Le petit cargo Ana Cecilia, d'une capacité de 16 conteneurs, est entré dans la baie de La Havane peu après 7 h, ont constaté des journalistes de l'AFP, après avoir été retardé en mer 24 heures par des problèmes administratifs.
Coque bleue, superstructure blanche et rampes rouges - les couleurs de Cuba - et arborant des pavillons de Cuba et de la Bolivie où il est enregistré, l'Ana Cecilia a fait une entrée discrète dans le port de La Havane où il doit décharger sa cargaison avant de repartir à vide.
« C'est un grand plaisir! », s'est exclamé Leonardo Sanchez-Adega, porte-parole d'International Port Corp, la compagnie propriétaire du navire, en apprenant de l'AFP l'arrivée de l'Ana Cecilia dans la baie de La Havane.
Pour ce voyage inaugural, le cargo emportait « des envois familiaux, de la nourriture, des vêtements, des médicaments, ce genre de choses ». « Les matériels les plus gros sont un matelas orthopédique et un fauteuil roulant électrique », a détaillé le porte-parole de la compagnie.
International Port Corp a annoncé que cette liaison serait désormais hebdomadaire, avec un navire partant de Miami tous les mercredis pour ce voyage d'environ 16 heures jusqu'à La Havane.
« De là, l'équipage décharge tout sans débarquer et le bateau repart à vide vers Miami », a souligné le porte-parole de la compagnie.
La société, qui doit se plier à l'embargo total décrété contre Cuba en février 1962 par le président américain John F. Kennedy et renforcé dans les années 90, a précisé avoir obtenu un permis spécial des autorités américaines, dans le cadre de l'assouplissement entrepris par le président Barack Obama depuis son arrivée à la Maison-Blanche.
Avec Obama, les voyages d'Américains à Cuba - normalement interdits - ont été ouverts à des échanges universitaires, sportifs, religieux ou culturels. Plusieurs aéroports américains ont reçu le droit d'accueillir des vols vers Cuba et, en 2011, près de 400 000 Cubains et Américano-Cubains sont venus dépenser leur argent auprès de leur famille à Cuba.
Les envois d'argent des États-Unis - où vivent 80 % des 1,5 million des membres de la diaspora cubaine dans le monde - vers Cuba ont également été libérés. Selon les Nations unies, ces « remesas » ont atteint 2 milliards de dollars l'an dernier, une entrée de devises à peine inférieure aux revenus du tourisme.
Cet assouplissement de l'embargo reste néanmoins limité, particulièrement depuis l'arrestation en décembre 2009 d'un sous-traitant du département d'État américain, Alan Gross, condamné en mars 2011 à 15 ans de prison pour avoir introduit illégalement à Cuba du matériel de transmission satellitaire.
En Floride, la réponse de la communauté cubaine à la mise en place de ce service de transport maritime a été « positive », affirme International Port Corp.
Aucune communication officielle n'a été faite à Cuba sur le sujet.
L'économiste opposant Oscar Espinosa Chepe s'est de son côté réjoui de cette nouvelle ouverture : « J'applaudis cette initiative et j'espère qu'on continuera sur le chemin de la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis », a-t-il affirmé à l'AFP.