Le Venezuela fait ses adieux à Hugo Chavez

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Anna PELEGRI
Agence France-Presse
Caracas

Des centaines de milliers de Vénézuéliens se sont pressés mercredi à Caracas sur le passage du cercueil du président Hugo Chavez, décédé mardi d'un cancer, le long d'une procession qui vient clore 14 ans de domination de cette figure de la gauche radicale sur la vie politique du Venezuela.

Au son de l'hymne national, la dépouille du président, décédé à l'âge de 58 ans, a été transportée de l'hôpital militaire de Caracas jusqu'à l'Académie militaire, où son cercueil doit être exposé avant les obsèques prévues vendredi.

La procession, d'une dizaine de kilomètres, était suivie sous un soleil de plomb par plusieurs centaines de milliers de personnes dont bon nombre d'entre elles vêtues de rouge, la couleur des «chavistes». Certains, filmés par les caméras de la télévision d'État, levaient le poing, d'autres avaient du mal à retenir leurs larmes.

A côté du cercueil, recouvert du drapeau national vénézuélien et escorté par les bérets rouge de la garde d'honneur présidentielle, se trouvaient notamment son héritier politique désigné, le vice-président Nicolas Maduro, le numéro deux de l'exécutif, le président de l'Assemblée nationale Diosdado Cabello, ainsi que le président bolivien Evo Morales.

Au milieu de la foule, dont la densité ralentissait fortement la progression du cortège, une femme perchée sur un camion scandait dans un mégaphone : «Accompagnons à sa dernière demeure l'homme qui a coupé l'Histoire en deux! Le Venezuela ne sera plus jamais le même, transformons cette douleur en force!».

D'autres se précipitaient sur les photographies du président proposées par quelques vendeurs à la sauvette. «Je vais faire des copies des photos et vais les offrir à mes petits-enfants, à mes arrière-petits-enfants et à toute ma famille. C'est un moment historique, il faudra plus de cent ans pour qu'on ait de nouveau un chef comme celui-ci», assurait Luz Mayel, une femme de 38 ans.

Mardi soir, Nicolas Maduro, au bord des larmes, avait annoncé «l'information la plus éprouvante et la plus tragique que nous puissions annoncer à notre peuple». «A 16h25) aujourd'hui 5 mars, est mort notre commandant-président Hugo Chavez Frias après avoir combattu avec acharnement une maladie pendant près de deux ans», a-t-il déclaré dans une allocution retransmise par toutes les chaînes de télévision du pays.

Les autorités ont décrété sept jours de deuil, et les écoles et administrations étaient fermées mercredi.

Le ministre des Affaires étrangères, Elias Jaua, a annoncé mardi soir que M. Maduro assurerait l'intérim à la tête de l'État et qu'une élection présidentielle aurait lieu dans 30 jours, conformément aux instructions laissées par Hugo Chavez.

Réduit au silence au cours des trois mois qu'a duré son agonie, Hugo Chavez - au pouvoir depuis 1999 - n'a pas pu prendre congé de ses compatriotes mais il avait préparé sa succession en chargeant le vice-président d'assurer la transition, mais aussi de se présenter en tant que candidat du parti socialiste au pouvoir en cas d'élection.

Même si cette annonce avait été précédée lundi d'un bulletin médical pessimiste, elle a provoqué une véritable onde de choc au Venezuela, et le décès du président, qui monopolisait les débats par son omniprésence, sa forte personnalité et ses multiples diatribes contre des opposants accusés d'être à la solde des «impérialistes», ouvre une période d'incertitude dans un pays fortement divisé entre pro et anti-Chavez.

Mardi soir, Nicolas Maduro a lancé plusieurs appels au calme et souligné que l'armée et la police avaient été déployées dans le pays pour «garantir la paix». Le ministre de la Défense, Diego Molero a, quant à lui, déclaré que les forces armées restaient «unies pour respecter et faire respecter la Constitution». Selon les autorités, aucun incident notable n'est venu troubler cette nuit principalement marquée par le recueillement.

La nouvelle de sa mort a été rapidement commentée à l'étranger. Brasilia a évoqué «la perte d'un ami», tandis que Barack Obama a espéré des «relations constructives» à l'avenir avec Caracas après de nombreuses années de tensions et d'alliances controversées avec l'Iran, la Syrie ou la Libye de Mouammar Kadhafi.

Mercredi, l'un de ses encombrants alliés, le chef de l'État syrien Bachar al-Assad a salué la mémoire du président Chavez et affirmé que sa mort était «une grande perte» pour lui et pour le peuple syrien.

En Amérique latine, plusieurs pays comme le Brésil, Cuba, l'Equateur ou même le Chili - où la droite est au pouvoir - ont décrété plusieurs jours de deuil.

Le président par intérim, qui dispose de 30 jours pour organiser un scrutin anticipé, sera probablement opposé au gouverneur Henrique Capriles, 40 ans, battu par Hugo Chavez en octobre. M. Maduro de trouve face au double défi de maintenir l'unité derrière sa personne au sein du parti au pouvoir et de poursuivre le projet de «révolution bolivarienne» en l'absence du président charismatique.

De son côté, l'opposition conteste l'interprétation de la Constitution du gouvernement au sujet de la transition, jugeant que l'intérim doit être assuré par le président de l'Assemblée nationale Diosdado Cabello et non par le vice-président.

Chantre exubérant d'un «socialisme du XXIe siècle» sous perfusion des plus importantes réserves de pétrole mondiales, Hugo Chavez était un ancien lieutenant-colonel parachutiste qui s'était fait connaître par un coup d'État manqué en 1992.

Si son parcours politique n'a connu aucune défaite personnelle dans les urnes, son siège avait vacillé pendant quelques heures au moment d'une tentative de putsch finalement déjouée en 2002.

Hugo Chavez luttait depuis juin 2011 contre un cancer dans la zone pelvienne. Après plus de deux mois d'hospitalisation à Cuba, il était rentré inopinément à Caracas le 18 février, mais n'avait ni été vu ni entendu en public depuis cette date.

Réélu pour un nouveau mandat de six ans en octobre, il n'avait pas été en mesure de prêter serment et son investiture du 10 janvier avait été repoussée sine die par le gouvernement, une décision avalisée par le Tribunal suprême de justice (TSJ), mais contestée par l'opposition.

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