certains jeunes brandissaient des pancartes sur lesquelles était notamment inscrit: «Hollande, l'argent oui, la morale non».

Lors de son passage en Guadeloupe dimanche, François Hollande avait suscité beaucoup d'espoirs dans l'ancienne colonie en annonçant qu'il viendrait en Haïti s'acquitter de la dette française. Des espoirs rapidement douchés quand son entourage a précisé qu'il s'agissait d'un acquittement moral et non financier.

Au XIXe siècle, Haïti, première république noire de l'histoire a dû, pour obtenir sa reconnaissance sur la scène diplomatique, payer des indemnités aux anciens colons français pour compenser leur perte de revenus. Une somme estimée aujourd'hui à 17 milliards d'euros, que beaucoup d'Haïtiens voudraient récupérer.

Afin de renforcer les échanges économiques entre les deux pays, les chefs d'État ont signé plusieurs accords dont l'un permettra à Haïti d'exporter sa production de bananes biologiques vers le marché européen.

La venue en Haïti de François Hollande intervient à l'entrée du pays en campagne électorale. À cause d'une crise politique profonde entre Michel Martelly et l'opposition, aucune élection n'a pu être organisée depuis plus de trois ans. Et cet important retard a provoqué l'arrêt complet du travail parlementaire il y a plus de quatre mois.

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