Mexique: des «narcos» aux milices

Ces deux jeunes, qui préfèrent être identifiés par... (PHOTO ALFREDO ESTRELLA, AFP)

Agrandir

Ces deux jeunes, qui préfèrent être identifiés par des prénoms d'emprunt, expliquent qu'après leur arrestation la Police fédérale les avait remis aux milices d'autodéfense pour qu'elles en tirent un maximum d'informations sur le cartel.

PHOTO ALFREDO ESTRELLA, AFP

Carola SOLÉ
Agence France-Presse
LA NOPALERA, Mexique

Carlos et Manuel collaboraient avec le cartel de narcotrafiquants des Chevaliers Templiers pour surveiller l'avance des milices d'autodéfense dans le Michoacán, à l'ouest du Mexique. Aujourd'hui, leurs anciens ennemis tentent de les «réhabiliter».

Ces deux jeunes, qui préfèrent être identifiés par des prénoms d'emprunt, expliquent qu'après leur arrestation la Police fédérale les avait remis aux milices d'autodéfense pour qu'elles en tirent un maximum d'informations sur le cartel.

«Morts, on ne leur aurait servi à rien», ironise Manuel, un paysan de 25 ans. Depuis plus de deux semaines, lui et son compagnon Carlos cuisinent, nettoient et apprennent à manier des armes dans une base des milices située à La Nopalera, dans la municipalité d'Apatzingan, ancien bastion des Templiers.

Il y a un an, les citoyens de plusieurs localités du Michoacán se sont levés en armes pour former des milices d'autodéfense contre ce cartel, accusé par la population d'assassinats, d'enlèvements, de racket et de viols.

En janvier, les autorités fédérales ont envoyé des milliers de policiers et de militaires dans la région pour éviter des affrontements sanglants. Parallèlement, le gouvernement mexicain a légalisé des milices d'autodéfense en les intégrant dans des «Groupes de défense ruraux», placés sous l'autorité de l'armée.

S'ils fuient, pas de pardon

Manuel raconte qu'il s'était joint au cartel des Templiers parce qu'il n'arrivait pas à boucler les fins de mois avec son salaire d'ouvrier agricole dans les plantations de citron. En aidant les narcos, il lui était devenu «facile» de nourrir sa femme et ses deux enfants.

Mais de son côté, Carlos reconnaît que, comme beaucoup de ses amis d'Apatzingan, il était devenu Templier par attirance.

«On voyait ces gars qui se balladaient armés et à qui personne n'osait rien dire. On voulait pouvoir vivre de la même manière», raconte ce jeune de 20 ans à l'allure élancée. Travailler pour le cartel aidait aussi à gagner le coeur des filles.

Aujourd'hui, Manuel et Carlos vivent dans des conditions insalubres avec dix miliciens dans un espace réduit, dormant sur des matelas crasseux.

Mais ils assurent se sentir «mille fois mieux» qu'avec les Templiers. Ici on leur donne à manger, on ne les attache pas, on ne les frappe pas s'ils ne donnent pas satisfaction.

«La consigne est de les avoir trois mois sous ma surveillance. Je dois les convaincre simplement par la psychologie qu'ils doivent prendre le chemin le plus correct», explique le «Commandant Patancha», un dirigeant des milices chargé de leur «réhabilitation».

Toutefois, prévient-il, «s'ils s'enfuient, ils n'auront pas droit au pardon».

Si ces jeunes changent, ils pourront décider de rentrer chez eux ou d'intégrer les milices. Les deux jeunes semblent déjà avoir choisi leur camps, en échange d'une aide mensuelle de 450 $, la même somme que leur donnait le cartel.

Manuel ne voit pas d'autre issue: «Si les Templiers nous prennent, ils nous tuent. Aujourd'hui, je n'ai rien de mieux à faire que d'aider les milices».

Narcos «retournés»?

Dans les municipalités prises par les milices il ne reste plus guère trace des Templiers.

Le porte-parole des milices d'autodéfense, Estanislao Beltrán, assure que son mouvement ne tolérera pas l'entrée de criminels dans son mouvement. Mais la tâche est difficile face au gigantesque réseau tissé par les Templiers dans la région de Tierra Caliente, la plus conflictuelle du Michoacán.

Des villages entiers sont encore «complètement sous l'emprise des Chevaliers Templiers». Faut-il «les capturer ou les expulser? Créer des villages fantômes?», se demande-t-il.

«Ici, presque tous ont été retournés, parce que les autres les traitaient mal», dit un milicien à un barrage à Pinzandaro. Dans son village, dit-il, les groupes d'autodéfense ont reçu le renfort de membres du groupe criminel Los Viagra» issu d'une scission des Templiers.

Certains chefs de milices sont soupçonnés de venir du crime organisé comme Adalberto Fructuoso, ancien maire d'Aguilldila, ou Juan José Farías, «El Abuelo», qui, accusé d'être un narcotrafiquant, fut condamné en 2009 à trois ans de prison pour port d'armes prohibées.

Selon le ministère de la Justice, plusieurs membres des groupes d'autodéfense ont reconnu avoir reçu des armes d'un cartel rival des Templiers, «Nouvelle Génération», de l'État voisin du Jalisco.

Les milices assurent que l'accord passé avec le gouvernement, prévoyant l'enregistrement des hommes et des armes au sein des Groupes de défense ruraux, permettra d'éviter les infiltrations de délinquants.




la boite:1600127:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer