Un manifestant tué dans le sud tunisien, crainte d'une escalade

La tension est montée ce week-end à El-Kamour,... (Hatem Kefi, AP)

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La tension est montée ce week-end à El-Kamour, site désertique à une centaine de km de Tataouine où campent depuis près d'un mois des habitants réclamant une meilleure répartition des richesses et des recrutements prioritaires dans les sociétés pétrolières.

Hatem Kefi, AP

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Fathi Nasri, Kaouther Larbi
Agence France-Presse
Tunis et TATAOUINE

Un jeune manifestant est mort lundi après avoir été écrasé « accidentellement » par un véhicule de la gendarmerie dans le sud de la Tunisie, faisant craindre une escalade dans cette région agitée par des protestations sociales.

Une cinquantaine de personnes ont également été hospitalisées pour asphyxie au gaz lacrymogène ou fractures, lors de heurts entre manifestants et forces de l'ordre à El-Kamour et Tataouine, a indiqué à l'AFP le ministère de la Santé.

La tension est montée ce week-end à El-Kamour, site désertique à une centaine de km de Tataouine où campent depuis près d'un mois des habitants réclamant une meilleure répartition des richesses et des recrutements prioritaires dans les sociétés pétrolières.

Face à ce mouvement social qui a entravé la circulation des camions vers les champs pétroliers et gaziers de Tataouine, le président Béji Caïd Essebsi a solennellement demandé le 10 mai aux militaires de protéger les sites de production d'éventuels blocages.

Selon le ministère de la Santé, « un jeune est mort accidentellement » à El-Kamour, écrasé « par une voiture de la Garde nationale », l'équivalent de la gendarmerie.

Le décès est survenu lors d'une manifestation devant le complexe pétrolier et gazier, les forces de l'ordre faisant usage de gaz lacrymogène pour repousser les protestataires qui tentaient d'y pénétrer.

« On ne lâche rien »

Après ce décès, une manifestation de soutien organisée devant le gouvernorat à Tataouine a dégénéré en heurts avec les forces de l'ordre.

Le directeur de l'hôpital régional de Tataouine, Ibrahim Gharghar, a affirmé à l'AFP que son établissement avait accueilli « une cinquantaine de blessés », dont l'un atteint à l'oeil par une bonbonne de gaz lacrymogène.

À Tataouine, le mouvement n'a dégénéré « qu'après les violences à El-Kamour », a assuré à l'AFP, sous couvert de l'anonymat, un habitant ayant participé aux manifestations.

Selon lui, un petit groupe de personnes a mis le feu aux postes de la police et de la gendarmerie de la ville, ce que des médias locaux ont également rapporté.

« Tout est fermé à Tataouine. Seule l'armée est là, les policiers et gendarmes sont partis. Nous n'avons aucun problème avec l'armée, qui se comporte de manière très civilisée », a-t-il ajouté.

La situation restait toutefois tendue dans l'après-midi à Tataouine, selon un correspondant de l'AFP sur place.

À Tunis, des dizaines de personnes se sont rassemblées, au milieu d'une forte présence policière, près du ministère de l'Intérieur pour dénoncer les violences à El-Kamour en scandant le slogan phare de Tataouine, « On ne lâche rien ».

« Par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifierons pour toi Ô martyr ! Ministère de l'Intérieur, ministère terroriste », ont-ils crié.

Mise en garde

Dès samedi, l'armée avait procédé à des tirs de sommation pour disperser la foule à El-Kamour, pour la première fois depuis l'appel du président Essebsi aux militaires.

Le lendemain, le ministère de la Défense a prévenu que l'armée aurait recours à la force contre quiconque tenterait de pénétrer dans le complexe pétrolier et gazier.

Il a mis en garde « tous les citoyens contre des poursuites judiciaires en cas de heurts avec les unités militaires et sécuritaires, et contre les dommages physiques pouvant les atteindre dans le cas d'une gradation dans l'usage de la force ».

« Il faut comprendre que la tentative d'entrer par la force dans l'installation protégée par l'armée (...) n'est pas un acte pacifique (...) Cela requiert une réaction », a insisté de nouveau lundi le porte-parole du ministère, Belhassen Oueslati, sur Express FM.

En fonctions depuis moins d'un an, le gouvernement d'union de Youssef Chahed, à l'image de ses prédécesseurs, est confronté à une grogne sociale croissante, en particulier dans les régions de l'intérieur. Les mouvements prennent régulièrement l'allure de sit-in bloquant routes et accès à certains sites.

En janvier 2016, l'unique pays rescapé du Printemps arabe avait connu sa plus importante contestation sociale depuis la révolution de 2011, après le décès d'un jeune manifestant lors d'une manifestation pour l'emploi à Kasserine (ouest).




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