Élections tous azimuts en Haïti

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Sous la pression notamment des manifestants, le président Martelly a publié, le 2 mars, le décret électoral.

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Amélie BARON
Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE

Haïti est plongé depuis trois ans dans une crise politique profonde, mais cette année le pays miné par une pauvreté endémique va coup sur coup élire ses élus locaux, son parlement et son chef de l'État, un «défi logistique».

Et, à en croire le nombre de partis politiques enregistrés - plus de 120 -, la ferveur électorale qui a saisi les Haïtiens n'a d'égale que la longue attente qui les tient en haleine depuis le dernier scrutin, la présidentielle de 2011 qui avait vu la victoire de Michel Martelly.

«On ne peut pas limiter les citoyens dans leur droit de former un parti politique», explique à l'AFP Mosler Georges, directeur exécutif du Conseil électoral provisoire (CEP), «mais il faut reconnaître que sur le plan logistique cela va être difficile».

Maires, élus locaux, députés, sénateurs et président de la République : plus de 6000 postes sont à pourvoir lors des scrutins qui doivent se tenir les 9 août, 25 octobre et 27 décembre.

Un marathon électoral engendré par la crise politique dans laquelle Haïti est embourbé.

M. Martelly, un ancien chanteur de konpa, et l'opposition sont à couteaux tirés et se boudent. Cette absence de dialogue a empêché le lancement du processus électoral dans les délais impartis par la Constitution.

Au fil des mois, Haïti a donc vu les mandats des élus s'achever sans que personne ne les remplace.

Le 12 janvier dernier, faute d'élections, le Parlement dans son ensemble a cessé de fonctionner. Sous la pression des manifestants et de la communauté internationale, Michel Martelly a finalement publié, le 2 mars, le décret électoral.

Les prétendants à sa succession ne vont enregistrer leur candidature auprès du CEP que durant la deuxième semaine du mois de mai, mais déjà une liste conséquente de noms circule.

«Si nous avons 50 ou 60 candidats à la présidence, on peut imaginer la taille du bulletin de vote», explique M. Georges.

Sur tous les bulletins doivent figurer les photos des candidats, les numéros des partis et leurs emblèmes. Des éléments indispensables, car, selon l'UNICEF, plus de la moitié de la population haïtienne est analphabète.

«Tout le monde voudrait avoir le numéro 1 ou le 10, car, même si quelqu'un ne sait pas lire, il peut retrouver son candidat : 10 c'est le numéro de Lionel Messi», le joueur de soccer argentin, explique M. Georges avec le plus grand sérieux.

Des scrutins à 60 millions de dollars

Autre défi de taille pour Haïti : financer ces élections. Le pays se relève lentement du séisme de janvier 2010 qui a tué plus de 200 000 personnes et causé des pertes financières estimées à 120 % du PIB par la Banque mondiale.

Le Conseil électoral provisoire estime le coût des scrutins à 60 millions de dollars.

Haïti dit pouvoir débourser 13,8 millions de dollars et la communauté internationale a déjà engagé plus de 24 millions, mais un quart du budget reste encore à trouver.

Mais l'inquiétude première des autorités haïtiennes et de la population reste l'insécurité.

Toutes les élections organisées en Haïti depuis la chute de la dictature des Duvalier, en 1986, ont été l'occasion de violences. Le pays de plus de 10 millions d'habitants ne compte qu'un peu plus de 12 000 policiers et les renforts fournis par l'ONU sont en réduction.

La Mission de l'ONU en Haïti (MINUSTAH) a entamé la réduction de ses effectifs, et la tenue des élections n'a pas modifié ces projets.

Le nombre de Casques bleus devrait diminuer de moitié d'ici juillet pour atteindre 2370 soldats.

Une réduction qui inquiète les autorités haïtiennes. En janvier, Pierre Richard Casimir, ministre de la Justice et de la Sécurité publique, a expliqué aux membres du Conseil de sécurité de l'ONU, en visite en Haïti, qu'il était «nécessaire de renforcer les contingents de la mission onusienne».

Son appel est resté lettre morte, mais Sandra Honoré, la chef de la MINUSTAH, se veut rassurante.

Fin mars, elle a affirmé que «la MINUSTAH mobilisera tout son personnel, civil, policier et militaire afin d'apporter son soutien sécuritaire et logistique aux autorités haïtiennes et au CEP».

Au-delà, Haïti doit encore persuader ses plus de six millions d'électeurs de se déplacer : en 2010-2011, moins d'un tiers des inscrits avait voté pour élire le président de la République.

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