Le Vatican enquête sur un évêque chilien dénoncé pour abus sexuels

Le Vatican a été sévèrement dénoncé par l'ONU... (Photo Archives Reuters)

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Le Vatican a été sévèrement dénoncé par l'ONU mercredi pour sa politique face aux abus sexuels du clergé.

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Agence France-Presse
SANTIAGO

Le Vatican a ouvert une enquête sur l'évêque chilien Cristián Contreras du diocèse de San Felipe (centre du Chili) pour des abus sexuels présumés, a indiqué jeudi l'Église catholique chilienne.

«C'est l'évêque de San Felipe en personne, Cristián Contreras, qui a exprimé le désir que le Saint Siège enquête sur la véracité de dénonciations dont il a fait l'objet faisant état d'atteintes graves présumées contre la morale et ses obligations» religieuses, indique un communiqué de l'évêché de San Felipe, publié par la Conférence épiscopale du Chili.

Mgr Contreras a qualifié ces dénonciations de «complètement infondées» et assure être victime d'une vengeance de ses pairs.

«On me fait payer le fait que je n'ai pas hésité à poursuivre des prêtres qui ont réellement commis des abus et qui ont été condamnés», a notamment déclaré l'évêque sur la radio locale Aconcagua.

L'affaire a été révélée par le Centre d'Investigations Journalistiques (Ciper) qui a précisé que l'Archevêché avait reçu des dénonciations de la part de trois prêtres accusant l'évêque d'avoir commis des abus sexuels, en particulier sur un adolescent de 15 ans.

La Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), instance du Vatican chargée de superviser ces cas, a envoyé deux émissaires mexicains au Chili pour mener l'enquête, selon le Ciper.

L'enquête vise également le prêtre chilien Mariano Labarca, ex-supérieur de l'ordre des Mercédaires, dont fait également partie Mgr Contreras, et qui a été sommé par le Vatican de quitter ses fonctions à l'église de San Pedro Nolasco à Bogota, en Colombie, en mai 2013 en raison d'allégations d'abus sexuels.

Mercredi le Vatican a été sévèrement dénoncé par l'ONU pour sa politique face aux abus sexuels du clergé.

Le Comité des Droits de l'enfant des Nations unies a notamment souligné «sa profonde préoccupation quant aux abus sexuels d'enfants par des membres de l'Église catholique placés sous l'autorité du Saint-Siège, avec des religieux impliqués dans l'abus de dizaines de milliers d'enfants dans le monde».

Une vingtaine de religieux ont fait l'objet de procédures ou ont été associés à des cas d'abus sexuels présumés ces dernières années au Chili, dont cinq ont été condamnés.

En octobre 2012, le Vatican avait accepté la démission de Mgr Marco Antonio Órdenes Fernández, évêque de Iquique (Chili), qui était soupçonné d'abus sexuels sur des adolescents.

L'Église sur la défensive

Auréolée ces derniers mois de la popularité du pape François, l'Église catholique s'est retrouvée jeudi sur la défensive face aux vives critiques de l'ONU l'accusant de protéger les prêtres pédophiles.

«Une gifle», a commenté à chaud un cardinal cité par la Repubblica jeudi, après la publication du rapport du Comité des droits de l'enfant des Nations unies, selon lequel le Saint-Siège a adopté des pratiques «qui ont porté à la poursuite des abus sur des mineurs et l'impunité des coupables».

Pour l'Église catholique, le coup est d'autant plus dur que depuis l'élection du pape François, plus chaleureux et plus communicateur que son timide prédécesseur Benoît XVI, elle paraissait regagner un important capital de sympathie, y compris auprès du monde laïc.

Le rapport de l'ONU l'a renvoyé à cette «plaie», cette «honte», selon les termes utilisés par François et Benoît XVI: des dizaines de milliers d'enfants abusés par des membres du clergé dans le monde entier pendant des décennies. Des crimes aggravés par l'omerta qui les entourait, la haute hiérarchie étant accusée d'avoir protégé les coupables pour préserver la réputation de l'Église.

Depuis, relèvent l'ensemble des vaticanistes jeudi à Rome, «la dernière décennie a connu un changement de voie», comme le rappelle Luigi Accattoli dans le Corriere della Sera.

Signe de ces temps nouveaux, l'Église catholique chilienne a indiqué jeudi l'ouverture par le Vatican d'une enquête sur l'évêque chilien Cristián Contreras du diocèse de San Felipe (centre du Chili) pour des abus sexuels présumés.

Et les Légionnaires du Christ, puisssante congrégation catholique éclaboussée par les crimes pédophiles de son fondateur, le père Marcial Maciel, ont demandé vendredi pardon pour les «actions très graves et immorales» de ce dernier.

Pour la seule période 2011-2012, près de 400 prêtres ont été «défroqués», réduits à l'état laïc. Sous le pontificat de Benoît XVI, la collaboration avec les autorités civiles a été recommandée, plusieurs évêques accusés d'avoir couvert les crimes pédophiles ont dû démissionner. Le délai de prescription de ces crimes a été porté à vingt ans après la majorité de la victime...

«Avec la lenteur qui la caractérise, l'ONU n'a pas perçu le climat nouveau dans l'Église avec l'élection du pape François», dénonce l'éditorialiste Gianni Riotta dans la Repubblica.

«Il y a des passages du rapport qui semblent avoir été écrits en 2010», relève le vaticaniste Marco Politi selon lequel toutefois le texte de l'ONU reste «précieux» car il «porte à la lumière tout ce qui, encore aujourd'hui, ne fonctionne pas».

Si le Vatican a chargé les conférences épiscopales d'appliquer les normes édictées et mettre en place des structures de prévention, toutes n'ont pas réagi, en particulier dans les pays du Sud.

En outre, pour Marco Politi, le Vatican doit désormais «aller jusqu'au bout» en rendant obligatoire le déferrement des coupables à la justice civile -comme l'a réclamé l'ONU-, car «si la pédophile est un crime, le silence d'un évêque n'est pas acceptable». Enfin, la commission d'experts pour la protection des mineurs dans l'Église, dont la création a été annoncée en décembre dernier, doit commencer à travailler.

Le Vatican a promis «une réponse articulée» et le dévoilement d'un plan «dans les prochains jours ou semaines» pour lutter contre la pédophilie, a dit son porte-parole le père Federico Lombardi.

«Le Saint-Siège saisit que certaines choses doivent être faites différemment», avait affirmé Mgr Charles Scicluna, ancien procureur du Vatican chargé de crimes sexuels, lors de son audition devant l'ONU.

Reste que d'autres recommandations de l'ONU recommandant une approche plus souple de l'avortement ou du mariage gai resteront sans doute lettre morte, étant considérées comme des «ingérences», voire un procès «idéologique». «Ils ont tout mélangé et affaibli le rapport», a estimé la porte-parole de la Conférence épiscopale américaine, May Ann Walsh. «L'avortement et la contraception sont des thèmes qui déclenchent des guerres culturelles, alors que les abus sexuels sont un crime».

«À quel autre État membre ou observateur l'ONU demande-t-elle explicitement de changer sa constitution ou son code civil ou pénal, comme elle le fait avec le Saint-Siège en prétendant qu'elle modifie le code du Droit canon?», s'interroge Enzo Bianchi, influent prieur de la communauté monastique de Bose (nord).

Comme le rappellent les experts jeudi, pour le Vatican, «la défense de la vie», et donc la condamnation de l'euthanasie ou de l'avortement, restent des «valeurs non négociables», même si le pape François évite d'utiliser ce terme.

- Michèle LERIDON, CITÉ DU VATICAN




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