Colombie: les négos de la dernière chance

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Le président colombien Juan Manuel Santos serait plus enclin à la négociation que son prédécesseur Alvaro Uribe, selon un expert.

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La principale guérilla et le gouvernement de Colombie se rencontrent à partir d'aujourd'hui, à Oslo, pour mettre fin à trois décennies d'une quasi-guerre civile sanglante qui a fait cinq millions de réfugiés et des centaines de milliers de victimes. Le point sur la situation.

Q Ces négociations ont-elles plus de chances d'aboutir que les autres ?

R Ce sont les quatrièmes rencontres entre les Forces armées révolutionnaires (FARC) et le gouvernement. La dernière, en 2002, avait avorté à cause d'une flambée de violence.

L'avantage, cette fois, c'est que les FARC sont acculées au mur: elles ont perdu la moitié de leurs combattants et de nombreux dirigeants en raison des offensives de l'ex-président Alvaro Uribe et de son ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, actuel président colombien. «Santos semble davantage souhaiter trouver une solution négociée qu'Uribe», explique Philip Oxhorn, politologue de l'Université McGill et éditeur en chef de la revue Latin American Research Review. «Uribe pensait arriver à une solution militaire. Il n'a pas réussi, mais il a affaibli les FARC au point où elles veulent négocier. Elles ont renoncé aux enlèvements, qui servaient notamment à les financer. Et elles ont accepté d'aller à Oslo sans cessez-le-feu.»

Milburn Line, un politologue de l'Université de San Diego qui a dirigé pendant trois ans, jusqu'en 2009, un projet sur les droits de l'homme financé par le gouvernement américain en Colombie, est plus critique. «Je ne pense pas que ces négociations engagent suffisamment la société civile, comme cela a été fait au Guatemala et en Irlande du Nord, dit M. Line. Je crains qu'il y ait seulement un arrêt des combats, pas la fin des tensions. On donne beaucoup de mérite à Uribe, mais il a fallu que les États-Unis fournissent 9 milliards US d'aide militaire et que la Colombie consacre 6% du PNB à l'armée pour éliminer seulement 10 000 guérilleros.»

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Les FARC ont réclamé jusqu'à la dernière minute -sans succès- un cessez-le-feu qui leur permettrait de se réorganiser.

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Q L'autre guérilla, l'Armée de libération nationale (ELN), participe-t-elle aux négociations d'Oslo ?

R «Ses membres ont indiqué qu'ils sont ouverts, mais ne s'y sont pas rendus, note M. Line. Si ça débloque, ils vont participer à la dernière ligne droite.» Les FARC comptent maintenant 9000 combattants et l'ELV, 2000.

Q Les délégations ne sont parties qu'à la dernière minute pour Oslo. Est-ce un signe que quelque chose cloche ?

R Ni M. Oxhorn ni M. Line ne pensent qu'il y a un problème important. Mais le politologue californien note que les FARC ont réclamé jusqu'à la dernière minute, sans succès, un cessez-le-feu qui leur permettrait de se réorganiser. Deux autres demandes des FARC, la présence à Oslo de membres emprisonnés aux États-Unis pour terrorisme et trafic de drogue et une immunité qui protégerait de l'extradition les membres des FARC qui sont recherchés par les États-Unis pour trafic de drogue, sont aussi restées lettre morte. 

Une analyse de l'AFP a noté hier que le commandant rebelle, Timoleon Jimenez, surnommé Timochenko (général soviétique célèbre), était le plus pragmatique des chefs des FARC depuis sa fondation, dans les années 60. Timochenko commande les FARC depuis 2011, après que son prédécesseur eut été tué au combat.

Q Le président Santos est-il vraiment plus progressiste qu'Uribe ?

R Dans une récente analyse de l'Institut pour la paix et la justice de l'Université de San Diego, M. Line note que depuis l'élection de M. Santos en 2010, une exposition internationale d'ONG et un sommet paysan rassemblant 25 000 délégués ont eu lieu à Bogotá. Une réforme agraire favorisant les petits propriétaires a également été lancée. «Il a fait un effort pour recentrer l'État, pour que toute la population profite de la croissance économique forte lancée par Uribe, dit M. Line. Mais il se dit l'héritier de la démocratie instaurée par Uribe.

Ce dernier a réaffirmé l'autorité de l'État et a réduit la violence, mais il se méfiait de tout ce qui était de gauche, notamment des syndicats et des ONG de défense des droits de l'homme. Il n'est pas clair que les anciens groupes paramilitaires sont réellement pacifiés. Et le tiers des députés du parti au pouvoir ont été accusés de liens avec les narcotrafiquants et les escadrons de la mort.»

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