Le procureur argentin Nisman enterré, le mystère plane toujours sur sa mort

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Devant le cimetière juif de La Tablada, près de Buenos Aires, et aux abords du funérarium où les proches se sont recueillis, quelques centaines de personnes réclamaient justice pour Alberto Nisman.

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Liliana SAMUEL, Alexandre PEYRILLE
Agence France-Presse
LA TABLADA, Argentine

Le procureur Alberto Nisman, chargé d'élucider l'attentat contre la mutuelle juive AMIA à Buenos Aires (85 morts en 1994), a été inhumé jeudi alors que sa mort mystérieuse le 18 janvier n'a pas été élucidée.

Devant le cimetière juif de La Tablada, près de Buenos Aires, et aux abords du funérarium où les proches se sont recueillis, quelques centaines de personnes réclamaient justice pour Alberto Nisman.

«C'est une très grande injustice. Il était menacé. C'est la goutte qui fait déborder le vase», a confié à une journaliste de l'AFP Cristina Paredes, 53 ans, tenant une pancarte «Justice pour Nisman», devant le cimetière.

Les Argentins ont été d'autant plus choqués par sa disparition que ce juif argentin de 51 ans, magistrat discret, mais travailleur acharné, avait attiré les projecteurs le 14 janvier en accusant la présidente Cristina Kirchner d'entrave à la justice dans l'enquête sur l'attentat de AMIA.

Cet attentat, qui n'a toujours pas été élucidé, est considéré comme le pire attentat terroriste de l'histoire argentine.

Le 19 janvier, un grand dispositif médiatique attendait le procureur Nisman au Congrès. Sa mort, la veille de son audition par les parlementaires, a attiré la suspicion.

Au cimetière de La Tablada, il a été enterré à proximité des victimes de l'attentat de 1994, dossier auquel il a consacré 14 ans de sa carrière de magistrat.

Dix gardes du corps

Nommé en 2004 par le président Nestor Kirchner (2003-2007) à la tête d'un parquet spécial visant à identifier et traduire en justice les coupables de l'attentat, il travaillait déjà sur le dossier depuis 2000.

Rapidement, il a privilégié la piste iranienne et en novembre 2006, il accusait Téhéran d'avoir commandité l'attentat et le Hezbollah d'avoir déclenché l'explosion à Buenos Aires.

Né le 5 décembre 1963 à Buenos Aires, Natalio Alberto Nisman est le fils d'un entrepreneur du textile, Isaac Nisman. Alberto Nisman avait étudié à l'Université de Buenos Aires, avant un parcours classique dans la magistrature.

Le magistrat était séparé depuis trois ans de Sandra Arroyo Salgado, juge fédérale, et craignait que le tourbillon médiatique qui prenait forme autour de lui n'affecte ses deux filles de 7 et 15 ans.

«Papa, nous tes filles, Iara et Kala, nous avions simplement besoin de toi, de ta présence et de pouvoir partager de bons moments. (...) Nous espérons que maintenant tu es en paix. Nous gardons dans notre coeur les beaux moments que nous avons passés ensemble», ont-elles écrit dans un message diffusé par le quotidien La Nacion.

Le procureur apparaissait de temps en temps à la télévision pour s'exprimer sur le dossier, mais c'est son accusation contre la présidente qui l'a propulsé sur le devant de la scène médiatique, avant que sa mort brutale et inexpliquée ne l'érige en martyr.

Le magistrat vivait dans un luxueux appartement au 13e étage d'un immeuble ultramoderne du quartier de Puerto Madero, une zone portuaire transformée en quartier d'affaires et de résidences haut de gamme.

Il vivait sous haute protection, dix policiers étant affectés à sa sécurité, en raison de son implication dans ce dossier hyper sensible.

Des télégrammes diplomatiques révélés par WikiLeaks ont mis en lumière sa proximité avec Washington, via l'ambassade des États-Unis à Buenos Aires.

Son homme de confiance, Diego Lagomarsino, un informaticien de 35 ans, a reconnu lui avoir fourni un pistolet de calibre 22, la veille de son décès brutal.

Nisman a été retrouvé mort d'une balle dans la tête, l'arme prêtée par Lagomarsino près de lui. Les premiers éléments de l'enquête pointent vers un suicide, mais la majorité des Argentins, dont l'opposition et Mme Kirchner, croient qu'il a été supprimé.

Le jour de l'annonce de sa mort, des milliers d'Argentins en état de choc ont manifesté dans diverses villes du pays avec des pancartes affichant «Yo soy Nisman», en référence au «Je suis Charlie» français.

«C'était un juriste courageux», a salué l'État d'Israël.

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