L'horreur d'une des pires prisons brésiliennes

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Le système carcéral brésilien est régulièrement dénoncé par Amnistie International.

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Moises AVILA
Agence France-Presse
Brasilia

Trois cadavres de détenus décapités, criblés de coups de couteau : la vidéo publiée mardi par un site brésilien révèle l'horreur au quotidien de la prison hors contrôle de Pedrinhas (nord-est du Brésil), l'une des pires du pays.

Elle témoigne de la violence du système carcéral régulièrement dénoncé par Amnistie Internationale : loi de la jungle imposée par le crime organisé, conditions de détention dégradantes, corruption des geôliers de la police militaire, tortures.

La vidéo remise au site du quotidien Folha de São Paulo (Attention: images extrêmement choquantes) par un syndicat pénitentiaire est particulièrement insoutenable. On y voit les cadavres décapités de trois détenus aux torses criblés de perforations et brûlures.

Les détenus d'une faction rivale qui ont tourné ces images insultent leurs victimes en plaisantant, repoussent du pied les corps gisant dans une mare de sang.

Ces images ont été tournées le 17 décembre dans la prison de Pedrinhas, à São Luis do Maranhao (nord-est), à la suite d'une énième rixe meurtrière entre factions rivales.

Femmes de détenus violées

Au mois d'octobre, l'État de Maranhao avait déclaré l'État d'urgence pour une durée de six mois au sein de son système pénitentiaire, après des affrontements qui avaient fait neuf morts.

En 2013, 62 détenus ont été tués dans le centre pénitentiaire de Pedrinhas, qui héberge 2500 pensionnaires pour 1700 places.

En toile de fond : une lutte féroce entre détenus de deux factions criminelles : celle de la capitale São Luis et celle de l'intérieur de l'État.

La gouverneure du Maranhao, Roseana Sarney, a accepté lundi l'aide du ministère de la Justice, qui a offert des places dans les prisons fédérales pour y écrouer 25 des leaders présumés des bandes rivales incarcérés à Pedrinhas.

La situation y était devenue incontrôlable. Une intervention de la police dans cette prison a déclenché vendredi soir une série d'attaques à São Luis, orchestrée depuis le centre pénitentiaire, selon les autorités.

Un commissariat de cette ville a été la cible de tirs. Quatre autobus ont été incendiés par des délinquants. Quatre passagers ont été brûlés, dont une fillette de six ans qui a succombé à ses blessures.

Un rapport d'enquête accablant a été transmis en décembre au Conseil national de justice (CNJ) par le juge Douglas Martins sur la situation de cette prison.

«L'État (de Maranhao) se montre incapable de mettre fin, avec la rigueur nécessaire, à toutes les déviances : abus d'autorité, torture, et autres formes de violences et de corruption, pratiquées par les agents publics», écrit le magistrat.

Le magistrat préconise la construction de petites unités pénitentiaires dans l'intérieur de l'État pour y incarcérer les membres des gangs locaux et éviter ainsi les affrontements violents avec ceux de la capitale.

Il dénonce les viols dont sont victimes les épouses et compagnes de détenus, affirmant que certains détenus sont menacés de mort par des chefs de faction s'ils ne livrent pas leurs compagnes à la satisfaction des désirs sexuels d'autres prisonniers.

«Les jours de visites intimes (...), les femmes des détenus sont conduites dans des pavillons où les cellules sont ouvertes. Les rencontres intimes se déroulent ainsi dans une ambiance collective (...) qui facilite les abus sexuels contre les compagnes des détenus n'ayant aucun rang de commandement», dénonce le magistrat.

«Conditions dégradantes»

La prison de Pedrinhas est réputée pour être l'une des pires du Brésil. Mais la situation des prisons au Brésil est d'une manière générale calamiteuse, avec 584 000 détenus pour une capacité d'accueil de 341 000 personnes, selon l'ONG brésilienne de défense des droits de l'homme Conectas.

La plupart des détenus, dont le nombre a augmenté de 380 % en 20 ans, sont «des jeunes hommes noirs, habitants des périphéries, interpellés lors de coups de filet policiers sans enquêtes préalables, avec un accès faible ou nul aux avocats», affirme cette ONG.

Dans son rapport 2013, Amnistie dénonce des conditions de détention au Brésil «habituellement cruelles, inhumaines et dégradantes».




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