Kenya: la présidentielle boycottée par l'opposition aura lieu jeudi

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Dix ans après les pires violences post-électorales de l'histoire du Kenya indépendant (depuis 1963), qui avaient fait plus de 1100 morts, la crise politique actuelle a plongé le pays dans une incertitude mêlée d'anxiété.

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François AUSSEILL
Agence France-Presse
NAIROBI

L'élection présidentielle au Kenya, organisée à la suite de l'invalidation de la réélection en août du président Uhuru Kenyatta, se tiendra bien jeudi, mais le scrutin boycotté par l'opposition pourrait plonger le pays dans une période de forte instabilité.

Le chef de la Commission électorale (IEBC), Wafula Chebukati, s'est adressé mercredi à la Nation pour confirmer la tenue du scrutin de jeudi, mettant en avant les «assurances» données par les autorités que la sécurité de tous serait garantie et les «progrès» réalisés selon lui au sein de l'IEBC.

Marquée par de nombreux rebondissements, la saga de la présidentielle 2017 avait auparavant fait un rapide détour par la Cour suprême, celle-là même qui avait pris la décision historique sur le continent d'invalider l'élection du 8 août, jugée «ni transparente, ni vérifiable».

Mais en moins de cinq minutes, le président de la plus haute juridiction du pays, David Maraga, a douché les espoirs de ceux qui souhaitaient un report de l'élection afin de laisser le temps à l'IEBC de se réformer et de convaincre le leader de l'opposition, Raila Odinga, 72 ans, de revenir dans le jeu.

M. Maraga a expliqué que seuls deux des sept juges de la Cour suprême étaient en mesure de siéger: «Nous ne pouvons pas former un quorum (...) et l'affaire ne peut pas être entendue ce matin», a tranché le magistrat.

Un juge est malade, un autre n'a pu prendre un avion pour venir à Nairobi, deux «n'ont pas été capables de venir à la Cour», et la numéro 2 de la Cour suprême, Philomena Mwilu, ne pouvait être présente après que son garde du corps et chauffeur a été grièvement blessé par balle mardi, a-t-il expliqué.

L'un des leaders de l'opposition, le sénateur James Orengo, a affirmé que l'absence de plusieurs juges n'était «pas une coïncidence» mais le fruit d'une «tentative de saper l'autorité des institutions».

Que va faire l'opposition jeudi?

Tous les regards sont désormais tournés vers Raila Odinga, déjà trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013), qui doit donner ses dernières consignes à ses partisans lors d'un rassemblement dans un parc de Nairobi mercredi après-midi.

Ce rassemblement est officiellement interdit mais la police, présente sur les lieux, laissait en milieu d'après-midi les partisans de M. Odinga se rassembler sur place.

Ce dernier avait appelé dans un premier temps à des manifestations le jour du scrutin, laissant craindre de nouvelles violences. Mais il a laissé entendre mardi qu'il pourrait finalement appeler ses supporteurs à rester chez eux.

À Kisumu, principale ville de l'ouest du pays et bastion de l'opposition, environ un millier de manifestants a défilé dans le centre-ville, au cri de «pas de réformes, pas d'élection».

«Il y aura peut-être une élection ailleurs dans le pays, mais pas ici», promettait l'un d'eux, Cliff Asweto, vendeur de légumes.

Au moins 40 personnes ont été tuées depuis le 8 août, la plupart dans la répression brutale des manifestations par la police dans des bastions de l'opposition, selon les organisations de défense des droits de l'homme.

Le climat politique s'est nettement détérioré ces dernières semaines pour devenir délétère, les deux camps multipliant les invectives et les déclarations menaçantes.

Dénonçant des interférences politiques et des divisions sur des lignes partisanes, le président de l'IEBC avait récemment émis de sérieux doutes sur la possibilité d'avoir une élection crédible le 26 octobre. Il n'a pas réitéré ses craintes mercredi.

M. Chebukati avait tenté la semaine dernière de réunir les deux principaux candidats pour discuter d'une sortie de crise et faire baisser la tension dans le pays.

Mais de dialogue il n'y a pas eu et quelque 19,6 millions d'électeurs inscrits sont appelés à se rendre aux urnes jeudi pour une élection qui devrait se résumer à un cavalier seul du sortant Kenyatta, fils du père de l'indépendance du pays, Jomo Kenyatta.

En l'absence de M. Odinga, les six autres petits candidats sont condamnés à jouer les faire-valoir.

Raila Odinga, lui-même fils d'un héros de l'indépendance, Jaramogi Oginga Odinga, s'était retiré de la course le 10 octobre, jugeant que les réformes susceptibles de garantir la tenue d'un scrutin libre et équitable n'avaient pas été menées à bien.

Lassitude et anxiété

L'IEBC a entrepris certaines réformes: le mode de transmission des résultats est différent, un de ses responsables a été mis sur la touche. Mais l'opposition estime que l'institution est toujours majoritairement acquise au parti au pouvoir.

Boycotté par l'opposition, le scrutin sera également en partie boudé par les observateurs internationaux: l'Union européenne et la Fondation Carter, citant des raisons de sécurité, ont réduit la taille de leur mission.

Dix ans après les pires violences post-électorales de l'histoire du Kenya indépendant (depuis 1963), qui avaient fait plus de 1100 morts, la crise politique actuelle a plongé le pays dans une incertitude mêlée d'anxiété.

L'économie la plus dynamique d'Afrique de l'Est tourne au ralenti et de nombreux Kényans ne cachent pas leur lassitude face à cette période électorale 




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