Venezuela: partisans du pouvoir et opposants de nouveau dans la rue

Quelque 3000 militants, dont une majorité d'étudiants, se... (PHOTO CHRISTIAN VERON, REUTERS)

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Quelque 3000 militants, dont une majorité d'étudiants, se sont rassemblés samedi à Caracas dans un mouvement de protestation anti-gouvernemental, lancé il y a 12 jours en province.

PHOTO CHRISTIAN VERON, REUTERS

Jordi MIRO, Patricia CLAREMBAUX
Agence France-Presse
CARACAS

Des milliers de partisans du pouvoir et opposants ont à nouveau battu le pavé samedi au Venezuela, dans un duel à distance engagé depuis 12 jours et marqué mercredi par des affrontements qui ont fait trois morts.

Des incidents ont éclaté à la tombée de la nuit à Caracas où s'étaient rassemblés à la mi-journée quelque 3000 militants pro-opposition, dont une majorité d'étudiants, vêtus de blanc pour la plupart et munis de nombreux drapeaux vénézuéliens, selon des journalistes de l'AFP.

La police a dispersé à coups de gaz lacrymogènes et de canons à eau une centaine d'étudiants qui défilait sur une avenue principale dans l'est de la capitale. 14 personnes ont été blessées, a indiqué sur twitter Ramon Muchacho, maire de Chacao, l'un des arrondissements de Caracas.

Ces mobilisations de l'opposition s'inscrivent dans le cadre du mouvement de protestation antigouvernemental lancé il y a 12 jours en province par des étudiants qui s'insurgent contre la vie chère, l'insécurité et les pénuries dans ce pays pétrolier, qui dispose des plus importantes réserves de la planète.

Mercredi, la capitale avait été le théâtre de la plus importante mobilisation contre le président Nicolas Maduro depuis son élection en avril 2013. De violentes échauffourées survenues en marge de la marche ont fait trois morts, tués par balles, et plus de 60 blessés.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a condamné samedi la «violence insensée» exercée contre les manifestants opposés au gouvernement vénézuélien et demandé la remise en liberté des personnes arrêtées.

«Avant nous ne sortions pas dans la rue à cause de l'insécurité, et maintenant que nous manifestons ils nous tuent. Nous les jeunes n'avons plus ni foi ni espoir, nous ne pouvons pas avoir de travail et si nous en avons un, on ne nous donne pas de quoi avoir une vie décente», a déclaré samedi à l'AFP Issac Castillo, étudiant de 27 ans à l'Université Andres Bello.

Dans le centre, plusieurs milliers de partisans du gouvernement socialiste avaient également répondu à l'appel lancé jeudi soir par le président pour un rassemblement «pour la paix et contre le fascisme», terme habituellement utilisé par les autorités pour désigner les opposants. Ces derniers sont accusés par les autorités de fomenter les violences pour tenter de provoquer «un coup d'État».

Arborant des vêtements et drapeaux de la couleur rouge du parti au pouvoir et des pancartes à l'effigie du libérateur Simon Bolivar et de l'ex-président Hugo Chavez (1999-2013), les militants pro-Maduro, d'abord rassemblés en divers points de la capitale, avaient convergé vers le centre-ville malgré une chaleur accablante.

Les deux camps ont également organisé des rassemblements dans plusieurs autres villes du pays, dont San Cristobal, Merida, El Vigia (ouest) et Valencia (nord).

Un opposant dans la mire des autorités

S'adressant à ses partisans dans l'après-midi, le président vénézuélien s'en est pris à Leopoldo Lopez, un opposant accusé d'homicide et visé par un mandat d'arrêt depuis les évènements de mercredi soir.

«Les forces de sécurité de l'État le cherchent. Rends-toi lâche! Le peuple veut la justice, lâche», s'est exclamé M. Maduro sous les vivats des militants «chavistes», sans toutefois nommer l'opposant.

Contactée par l'AFP, une source proche de M. Lopez, qui fait partie d'un petit groupe d'opposants prônant la contestation dans la rue, a indiqué que l'intéressé ne se cachait pas et qu'il n'avait pas quitté le pays.

La protestation lancée par les étudiants, décidés à obtenir le départ de M. Maduro, ne fait pas l'unanimité au sein de la Table de l'unité démocratique (MUD), la principale coalition de l'opposition vénézuélienne. Son leader Henrique Capriles a lui-même estimé jeudi que «les conditions ne sont pas réunies pour forcer le départ du gouvernement».

La plupart des chaînes de télévision vénézuéliennes se sont abstenues ces derniers jours de diffuser les images de ces incidents, craignant visiblement les avertissements du Conseil national des Télécommunications qui a menacé de sanctions les médias qui feraient «la promotion de la violence».

Pour M. Maduro, qui a annoncé jeudi soir la suspension de la diffusion de la télévision colombienne  NTN24, l'ex-président conservateur colombien Alvaro Uribe est derrière la couverture des évènements de mercredi par cette chaîne d'informations. En outre, M. Maduro a affirmé que l'ex-président «finance et dirige les mouvements fascistes» accusés de semer le trouble.

Depuis quelques semaines, le gouvernement fait face à une grogne croissante d'une partie de la population dans un contexte de forte inflation (56,3% en 2013), de pénuries récurrentes frappant les denrées alimentaires ou les produits de consommation courante et d'une insécurité que les autorités ne parviennent pas à juguler.

Vendredi soir, le président vénézuélien a tenté de reprendre la main sur le terrain politique en annonçant un plan destiné à lutter contre la violence, qui prévoit notamment de renforcer les patrouilles de police et le désarmement de la population dans un pays où les armes abondent.




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