Crise énergétique haïtienne: des étudiants à la recousse

L'envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti, Michaëlle Jean,... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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L'envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti, Michaëlle Jean, et le ministre haïtien délégué à la Sécurité énergétique, René Jean-Jumeau, se sont adressés hier à une centaine d'étudiants en administration.

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Sylvain Larocque
La Presse

En Haïti, à peine 30% des foyers ont accès au réseau électrique, dont la moitié de façon illégale, le vol de courant étant très répandu. Le service est intermittent et les tarifs sont beaucoup plus élevés qu'ailleurs dans les Caraïbes.

Dans la salle de bal de l'hôtel Reine-Elizabeth, une centaine d'étudiants en administration des quatre coins du monde ont écouté attentivement, hier, le ministre délégué à la Sécurité énergétique d'Haïti, René Jean-Jumeau, décrire en détail la crise énergétique que vit son pays depuis des années.

«Haïti a besoin de votre aide et de votre vivacité d'esprit pour mettre en branle une réforme majeure du secteur de l'énergie», a déclaré l'ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean, aujourd'hui envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti.

Mme Jean était l'invitée d'honneur du 33e Concours international d'étude de cas MBA John-Molson de l'Université Concordia, le plus important du genre dans le monde. Pour une rare fois, le clou de l'événement n'était pas un problème complexe vécu par une multinationale, mais plutôt la situation en apparence inextricable qui afflige un pays entier.

Pour 10 millions d'habitants, le réseau électrique haïtien est doté d'une puissance installée d'à peine plus de 300 mégawatts. C'est 10 fois moins que chez sa voisine dans l'île d'Hispaniola, la République dominicaine, dont la population est pourtant équivalente, et 100 fois moins qu'au Québec.

Une facture d'électricité salée

Électricité d'Haïti (EDH), la société d'État qui fournit le courant aux particuliers et aux entreprises, vit aux crochets du gouvernement. Chaque mois, elle débourse plus de 10 millions US pour acheter de l'électricité à des producteurs privés. Or, ses revenus mensuels sont d'à peine 5 millions US. Chaque année, l'État doit donc renflouer EDH. En 2013, la facture s'est élevée à pas moins de 200 millions US.

Depuis la création d'EDH, il y a plus de 40 ans, les gouvernements qui se succèdent à Port-au-Prince promettent d'améliorer les choses. Jusqu'ici, les progrès ont été minces: le taux d'électrification est passé d'un peu plus de 20% à tout juste 30%.

En 2012, le président Michel Martelly a confié ce dossier névralgique à M. Jean-Jumeau, un ingénieur électrique formé à l'Université Cornell. L'homme de 52 ans mise sur une solution qui a fonctionné dans d'autres pays en développement: un partenariat entre l'État et des investisseurs étrangers.

«Nous avons besoin de l'électricité pour impulser l'investissement, la création d'emplois et la croissance économique», a souligné le ministre en entrevue à La Presse.

L'incursion du privé ne risque-t-elle pas d'entraîner une hausse des tarifs? «Nos discussions avec certaines entreprises nous amènent plutôt à croire que nous pourrions baisser les coûts de l'électricité», a répondu René Jean-Jumeau.

Répéter l'expérience Téléco

Le gouvernement aimerait reproduire avec EDH ce qu'il a fait avec Téléco, l'ancienne entreprise étatique de télécommunications qui a repris vie grâce à un investissement de la firme vietnamienne Viettel. Il y a toutefois une différence notable entre les deux industries: les entreprises de téléphonie mobile tablent largement sur le service prépayé pour mettre en échec les mauvais payeurs, une solution difficile à mettre en oeuvre dans un réseau électrique.

«Il faut faire de l'éducation: le vol d'électricité, ça tue EDH», a dit M. Jean-Jumeau.

Une chose est sûre: une privatisation d'EDH ne laisserait pas les Haïtiens indifférents. Plusieurs d'entre eux s'étaient indignés de la privatisation partielle de Téléco en 2010.

Le gouvernement se donne six mois pour conclure une entente avec des investisseurs étrangers. L'un des premiers projets qui pourraient démarrer est la construction d'une deuxième centrale hydroélectrique sur le fleuve Artibonite, un chantier de 200 millions US.

Des solutions proposées par des étudiants

Trente-six équipes participent cette année au Concours John-Molson. Elles disposaient hier de deux heures et demie pour proposer des solutions au problème soumis par le gouvernement haïtien. Le ministre René Jean-Jumeau a promis de les examiner attentivement. Voici, en bref, les propositions de deux des équipes.

UNIVERSITÉ LAVAL, QUÉBEC

Émilie Auger St-Jean, Andréanne Dubé, Mereme Lahmami, Étienne Pelsy et Cynthia Rozon-Lacelle

> Construire des centrales alimentées au gaz naturel et aux déchets organiques

> Confier la vente de compteurs électriques à des femmes entrepreneures financées par le microcrédit

> Investissements estimés : 4 milliards US sur 15 ans

NANYANG BUSINESS SCHOOL, SINGAPOUR

Lim Li Qin, Matthias Baumann, Akshay Regulagedda et Esther Girault

> Obtenir l'aide technique de Singapour pour développer le réseau électrique haïtien

> Miser sur l'hydroélectricité et les éoliennes

> Investissements estimés : 580 millions US




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