Deux infirmiers uruguayens affirmant avoir voulu délivrer des malades de leurs souffrances ont avoué l'assassinat de 16 patients dans deux hôpitaux de Montevideo, et les autorités craignent que le bilan s'alourdisse au fil de l'enquête.

Les deux hommes, dont l'état civil n'a pas été confirmé officiellement, ont été inculpés «d'homicide spécialement aggravé» et écroués dimanche soir, a annoncé à la presse le juge Rolando Vomero.

Les suspects ont avoué avoir perpétré ces assassinats - cinq pour l'un (dans l'unité de cardiologie de l'hôpital public Maciel) et 11 pour l'autre (dans le service de neurochirurgie de la clinique Española) - «car ils ne supportaient pas de voir la souffrance des gens», selon leurs avocats, mais leurs victimes n'étaient pas en phase terminale, a ajouté le juge.

Une infirmière, peut-être la compagne de l'un des deux suspects, a été accusée de complicité et dissimulation d'assassinat et également incarcérée, a précisé le magistrat.

Les déclarations des deux mis en cause laissent entendre «en termes généraux qu'il pourrait exister plus de cas» que ceux déjà découverts, a indiqué de son côté le ministre de l'Intérieur Eduardo Bonomi.

«Il n'y a pas eu d'erreur, ils ont agi avec l'intention de tuer», a assuré à la presse le vice-ministre uruguayen de la Santé Leonel Briozzo.

Dans un cas au moins, l'euthanasie a été pratiquée à l'aide de morphine, dans un autre en insufflant de l'air dans le sang, provoquant la mort en quelques minutes, a encore expliqué le juge.

Les deux cas ne sont pas liés, a encore expliqué le juge Vomero, même si l'un des deux suspects travaillait dans les deux établissements où des cas ont été répertoriés.

L'avocate d'un des accusés, Ines Mazziotti, a révélé que les deux hommes étaient «amis», mais elle a assuré qu'ils ne s'étaient pas concertés et que les meurtres avaient obéi à des mécanismes différents.

Selon elle, son client a affirmé avoir agi «par pitié». «Après 20 ans aux soins intensifs, avec du stress, à se trouver entre la vie et la mort, il ne l'a plus supporté», a ajouté l'avocate.

Le ministre de l'Intérieur a déclaré lors d'une conférence de presse que l'enquête avait débuté en janvier, après un signalement anonyme. Peu après, un nouveau décès suspect «a accéléré l'enquête en apportant des éléments concrets», a-t-il souligné.

Le ministère de la Santé a fait part de sa «profonde préoccupation» dans un communiqué et le ministre Jorge Venegas a indiqué avoir lancé des enquêtes administratives dans les centres de santé concernés après l'arrestation des agents qu'il a qualifiés de «tueurs en série».

La Commission de la Sécurité des patients a pour sa part décidé de resserrer les contrôles dans les hôpitaux et de mettre en place une cellule d'appui aux familles affectées par des décès «sans diagnostic clair».

Si les victimes n'étaient pas en phase terminale, les situations des malades étaient cependant «complètement distinctes» dans les deux établissements, a souligné M. Briozzo.

À la clinique où 11 personnes au moins ont été tuées, le personnel infirmier a indiqué avoir reçu des consignes de silence, mais à l'étage du service de neurochirurgie, où certains patients peuvent se trouver en situation critique, une infirmière confiait à voix basse sa «surprise».

Contactée par téléphone, une infirmière de l'hôpital Maciel a raconté à l'AFP que l'autre suspect «travaillait depuis sept ans dans l'unité» de cardiologie où les patients sont en général hors de danger, selon les autorités et a assuré qu'il était «méchant avec les patients». Une autre a décrit un collègue «discret», sur lequel aucun soupçon n'a pesé avant.