Le premier ministre d'Haïti démissionne

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Laurent Lamothe

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Étienne Côté-Paluck

Collaboration spéciale

La Presse

(PORT-AU-PRINCE, Haïti) Dans la nuit de samedi à hier, le premier ministre haïtien Laurent Lamothe a annoncé sa démission à la télévision, deux ans et demi après avoir pris le pouvoir. Quelques heures plus tôt, une manifestation de l'opposition au centre-ville de Port-au-Prince s'était encore soldée par des affrontements avec les forces de l'ordre, causant au moins un mort. Au cours de celle-ci, un Casque bleu jordanien aurait tiré plusieurs balles en direction de manifestants, révèle une vidéo publiée sur l'internet.

«J'ai vu trois personnes qui sont mortes au Champ-de-Mars», a raconté à La Presse Lucienne Dustinville (nom fictif), 27 ans, confirmant une rumeur qui a circulé parmi les manifestants samedi à Port-au-Prince. Selon la police, une seule personne serait morte lors de cette protestation de l'opposition qui a tourné au vinaigre. Des roches, du gaz lacrymogène et des balles ont fusé de toutes parts en fin de parcours, aux alentours du Palais national, au coeur du Champ-de-Mars.

«Ils ont tiré en l'air, ils ont envoyé du gaz et de l'eau qui pique, a rappelé la jeune chômeuse, mère de quatre enfants. C'est du travail que l'on veut», a-t-elle ajouté.

Les manifestants s'étaient rassemblés pour la deuxième journée de suite à l'appel de figures de l'opposition haïtienne qui ont demandé la démission du gouvernement et l'annonce des élections législatives avant la dissolution du Parlement, le 12 janvier prochain.

Quelques heures après la manifestation, le premier ministre Laurent Lamothe, ancien homme d'affaires, a annoncé sa démission au cours d'un discours de 30 minutes diffusé à la télévision d'État à 2h du matin.

Le président Michel Martelly avait déjà averti vendredi qu'il était prêt à accepter sa démission. C'est ce qu'avait recommandé mercredi dernier le rapport final de la commission formée par ce dernier pour résoudre cette nouvelle crise politique.

Le Parlement haïtien deviendra caduc le 12 janvier prochain, mais on ne connaît pas encore le moment où les prochaines élections législatives et régionales auront lieu. La nouvelle loi électorale n'est toujours pas votée, puisque plusieurs sénateurs ont notamment lié ce vote à la démission du premier ministre, parfois même du président.

Maintenant que le premier ministre a démissionné, un nouveau gouvernement devra être nommé par le président, avec l'appui du Parlement. Ce processus prend habituellement plusieurs semaines, voire des mois. Sans Parlement en janvier, le pays pourrait donc se retrouver dans un vide juridique, et le président haïtien serait forcé de gouverner par décrets jusqu'à l'élection présidentielle prévue à l'automne prochain.

Un Casque bleu tire sur des manifestants

Hier matin, les représentants des Casques bleus en Haïti ont annoncé l'ouverture d'une enquête à la suite de la publication d'une vidéo sur l'internet qui montre un Casque bleu tirant sur la foule avec une arme de poing.

La Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) reconnaît dans un communiqué de presse l'existence d'une «allégation relative à un possible usage excessif de la force vis-à-vis de manifestants violents».

La vidéo, déjà vue par des dizaines de milliers de personnes, montre un militaire jordanien portant la célèbre casquette bleue de l'ONU tirer au moins quatre balles en direction des manifestants. On y voit également ses collègues tirer des bombes de gaz lacrymogène et des balles vers le ciel. Des projectiles de béton semblent aussi être envoyés en leur direction.

Retour au calme

Les rues de Port-au-Prince étaient plus calmes, hier, après ces deux jours de manifestations, qui se sont toutes soldées par des affrontements avec les forces de l'ordre. Des manifestations ont aussi été organisées dans d'autres villes du pays au cours des dernières semaines.

«Depuis que je suis né, je n'ai jamais connu un président meilleur qu'un autre, c'est toujours la même chose», a expliqué Olivier Sicard, gérant d'un restaurant de la région de Jacmel, qui se désolait hier que son établissement soit presque vide. Situé sur le bord de la mer, celui-ci est généralement rempli la fin de semaine. Il soupçonne la crise actuelle d'être responsable de l'absence de clients.

«Je ne m'intéresse pas à la politique en Haïti, souligne-t-il, ce sont tous des magouilleurs.»

La communauté haïtienne semble peu ébranlée pas la démission de Lamothe

La démission du premier ministre Laurent Lamothe n'a pas semblé ébranler les membres de la communauté haïtienne à qui La Presse a parlé, hier. 

«Ça donne quoi? Ça ne règle pas le problème actuel», a lancé Marie-Luce Ambroise, une infirmière clinicienne jointe à l'association La Perle retrouvée, qui promeut la culture haïtienne à Montréal. 

Derrière elle, Elifils Plonquet a lancé des propos semblables en créole. «Il ne sait pas pourquoi on a demandé la démission de Laurent Lamothe, parce que c'est lui qui a découvert à quel point Haïti était corrompu», a traduit Mme Ambroise, qui estime que le remplaçant de M. Lamothe risque de «ne pas faire mieux que ce qu'on faisait avant». 

Raymond Laurent, qui produit l'émission politique Samedi midi inter, à CKUT, s'est aussi montré sceptique. 

«J'espère que ça va amener une accalmie au pays, s'est-il permis d'avancer. Je ne suis pas certain que l'opposition va accepter que M. Martelly reste, a prédit M. Laurent. Mais je ne pense pas que ce serait une bonne chose qu'il parte. Il a été élu pour cinq ans et il doit terminer son mandat afin qu'il y ait des élections pour le remplacer. C'est important d'avoir des gens élus, et non choisis, pour occuper des postes... électifs, justement.»

- Marie-Michèle Sioui

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