Mexique: l'ADN d'un des 43 disparus identifié

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Les 17 échantillons osseux envoyés en Autriche ont été découverts dans la zone du Guerrero où selon les enquêteurs des membres d'un cartel local auraient tué et incinéré les étudiants.

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Leticia PINEDA, Laurent THOMET
Agence France-Presse
Mexico

Les craintes que les 43 étudiants disparus depuis septembre au Mexique ne soient tous morts se sont encore renforcées avec l'identification des restes de l'un d'entre eux, pleuré par ses proches qui demandent que justice soit faite, mettant en cause l'inertie des autorités.

Le procureur général du pays, Jesus Murillo Karam, a confirmé dimanche lors d'une conférence de presse une information qui avait filtré la veille: l'ADN d'un des jeunes gens a été identifié parmi les échantillons osseux envoyés en novembre à un laboratoire de médecine légale de l'université d'Innsbruck, en Autriche.

«Cet échantillon a donné un résultat positif (...). Il correspond à Alexander Mora», a déclaré M. Karam.

Agé de 19 ans, cadet d'une fratrie de huit, Alexander Mora étudiait comme tous ses camarades disparus à l'école normale rurale d'Ayotzinapa, dans l'État pauvre et violent du Guerrero, dans le sud du Mexique.

Il a été le seul à être identifié jusqu'à présent à partir de l'extraction d'ADN nucléaire, mais «les analyses se poursuivent (...) avec d'autres techniques», a ajouté M. Karam.

Les 17 échantillons osseux envoyés en Autriche ont été découverts dans la zone du Guerrero où, selon les enquêteurs, des membres du cartel local des Guerreros Unidos auraient tué et incinéré les étudiants dans une décharge avant de rassembler leurs restes dans huit sacs et de les jeter dans une rivière. Ces échantillons proviennent d'un de ces sacs qui a été retrouvé.

Les enquêteurs avaient trouvé des restes humains dans une décharge et en bordure de rivière.

Un groupe d'anthropologues argentins participant aux recherches des étudiants a demandé dimanche à ce que le travail se poursuive. Dans un communiqué, il a souligné qu'il n'était pas présent quand le sac contenant les restes a été retrouvé.

L'équipe d'anthropologues «a été convoquée par la justice à l'endroit de la découverte où le sac était ouvert», a déclaré le groupe.

Pour ces experts, «pour le moment, il n'y a pas assez de certitudes ou de preuves scientifiques sur le fait que les restes retrouvés dans la rivière» correspondent à «ceux trouvés dans la décharge», et «les recherches des disparus doivent continuer».

Depuis leur disparition le 26 septembre, à l'issue d'une attaque perpétrée à Iguala par des policiers locaux et des membres de ce cartel en cheville avec le maire de la ville, le Mexique a été secoué par de nombreuses manifestations, parfois violentes, exigeant du gouvernement qu'il intensifie ses recherches pour retrouver les étudiants.

Les critiques se concentrent notamment sur le président Enrique Peña Nieto, accusé d'avoir tardé à prendre la mesure du drame, et qui traverse sa plus grave crise depuis son accession au pouvoir fin 2012.

Le président a exprimé dimanche ses condoléances à la famille d'Alexander Mora et sa peine «à toutes les familles qui traversent ce moment douloureux».

«Nous allons poursuivre cette enquête jusqu'à arrêter tous les coupables», a assuré dimanche le procureur général, précisant que 80 personnes, dont le maire d'Iguala, son épouse et 44 policiers, étaient déjà sous les verrous dans cette affaire, et 11 autres recherchées.

«Que l'on fasse justice» 

Dans son humble maison d'El Pericon (Guerrero), une localité isolée de 1.800 âmes où aucun officiel n'est venu apporter son soutien, le père d'Alexander Mora évoquait dimanche un jeune homme joyeux.

«Il avait décidé d'aller étudier parce que son rêve était de devenir instituteur, mais voilà, ils l'ont tué», déclarait, affligé, ce paysan veuf.

«Qu'on fasse justice (...) Mon frère n'était pas un animal pour qu'on le tue comme ça», s'est exclamée sa soeur, Edith Mora.

Voisins et anciens compagnons visitaient la modeste maison de deux pièces pour se recueillir devant un autel constitué de bougies, de photographies et d'un maillot de football, la grande passion du disparu.

Lors d'une manifestation samedi après-midi à Mexico, Felipe de la Cruz, porte-parole des parents, avait réaffirmé la mobilisation des familles des victimes.

«S'ils croient que nous allons nous mettre à pleurer parce que l'ADN d'un de nos garçons a été trouvé, ils se trompent. Nous allons retrouver les 42 qui manquent», avait-il dit, qualifiant le président d'«assassin».

«Les autorités doivent expliquer où se trouvent tous les disparus», a insisté pour sa part l'avocat Mario Patron, qui représente les parents de ces étudiants, la plupart âgés de 18 à 21 ans.

Ce probable massacre, qui a jeté une lumière crue sur la collusion entre pouvoirs locaux et groupes criminels, constituerait l'un des pires drames recensés au Mexique depuis le lancement fin 2006 d'une offensive militaire contre le narcotrafic qui a fait plus de 80 000 morts et 22 000 disparus.

En réponse à cette affaire, M. Peña Nieto a annoncé il y a une semaine son intention de dissoudre les 1800 polices locales du pays, accusées d'être infiltrées par les cartels, et de permettre à l'État fédéral de se substituer aux pouvoirs municipaux en cas de corruption.

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