Grogne paysanne en Colombie: l'armée en renfort

Un total de 50 000 soldats seront également déployés... (PHOTO EITAN ABRAMOVICH, AFP)

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Un total de 50 000 soldats seront également déployés en province pour «assurer la mobilité sur nous routes» et des «pont aériens» pourront être organisés pour assurer l'acheminement de denrées qui commencent à manquer dans certaines villes, du fait des blocages routiers mis en place depuis le 19 août par les paysans en colère, a déclaré le président colombien.

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Lissy DE ABREU
Agence France-Presse
BOGOTA

Le président colombien Juan Manuel Santos a ordonné le déploiement de militaires à Bogota et sur les principales routes du pays en réponse au mouvement paysan lancé il y a 12 jours et aux troubles qui ont fait deux morts jeudi en marge de manifestations à Bogota.

« Hier (jeudi), j'ai ordonné la militarisation de Bogota et je ferai de même dans toute municipalité ou région où la présence de nos soldats sera nécessaire », a déclaré vendredi M. Santos dans une déclaration radio-télévisée.

Un total de 50 000 soldats seront également déployés en province pour « assurer la mobilité sur nos routes » et des « ponts aériens » pourront être organisés pour assurer l'acheminement de denrées qui commencent à manquer dans certaines villes, du fait des blocages routiers mis en place depuis le 19 août par les paysans en colère, a ajouté le président colombien.

« Il est inacceptable que les actes de certains affectent gravement la vie de la majorité », a-t-il insisté au lendemain d'une journée marquée par une cinquantaine de manifestations dans les principales villes du pays, dont certaines ont débouché sur des heurts entre policiers et manifestants.

« Les soldats effectueront des patrouilles en coordination avec la police », a expliqué à l'AFP un porte-parole de la mairie de Bogota, où selon M. Santos les affrontements de jeudi ont fait deux morts.

De son côté, la municipalité avait fait état mercredi soir de 147 blessés, et la police de 40 arrestations après ces heurts qui ont été suivis de scènes de pillage dans le centre-ville.

Les paysans colombiens ont lancé depuis une douzaine de jours un mouvement à durée illimitée dans l'ensemble du pays pour réclamer l'établissement de prix plancher pour certains produits ainsi que la baisse des prix des intrants agricoles. Leurs actions, soutenues par d'autres catégories, ont été marquées par des heurts avec les forces de l'ordre qui ont fait un total de quatre morts et plus de 500 blessés, selon des sources concordantes.

Peu après l'annonce de M. Santos, Eberto Diaz, porte-parole de la Table nationale de dialogue agraire, qui coordonne le mouvement, a annoncé que les leaders paysans avaient entamé une « réunion d'évaluation » pour déterminer leurs actions à venir. Ce dernier a regretté que « la répression et la militarisation » constituent « l'unique réponse » du gouvernement à leurs revendications.

Les petits agriculteurs veulent aussi des garanties en matière d'accès à la terre et de constitution de réserves paysannes, sortes de communautés autonomes, une politique favorable aux petites exploitations, ainsi que de meilleurs services publics dans les campagnes.

Ils dénoncent également les Traités de libre-échange signés par la Colombie, qui selon les paysans ouvrent la voie à un dumping sur les produits importés et empêchent de subventionner les secteurs productifs nationaux.

Le président Santos a officiellement reconnu jeudi que le secteur était « en crise » et a formulé plusieurs propositions aux protestataires, dont des mesures pour contrôler le prix des engrais et des intrants. Vendredi, il a laissé entendre que la balle était désormais dans le camp des paysans, car les concessions du gouvernement étaient « sur la table ».

Mais un porte-parole du mouvement a d'emblée rejeté ces propositions, qu'il a qualifiées de « miettes ». « Ce que nous recherchons est qu'on garantisse la survie de notre agriculture », a souligné Cesar Pachon, porte-parole des paysans qui ont ouvert des négociations au niveau régional avec le gouvernement à Tunja (à quelque 150 kilomètres de Bogota).

Après les troubles de jeudi, le ministre de la Défense Juan Carlos Pinzon avait pointé du doigt la responsabilité des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), rébellion issue d'une insurrection paysanne qui soutient le mouvement. Les Farc mènent depuis fin 2012 des négociations de paix avec le gouvernement délocalisées à Cuba.

De son côté, le président conservateur n'a pas mentionné les Farc, mais s'en est pris au mouvement de gauche radicale Marche Patriotique, qui selon lui souhaite conduire le gouvernement dans « une impasse ». D'après M. Santos, cette organisation noyaute les manifestations, mais « ne s'intéresse pas » aux paysans.

« C'est totalement faux », a protesté M. Pachon. « Nous nous connaissons tous depuis toujours, ici nous sommes tous des paysans », a-t-il assuré à la radio RCN, démentant tout lien avec Marche patriotique.

« Nous maintenons notre disposition au dialogue avec les vrais paysans », a assuré pour sa part le président colombien.




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