Haïti: les États-Unis s'invitent dans la crise préélectorale

La participation de l'ambassadrice des États-Unis en Haïti,... (PHOTO HECTOR RETAMAL, AFP)

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La participation de l'ambassadrice des États-Unis en Haïti, Pamela White, à une rencontre avec des membres de l'opposition haïtienne mardi dernier a été accueillie chaleureusement par certains d'entre eux et dénoncée par d'autres.

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Étienne Côté-Paluck

Collaboration spéciale

La Presse

(Port-au-Prince) L'ambassadrice des États-Unis en Haïti a sauté cette semaine à pieds joints dans la crise politique haïtienne, une semaine avant la visite prévue du secrétaire d'État John Kerry. Les manifestations antigouvernementales se multiplient dans le pays alors que le Parlement haïtien deviendra caduc le mois prochain.

«Go home» ont scandé des manifestants à l'ambassadrice des États-Unis, Pamela White, lors d'une rencontre avec une partie de l'opposition haïtienne mardi dernier dans la capitale du pays.

La visite de courtoisie de l'ambassadrice, accueillie chaleureusement par les représentants des partis en présence, a été dénoncée par d'autres membres de l'opposition. Les négociations stagnent entre l'opposition et le pouvoir autour du vote sur les élections législatives et municipales, qui devaient à l'origine avoir lieu il y a trois ans.

Mme White a tout de même quitté l'entretien avec neuf représentants de l'opposition «en étant optimiste qu'il existe une voie pour avancer», rapporte l'ambassade des États-Unis.

Manifestations plus nombreuses

«On veut un gouvernement pour le peuple, pas pour les riches», raconte Pouchon Ernst, jeune chômeur du quartier La Saline et fier partisan de l'ancien président populiste Jean-Bertrand Aristide. À quelques mètres derrière nous, le bourdonnement des milliers de vendeurs, importateurs et grossistes qui s'entassent dans le plus gros marché du pays se fait entendre.

«C'est à coup de gaz lacrymogènes qu'on nous reçoit si on veut manifester devant le palais national», poursuit-il, en racontant sa participation, la semaine dernière, à une grande manifestation de l'opposition contre le gouvernement dans la capitale.

Plus fréquentes depuis le début de l'automne, les manifestations sont maintenant quotidiennes dans le pays, autant contre le gouvernement que contre la hausse du coût de la vie, les coupures d'électricité ou les ratés du système de justice. Devant des pneus enflammés et des barricades, la police intervient à coups de bâtons et de gaz lacrymogènes.

Un nourrisson est d'ailleurs mort intoxiqué dans le nord du pays à la suite de l'usage de ces gaz par les forces de l'ordre mercredi. À Jacmel, sur la côte sud, deux policiers d'intervention tactique viennent d'être accusés de coups et blessures sur une membre de l'Association des journalistes haïtiens qui couvrait une manifestation.

Fait inédit, des gens portant des dreadlocks ont aussi manifesté par centaines cette semaine dans la capitale haïtienne contre des policiers qui auraient coupé les cheveux de force d'au moins trois d'entre eux.

Pour calmer le jeu, le président haïtien a lancé lundi dernier une commission indépendante qui devra proposer à la mi-décembre des solutions pour une sortie de crise. Plusieurs partis ont déjà annoncé qu'ils la boycotteraient. L'opposition réclame plutôt la nomination d'un médiateur indépendant.

Gouvernance par décret?

«C'est un président qui travaille beaucoup, soutient de son côté Milot Andris, chauffeur de moto-taxi de la région de Jacmel, arborant fièrement depuis quatre ans son bracelet en appui au président haïtien.

«Il a construit des stades de soccer, des ponts et des canalisations. Il a fait beaucoup pour l'éducation.»

Andris affirme par exemple payer l'école de son garçon moins cher grâce aux nouvelles mesures du gouvernement haïtien pour l'éducation.

«Les Haïtiens aiment manifester, résume-t-il, souvent même pour le simple plaisir de manifester.»

Il reste que si la loi électorale n'est pas votée avant le 12 janvier, le président Michel Martelly sera obligé de diriger par décret jusqu'à l'élection présidentielle prévue l'automne prochain.

Les partis de l'opposition refusent d'entériner cette solution, mais chaque coalition demande des conditions préalables à un vote sur la nouvelle loi électorale. Plusieurs exigent le départ du premier ministre, d'autres veulent l'application de changements constitutionnels.

Nouvelle crise, vieille politique

Près du marché à La Saline, les débats de politiciens n'intéressent plus le grossiste de légumes Gary Jean.

«On n'a plus besoin de la politique, nous voulons seulement la sécurité. La politique pour nous, c'est nos sacs de pomme de terre ou de choux.»

Des violences entre gangs de rue font rage dans le marché avec plus d'intensité depuis deux mois. Elles ont entraîné la mort de plusieurs marchands.

«Les élections, ça concerne les gens d'en haut, rigole-t-il, puisqu'ils ont des comptes à rendre aux Blancs».

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