Les foudres du ciel sur une tribu isolée en Colombie

«J'ai eu l'impression que la nature reprenait ce qu'on lui a pris.» A l'image... (Photo: AFP)

Agrandir

Photo: AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jesus ARANGO
Agence France-Presse
Kemakumaque

«J'ai eu l'impression que la nature reprenait ce qu'on lui a pris.» A l'image de son sage, la tribu amérindienne, frappée par la foudre qui a tué 11 des siens dans les montagnes du nord de la Colombie, était encore sous le choc mardi au lendemain du drame.

«L'éclair est entré et a tournoyé partout. Il s'est abattu sur les gens qui étaient là, sans qu'on ne puisse rien faire», raconte Ramon Gil, l'autorité suprême de cette communauté de 60 familles de l'ethnie Wiwa, vivant isolée dans la réserve de Kemakumaque, au coeur de la Sierra Nevada.

Dans ce hameau où un violent orage accompagné d'un déluge tropical a semé la désolation, les membres de la tribu ont accueilli, encore traumatisés, les hélicoptères de l'armée venus apporter des vivres.

«Ce jour là, c'est comme si nous étions tous morts, on ne pouvait même plus bouger les jambes», affirme à l'AFP Sebastian Daza, un des survivants qui était présent dans la hutte où se déroulait une réunion de la tribu, au moment où la foudre est tombée.

Quelques instants avant le drame, ce dernier assure avoir eu un pressentiment : «Je voulais sortir mais les autres m'ont dit d'écouter la réunion.»

Un autre membre de cette ethnie, Lorenzo Gil, y voit une «réponse à l'homme qui tourne le dos à la nature». «C'est peut-être nous qui nous préoccupons le plus de l'équilibre entre l'homme et la nature et si cela nous arrive, c'est que le monde ne fait rien pour nous soutenir», lance-t-il, éploré.

«Nous essayons de retrouver nos esprits car cela a été un grand choc pour notre communauté. Que la nature nous ait traités ainsi. Nous sommes en deuil», ajoute-t-il.

Son frère, ainsi que ses cousins, figurent parmi la quinzaine de personnes blessées par la foudre dans cette tribu qui vit habituellement une existence paisible, rythmée par les rituels, les chants et la méditation.

150 victimes de la foudre par an 

Victimes de brûlures, les blessés, ont été évacués par hélicoptère depuis leur village, difficile d'accès, à l'hôpital de Santa Marta, l'agglomération la plus proche, à cinq heures de route, située sur la côte des Caraïbes.

Venue soutenir ses compagnons à l'hôpital, Ana Gil, une infirmière, assure à la radio colombienne Caracol que tous «sont dans un état stable».

«La plupart ont des brûlures au dos, sur les hanches et les jambes», décrit-elle, assurant n'avoir «jamais vécu une chose aussi traumatisante».

«L'éclair est tombé sur la hutte» où avait lieu la réunion de village, a raconté à l'AFP le colonel Jorge Santodomingo, qui a participé aux opérations de secours sous le contrôle d'un bataillon de haute montagne de l'armée colombienne. «Quelque 60 hommes étaient réunis. Onze d'entre eux sont morts et 15 ont été blessés.»

Aucune femme ni enfant, qui ne sont pas conviés à ces réunions, n'a été touché.

Les autorités policières et judiciaires se sont rendues sur les lieux afin de procéder à l'identification des corps qui seront, conformément à la tradition, enterrés dans leur territoire.

«Dame nature nous a joué un mauvais tour», a déclaré mardi le président colombien Juan Manuel Santos lors d'une rencontre avec des représentants indigènes, promettant l'aide de l'Etat.

Si des conséquences aussi meurtrières sont rares, ce phénomène climatique est connu en Colombie.

La combinaison entre une température élevée et les ondées tropicales créent des nuages dont la collision produit des «décharges électriques», a expliqué à l'AFP Cristian Euscategui, de l'Institut public de météorologie.

«On estime à environ 150 le nombre de victimes de la foudre en Colombie par an, un chiffre supérieur à n'importe quel autre pays», a indiqué à l'AFP Horacio Torres, un expert de l'Université nationale de Bogota.

Ironie du sort, une autre tragédie a touché mardi une communauté amérindienne dans la région, ont annoncé les autorités.

Un glissement de terrain a causé l'effondrement d'une maison, tuant une femme et quatre enfants de l'ethnie arhuaca, dans le village de El Cicuenta, siège d'une importante réserve de la Sierra Nevada.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer