Niger: la mort de soldats américains révèle leur présence au Sahel

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Les soldats américains concernés sont tous des membres des bérets verts, les forces spéciales de l'armée de Terre qui sont spécialement entraînées pour former et conseiller des troupes régulières étrangères ou des guérillas.

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Boureima HAMA, Paul HANDLEY
Agence France-Presse
Niamey et Washington

Quatre soldats nigériens et trois soldats américains sont morts dans une embuscade au Niger mercredi, révélant au grand jour à quel point les forces américaines sont impliquées dans la lutte contre les jihadistes dans la région.

Après avoir laissé planer le doute sur le bilan toute la journée, le gouvernement nigérien a finalement confirmé jeudi soir que quatre de ses soldats avaient été tués et huit blessés aux côtés des militaires américains, donnant des détails sur l'embuscade.

«Aux environs de 12h30 locales, une patrouille conjointe des Forces de défense et de sécurité (FDS-Nigériennes) et des partenaires américains évoluant dans la zone frontalière Mali-Niger est tombée dans une embuscade tendue par des éléments terroristes à bord d'une dizaine de véhicules et une vingtaine de motos à hauteur du village de Tongo Tongo, situé à environ 80 km au nord-ouest de Ouallam» (à une centaine de km de Niamey), a annoncé le porte-parole du ministère nigérien de la Défense, le colonel Abou Targué, lisant un communiqué sur la télévision publique.

«Après d'intenses combats, le bilan s'établit comme suit: côté FSD (soldats nigériens) quatre morts et huit blessés. Côté partenaires américains trois morts et deux blessés», a-t-il dit.

Selon un communiqué du Pentagone, une autre personne d'un pays non cité a également été tuée.

Le commandement militaire américain pour l'Afrique avait indiqué dès jeudi matin que trois de ses hommes avaient été tués «au cours d'une opération antiterroriste menée conjointement avec les forces nigériennes à quelque 200 kilomètres au nord de la capitale Niamey dans le sud-ouest du Niger».

Ce sont les premiers morts américains au combat dans le cadre de la mission de lutte contre les groupes jihadistes dans cette région. Un militaire américain était mort dans un accident de voiture au Niger en février.

«Je n'ai pas connaissance d'autres incidents récents de cette nature», a déclaré le général Kenneth McKenzie à des journalistes à Washington.

McKenzie n'a pas donné de chiffres de la présence américaine au Niger mais a précisé que les forces américaines étaient là pour «entraîner, conseiller, assister» le gouvernement du Niger à faire face seul à des extrémistes violents.

Selon lui, les pertes américaines ne changeront en rien cet objectif.

Les deux soldats américains blessés ont été transportés vers l'hôpital militaire américain de Landstuhl en Allemagne, où leur état de santé «est stable».

L'embuscade est l'oeuvre «d'hommes lourdement armés venus du Mali», a assuré une source sécuritaire régionale, affirmant que les soldats américains étaient «certainement des instructeurs».

Selon les médias, les soldats américains sont tous des membres des bérets verts, les forces spéciales de l'armée de Terre qui sont spécialement entraînées pour former et conseiller des troupes régulières étrangères ou des guérillas.

Le lourd bilan témoigne de la violence de l'accrochage. Selon le porte-parole de l'état-major français, le colonel Patrick Steiger, une patrouille de Mirage 2000 français a permis de faire une démonstration de force mais n'a pas pu apporter d'appui direct au sol - tir ou bombardement - en raison de «l'imbrication (des forces) au sol».

L'armée française a aussi mobilisé deux modules d'évacuation médicale composés d'hélicoptères qui ont permis d'extraire des blessés en direction de Niamey.

Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a affirmé devant le Conseil de sécurité à New York que cette attaque soulignait l'urgente nécessité de mettre à pied d'oeuvre la nouvelle force internationale de lutte contre les jihadistes du Sahel, le G5 Sahel (Tchad, Niger, Mali, Burkina Faso et Mauritanie).

Base américaine

Les Américains sont très présents au Niger, notamment sur l'aéroport d'Agadez avec une base gérant des drones qui surveillent la zone sahélienne. Les militaires opérant sur cette base ne sortent toutefois qu'extrêmement rarement de cette position.

En plus de cette base, des forces spéciales américaines et des instructeurs sont présents dans le pays depuis les années 2000 pour former les militaires nigériens. Ces soldats effectuent des missions dans tout le pays et l'AFP a déjà rencontré des soldats américains à Niamey, mais aussi à Diffa, une zone où sévit le groupe islamiste nigérian Boko Haram.

En octobre 2015, le Niger et les États-Unis avaient notamment signé un accord militaire engageant les deux pays «à travailler ensemble sur la lutte contre le terrorisme». L'armée américaine doit aussi «former les militaires nigériens dans la lutte contre le terrorisme», selon cet accord.

«Il y a ponctuellement des missions de renseignement et de formation de soldats américains ou français un peu partout dans le pays», souligne une source militaire occidentale.

Mi-septembre, Niamey a prolongé l'état d'urgence en vigueur depuis mars dans la zone «devant la persistance de la menace» des «groupes terroristes», notamment venus du nord du Mali voisin.

Mi-juin, l'armée nigérienne a monté une nouvelle opération militaire à partir de la région de Tillabéri pour mieux combattre les jihadistes.

Outre les Américains, la France, ancienne puissance coloniale et partenaire privilégié du Niger, compte une base sur l'aéroport de Niamey à partir duquel opèrent des avions de chasse Rafale et des drones. Dans le cadre de l'opération Barkhane, les forces spéciales françaises disposent aussi d'une base à Madama, dans le nord nigérien.




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