Pas de funérailles nationales pour Jean-Claude Duvalier

L'ex-dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier est décédé le 4... (PHOTO ELIANA APONTE TOBAR, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES)

Agrandir

L'ex-dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier est décédé le 4 octobre à l'âge de 63 ans.

PHOTO ELIANA APONTE TOBAR, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Clarens RENOIS, Nicolas REVISE
Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE et WAHINGTON

L'ancien dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier, surnommé «Bébé Doc» et décédé samedi, n'aura finalement pas droit à des funérailles nationales et sera enterré au cours d'une cérémonie privée, une décision qui a réjoui les associations de défense des droits de l'homme.

En outre, ce pays en profonde crise politique n'organisera très probablement pas ses élections législatives prévues le 26 octobre, a reconnu à demi-mot le premier ministre Laurent Lamothe, en visite jeudi à Washington.

Pour les obsèques de «Bébé Doc», qui a tenu Haïti d'une main de fer entre 1971 et 1986, «il n'y aura pas de cérémonie officielle», a annoncé à l'AFP son avocat Reynold George.

Le porte-parole du président Michel Martelly avait pourtant déclaré en début de semaine que l'ex-dictateur méritait des funérailles nationales, «selon ce qu'exige le protocole». Le régime Martelly est considéré comme étant assez proche d'anciennes figures de l'ère Duvalier.

«Au lieu de privilégier les principes, le gouvernement a cédé aux pressions de certaines personnalités», a dénoncé Me George, précisant qu'une cérémonie familiale aurait lieu samedi à l'école congréganiste Saint-Louis de Gonzague, à Port-au-Prince, fréquentée par Duvalier.

Les associations des droits de l'homme et les victimes du régime Duvalier, comme Alix Fils-Aimé qui fut prisonnier politique, ont au contraire salué «cette bonne décision, bienvenue». Alix Fils-Aimé avait porté plainte contre l'ex-président à vie.

«C'est bon pour l'État de droit, pour la mémoire des victimes et pour le procès qu'on doit organiser contre le régime des Duvalier», a renchéri Pierre Espérance du réseau national de défense des droits humains.

La compagne de M. Duvalier, Véronique Roy, a, elle, refusé de s'exprimer.

Éviter «l'ultime affront»

L'annonce des funérailles nationales pour Jean-Claude Duvalier, mort samedi d'une crise cardiaque à l'âge de 63 ans à Port-au-Prince, avait soulevé une vive polémique en Haïti. Une pétition avait été lancée sur l'internet par un groupe de citoyens et d'associations.

«Au-delà des idéologies ou des affiliations politiques, nous attendons que le chef de l'État élu, Michel Joseph Martelly, respecte la mémoire et la dignité du peuple haïtien en s'abstenant de cautionner par des funérailles nationales la dictature, la violence et l'oppression qui ont meurtri Haïti», dénonçaient les auteurs de la pétition.

«Bébé Doc» avait hérité du pouvoir de son père François Duvalier (1957-1971, dit «Papa Doc») à 19 ans et perpétué une longue dictature dans le pays le plus pauvre du continent américain. Leur régime est accusé d'avoir tué, torturé et expulsé des dizaines de milliers d'opposants.

«Aujourd'hui, au nom du sang des victimes, des familles brisées, des cerveaux exilés et de notre pays marqué à jamais, les organisations de la société civile et les citoyens de ce pays, s'élèvent contre l'ultime affront que constitueraient des funérailles nationales pour le dictateur Jean-Claude Duvalier», plaidait la pétition.

Leurs auteurs disent avoir «réussi à mobiliser plus de 2000 signatures».

Chassé du pouvoir en 1986, exilé en France pendant 25 ans, Jean-Claude Duvalier avait choisi le premier anniversaire du séisme meurtrier de janvier 2010 pour rentrer dans son pays. «Je suis venu pour aider», avait-il déclaré à son arrivée à Port-au-Prince le 16 janvier 2011, après avoir embrassé le sol.

Haïti peine à se relever de ce terrible tremblement de terre et vit de surcroît une grave crise politique, des élections législatives devant se tenir depuis trois ans.

En visite au département d'État pour des entretiens avec le secrétaire d'État John Kerry, le premier ministre Lamothe a promis que ce scrutin, programmé le 26 octobre, se tiendrait «dès que possible», laissant clairement entendre qu'il serait ajourné. Il a invoqué l'absence «de loi électorale qui doit être votée par le Sénat».

Le président Michel Martelly avait annoncé en juin ce premier tour des législatives fixé au 26 octobre pour désigner 20 sénateurs et 112 députés. Des scrutins municipaux sont programmés le 28 décembre.

Mais le Parlement n'a toujours pas adopté la loi électorale et les mandats des élus arrivent à expiration.

John Kerry a lui aussi dénoncé «les blocages politiques», empêchant très vraisemblablement la tenue du scrutin dans deux semaines.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer