Controverse autour d'éventuelles funérailles nationales pour Duvalier

L'ex-dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier décédé le 4 octobre... (PHOTO ELIANA APONTE TOBAR, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES)

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L'ex-dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier décédé le 4 octobre à l'âge de 63 ans, aura le droit à des funérailles nationales.

PHOTO ELIANA APONTE TOBAR, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

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Dave Clark
Agence France-Presse
PORT-AU-PRINCE

Le gouvernement haïtien devrait se prononcer lundi soir sur l'octroi ou non de funérailles nationales à l'ancien dictateur Jean-Claude Duvalier, un sujet de controverse supplémentaire dans un pays sensé préparer des élections législatives attendues depuis plus de trois ans.

«Cela devrait être des funérailles nationales pour Jean-Claude Duvalier, c'est ce que le protocole exige car c'est un ancien chef d'État. Mais on ne sait pas encore si on prend la décision de mettre le drapeau en berne et de décréter le deuil national», a déclaré Lucien Jura, le porte-parole du président Michel Martelly.

Les victimes du dictateur, surnommé «Bébé Doc» et décédé samedi d'une crise cardiaque à 63 ans, verraient d'un très mauvais oeil une telle décision, mais l'administration du président est considérée comme assez proche d'anciennes figures de l'ère Duvalier.

Et le fait d'organiser des funérailles nationales serait considéré comme normal pour les partisans de l'ex-dictateur, de même que pour de nombreux Haïtiens.

«C'est un ancien président, il a droit à des funérailles nationales», a ainsi souligné le colonel à la retraite Abel Jérôme, un ancien dignitaire du régime Duvalier qui reste une figure influente dans le pays.

«Il semble que la vie était moins difficile économiquement quand il était au pouvoir», a aussi estimé Jean-Louis Vilbin, un chômeur haïtien rencontré à Pétionville qui, comme de nombreux Haïtiens, se montre assez indifférent au décès de l'ancien homme de fer du pays.

Toutefois, célébrer les obsèques de l'ancien dictateur en organisant des funérailles nationales ne manquerait pas d'interpeller les membres de l'opposition, de même que les victimes, qui se rappellent d'un régime brutal et des persécutions sous l'ère Duvalier.

«Sur le plan moral, il n'a pas droit à des funérailles nationales. C'était un dictateur qui a causé beaucoup de tort au pays», a noté Evans Paul, ancien maire de la capitale Port-au-Prince et ancien opposant à Duvalier.

La décision sur ces funérailles est une controverse de plus en Haïti, où des élections législatives et municipales sont prévues à la fin du mois, avec plus de trois ans de retard.

Gouverner par décrets

Sur place, peu de signes de préparation au scrutin étaient perceptibles lundi. Le vote a déjà été repoussé à plusieurs reprises et beaucoup d'élus arrivent au terme de leur mandat.

Si, pour une raison ou une autre, les élections ne pouvaient avoir lieu, le président Martelly devrait alors diriger le pays par décrets, ce qui ne serait justement pas sans rappeler la sombre ère Duvalier.

Les donateurs internationaux et les Nations unies, qui disposent toujours d'une force de maintien de la paix et d'un important programme d'aide sur place, poussent pour que le vote se tienne comme prévu, mais gouvernement et opposition ne sont toujours pas parvenus à se mettre d'accord sur la loi électorale.

Le décès soudain de l'ancien chef du pays a par ailleurs représenté un coup dur pour la justice haïtienne, qui avait entamé diverses procédures contre Jean-Claude Duvalier, notamment une pour crimes contre l'humanité, mais ne pourra jamais le juger.

Malgré sa mort, les États-Unis ont réclamé lundi que la justice soit rendue pour «crimes contre l'humanité» en Haïti, selon la porte-parole du département d'État Jennifer Psaki. «Nous soutenons le principe de responsabilité pour crimes contre l'humanité et violation des droits de l'homme, quels qu'en soient les auteurs». Les États-Unis encouragent «le peuple et le gouvernement d'Haïti à poursuivre leur quête de justice et de réconciliation».

L'envoyée spéciale de l'ONU en Haïti, Sandra Honoré, a aussi estimé que les poursuites devraient continuer.

«Bébé Doc», après avoir hérité du pouvoir de son père François Duvalier en 1971, à l'âge de 19 ans, s'était déclaré président à vie avant d'être renversé en 1986 par une révolte populaire soutenue par la communauté internationale.

Comme son père, Jean-Claude Duvalier a dirigé son pays d'une main de fer, muselant l'opposition, arrêtant les dissidents en s'appuyant sur la milice paramilitaire des «Tonton Macoute».

On estime que 30 000 personnes environ sont mortes durant le règne des Duvalier père et fils.

Après 25 ans d'exil en France, «Bébé Doc» était pourtant revenu en Haïti en 2011.

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