Un scandale de corruption secoue le Brésil

Dilma Rousseff, qui a été réélue à la... (PHOTO PAUL WITHAKER, REUTERS)

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Dilma Rousseff, qui a été réélue à la présidence à la fin de l'année dernière, a été ministre de l'Énergie et ministre de tutelle de Petrobras, contrôlée en partie par l'État.

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Des dizaines d'élus brésiliens sont mis en cause dans une importante affaire de corruption qui affaiblit le gouvernement alors même que le pays traverse une difficile période économique. Quatre questions sur un scandale retentissant.

En quoi consiste le scandale?

Il a éclaté au printemps dernier lorsque les autorités judiciaires ont découvert que les grandes firmes d'ingénierie du pays avaient constitué un cartel pour se partager les contrats provenant du géant pétrolier Petrobras et surfacturer. De hauts dirigeants de l'entreprise recevaient des pots-de-vin à cette fin. L'enquête a révélé ensuite qu'une somme oscillant entre 1 et 3% des contrats servait à verser des commissions occultes aux hommes et femmes politiques et à des intermédiaires. La justice brésilienne estime que près de quatre milliards de dollars ont pu être détournés par ce stratagème. Jean Deaudelin, un spécialiste du Brésil rattaché à l'Université Carleton, relève que plusieurs hommes d'affaires ont accepté de passer à table et de servir de témoins en vue d'obtenir une réduction de peine, favorisant l'exploration des ramifications politiques de l'affaire.

Est-ce que beaucoup de politiciens sont mis en cause?

Selon Jean Deaudelin, les médias brésiliens relaient depuis plusieurs mois des informations témoignant de l'importance des sommes détournées et de l'ampleur du scandale. L'importance du rôle de la classe politique a finalement été étalée dans toute son ampleur vendredi lorsque la Cour suprême a autorisé la divulgation d'une liste de près de 50 élus que le procureur de la République entend interroger. Elle inclut notamment les noms des présidents du Sénat et de la Chambre des députés, tous deux issus du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), principal allié du Parti des travailleurs (PT) de la présidente Dilma Rousseff. La formation de la chef d'État est touchée de plein fouet, à l'instar des trois autres principaux partis du Congrès.

La présidente est-elle mise en cause?

Le procureur responsable du dossier n'a pas inclus le nom de la présidente dans la liste des suspects à interroger, alors que plusieurs médias évoquaient ouvertement cette possibilité. La décision a été mal reçue par les principaux partis de l'opposition, qui accusent la justice de protéger la politicienne. Jean Deaudelin, de l'Université de Carleton, estime qu'il est «un peu difficile de croire qu'elle ignorait tout de ce qui se passait». Dilma Rousseff, qui a été réélue à la présidence à la fin de l'année dernière, a été ministre de l'Énergie et ministre de tutelle de Petrobras, contrôlée en partie par l'État. Une manifestation est prévue en fin de semaine pour réclamer sa destitution. La mise en cause du Parti des travailleurs - qui aurait reçu illégalement sur 10 ans entre 150 et 200 millions de dollars, selon un cadre de Petrobras cité dans le quotidien Le Monde - est particulièrement dommageable puisque la formation a fait de la lutte contre la corruption l'un de ses fers de lance. «Là, ils sont dans la même boue que les autres», souligne M. Deaudelin.

Quel est l'impact du scandale?

Les plus récentes révélations de la justice brésilienne surviennent alors que le système politique traverse une grave crise. Selon Jean Deaudelin, le gouvernement ne réussit pas à faire passer ses projets de loi en raison de tiraillements avec le PMDB, qui réclame des pouvoirs accrus depuis des mois. La mise en cause de deux des chefs de la formation dans le cadre du scandale risque de rendre ses dirigeants encore moins bien disposés envers le Parti des travailleurs. L'impasse au Congrès, qui est très fragmenté, survient alors que le pays traverse une difficile période économique qui force le gouvernement à envisager des mesures d'austérité après avoir fait campagne contre l'idée. «Il y a une conjonction d'éléments extrêmement inquiétante pour le pays», résume M. Deaudelin.

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