Présidentielles brésiliennes: Dilma Rousseff ou pas?

La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, jouit d'une... (Photo Pilar Olivares, Reuters)

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La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, jouit d'une avance confortable sur ses adversaires en vue de sa réélection, selon le dernier sondage rendu public, mais rien n'est joué. Le premier tour de l'élection aura lieu demain.

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Serge Boire

Collaboration spéciale

La Presse

(Rio de Janeiro) Tout au bout de la rue des Palmiers, dans le quartier touristique de Botafogo, les couleurs vives et colorées des petites maisons de la favéla Santa Marta détonnent.

Il y a quelques années, on a commencé à repeindre les façades des maisons et transformé ce bidonville en «collectivité carte postale». Aujourd'hui, les commerces pullulent, les résidants rénovent leurs propriétés et les ruelles principales regorgent de touristes.

Cette énorme transformation est le fruit du Parti des travailleurs au Brésil, au pouvoir depuis 12 ans. Son ancien chef, Lula da Silva, élu en 2003, s'est notamment attaqué à la pacification des favélas de Rio. Près du quart des 1071 favélas ont été libérés de l'emprise des narcotrafiquants. On s'affaire maintenant à les doter de services, à les embellir et à les «intégrer» à la ville de Rio.

Globalement, notamment grâce à un imposant programme d'allocations familiales, le Parti des travailleurs a sorti 40 millions de Brésiliens de la pauvreté. Dans la foulée, il a fait élire Dilma Rousseff, en 2011. Elle a succédé à Lula à la présidence du pays. Grâce à l'appui des classes les plus pauvres.

Dilma Rousseff promet de continuer sur la même voie si elle est réélue lors de l'élection à la présidence, dont le premier tour a lieu demain. Mais Vanessa Santos, rencontrée chez le boulanger de la favéla de Santa Marta, ne votera pas pour elle.

«J'ai toujours appuyé le Parti des travailleurs depuis l'arrivée de Lula en 2003. Mais maintenant, c'est terminé. Ça fait 12 ans qu'ils sont là et l'on s'attendait à ce que ça continue de s'améliorer, mais c'est le contraire. L'économie est en panne et les scandales de corruption se multiplient. C'est le temps de leur montrer la porte.»

L'accident qui change la donne

Le gouvernement de Dilma Rousseff a en effet été éclaboussé par deux des plus importants scandales de corruption de l'histoire du Brésil. Les deux scandales datent des années Lula, mais une partie des Brésiliens estime que Dilma est coupable par association puisqu'elle jouait un rôle clé dans le gouvernement de Lula.

Par ailleurs, l'arrivée dans la course à la présidence de Marina Silva en août dernier, à la suite de la mort tragique du chef du Parti socialiste Eduardo Campos dans un accident d'avion, est venue complètement changer la donne.

L'écologiste et ancienne ministre de l'Environnement est issue d'une famille pauvre de l'Amazonie. Elle a fait vibrer les cordes sensibles de millions de Brésiliens. «Elle me rejoint parce que son histoire ressemble à celle de la majorité des Brésiliens. Elle a dû lutter pour avoir accès à l'école et faire sa place pour arriver où elle est», confie Vanessa Santos sous le regard approbateur des autres clients de la boulangerie.

À quelques centaines de mètres de là, tout au fond d'une mini-ruelle maculée de crottes de chiens errants, là où aucun peintre n'a jusqu'ici osé s'aventurer, une échelle de bois mène à une trappe horizontale qui fait office de porte d'entrée.

«Bienvenue dans mon taudis», lance Bernadete Manteiro. À l'intérieur, sur un matelas de fortune à 20 cm de la trappe, gît son fils André, un adolescent de 17 ans atteint d'une tumeur au cerveau.

Dans l'autre minuscule pièce s'entassent un four, un évier et un autre petit lit à même le sol, où Bernadette cuisine, fait la lessive et dort avec sa fillette de 3 ans. Une ouverture dans le mur fait office de fenêtre où un rideau de douche est installé pour empêcher la pluie d'entrer.

«J'ai dû déménager ici il y a quelques mois parce que je n'arrivais plus à payer le loyer de l'autre appartement de trois pièces. Nous sommes maintenant entassés ici avec une famille de rats comme colocataires», soupire cette mère monoparentale sans emploi.

Bombe à retardement

Son ex-employeur jugeait que ses absences répétées - pour accompagner son fils chez le médecin - étaient inacceptables. Elle reçoit aujourd'hui 51$ d'allocations familiales du gouvernement fédéral brésilien pour subvenir aux besoins de ses deux enfants alors que son loyer lui coûte 150$ par mois, somme à laquelle il faut ajouter l'électricité, le gaz et l'eau courante.

Lui demander ce qu'elle pense des élections présidentielles, c'est comme allumer la mèche d'une bombe à retardement. «Les élections? Ce sont tous des menteurs et des opportunistes! Que voulez-vous que je fasse avec 51$ par mois pour nourrir deux enfants? Les allocations familiales du Parti des travailleurs, mon cher monsieur, ils peuvent se les mettre où je pense», rage-t-elle.

C'est en grande partie à cause d'électeurs comme Bernadette que la réélection de Dilma Rousseff n'est pas assurée. Cela dit, le plus récent sondage rendu public en début de semaine a tout de même ramené l'héritière politique de Lula dans une zone plus confortable.

Dilma Rousseff est créditée de 40% des intentions de vote au premier tour, alors que sa plus proche rivale, Marina Silva, récolterait 25% des voix. Aécio Neves, le candidat du Parti social-démocrate du Brésil - le parti rival au Parti des travailleurs depuis 20 ans -, recueillerait de 19 à 21% des intentions de vote. Le deuxième tour est prévu le 20 octobre.

Les trois principaux aspirants

Dilma Rousseff, 66 ans

L'actuelle présidente du Brésil tente d'obtenir un second mandat pour le Parti des travailleurs, comme l'avait fait son prédécesseur et mentor Lula da Silva, de 2003 à 2011. Après des études en économie, Dilma Rousseff a lentement gravi les échelons de la politique jusqu'à devenir chef de la maison civile - l'équivalent de première ministre - dans le gouvernement de Lula da Silva. Elle a été élue présidente du Brésil lors de l'élection d'octobre 2010. Son mandat a été marqué par la dégringolade de l'économie brésilienne, la hausse de l'inflation et la mise au jour de deux des plus grands scandales de corruption de l'histoire du pays.

Marina Silva, 56 ans

Originaire de l'État amazonien du Para, Marina Silva est une militante écologiste et la première femme métisse à briguer la présidence du Brésil. Issue d'une famille extrêmement pauvre de 11 enfants, elle a été alphabétisée à l'âge de 16 ans. Elle a ensuite poursuivi des études en histoire, puis est devenue enseignante pour ensuite entreprendre une carrière politique comme sénatrice avant de devenir ministre de l'Environnement de 2003 à 2008 dans le gouvernement de Lula da Silva. Son plan national de lutte contre la déforestation a permis de la ralentir de 48% durant son mandat. L'actuelle chef du Parti socialiste brésilien a joint l'équipe en tant que numéro 2 en 2013.

Aécio Neves, 54 ans

Actuel sénateur de l'État du Minas Gerais, Aécio Neves tente de mettre un terme à douze années de règne du Parti des travailleurs au Brésil, sous Lula da Silva et Dilma Rousseff. Son parti et le Parti des travailleurs s'échangent le pouvoir depuis 1995. Aécio Neves est le petit-fils de l'ancien président Tancredo Neves, qui avait été le premier président élu au sortir de la dictature en 1985, mais qui est décédé avant de prêter serment. Durant les sept années où il a occupé le poste de gouverneur du même État, Aécio Neves a réduit son salaire de moitié. Il est le candidat préféré du milieu des affaires, mais son manque de charisme lui nuit auprès de l'électorat.

Plus de 400 000 policiers et militaires mobilisés

Plus de 400 000 hommes des forces de l'ordre dont 30 000 militaires de l'armée de terre, de l'air et de la marine ont été mobilisés pour assurer la tranquillité des élections présidentielles et législatives de dimanche au Brésil, a indiqué le Tribunal supérieur électoral (TSE).

Cité par la chaîne de TV Globo news samedi, le TSE a autorisé l'envoi de troupes dans 254 communes de 11 des 27 États fédérés, en Amazonie notamment et à Rio de Janeiro, où en début de semaine des affrontements entre trafiquants de drogue et forces de l'ordre se sont soldés par cinq morts.

Lors des élections de 2010, le TSE avait autorisé l'envoi de troupes dans 256 communes de 12 États.

À Rio de Janeiro, le gouverneur  Luiz Fernando Pezao, a dirigé une réunion jeudi où il a été décidé de renforcer les actions policières.

Selon le responsable de l'ordre public de Rio, José Mariano Beltrame, les groupes criminels ont tendance à multiplier leurs actions à l'approche des rendez-vous électoraux.

Dès vendredi, 30 000 policiers ont été déployés dans les rues de tout l'État de Rio dont 2500 policiers et militaires dans le complexe de favelas de la Maré (zone nord), près de l'aéroport international.

Les forces de l'ordre seront présentes également aux abords des 5400 bureaux de vote de tout l'État pour éviter tout délit électoral comme l'achat de vote ou le fait de faire de la propagande électorale à moins de 50 mètres de ces centres de vote.

En Amazonie, outre l'envoi de troupes pour assurer la sécurité des élections, les militaires aideront aussi dans la logistique. Dans 88 communes, dont de nombreux villages indigènes, les militaires aideront à transporter en avion les urnes électroniques et le personnel de la justice électorale dans ces régions reculées et d'accès difficile.

Dans l'État de Santa Catarina (sud du Brésil), où depuis le 26 septembre au moins 26 autobus ont été incendiés et des commissariats de police attaqués, des soldats d'élite de la Force Nationale sont arrivés samedi à l'aube à Florianapolis (capitale de l'État) sur ordre du ministre de la Justice José Eduardo Cardozo. Selon la police, citée par le site G1 de Globo, ces attaques sont ordonnées par des détenus du complexe pénitencier de Sao Pedro de Alcantara, situé en banlieue de Florianopolis.

Plus de 142,8 millions d'électeurs de la République fédérale du Brésil - où le vote est obligatoire - sont appelés dimanche aux urnes pour élire leur président, 27 gouverneurs, 513 députés nationaux, 1069 députés fédéraux, et 27 sénateurs (un tiers du sénat).

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