En Égypte, le pape dénonce les violences au «nom de Dieu»

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Le pape François a été accueilli par le grand imam, cheikh Ahmed al-Tayeb (photo), à l'institution d'Al-Azhar au Caire.

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Samer AL-ATRUSH, Catherine MARCIANO
Agence France-Presse
LE CAIRE

Le pape François a dénoncé les violences perpétrées «au nom de Dieu» et le populisme menaçant la paix, lors de sa première visite vendredi en Égypte secouée au début du mois par des attentats sanglants contre la minorité chrétienne.

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Le long du parcours que doit emprunter le pape François vendredi, des affiches géantes le montrant sur fond de pyramides lui souhaitaient la «bienvenue», en anglais et en italien.

PHOTO THOMAS COEX, AFP

Placée sous haute sécurité, la visite éclair du pontife argentin intervient trois semaines après deux attaques le 9 avril contre des églises coptes orthodoxes qui ont fait 45 morts et ont été revendiquées par le groupe djihadiste État islamique (EI).

«Aucune violence ne peut être perpétrée au nom de Dieu, parce qu'elle profanerait son Nom», a lancé le pape dans un discours prononcé lors d'une conférence organisée par l'institution sunnite Al-Azhar où il s'est rendu après son arrivée en début d'après-midi au Caire.

Pour ce premier séjour du pape dans le plus peuplé des pays arabes, placé sous état d'urgence, policiers et militaires étaient omniprésents dans les rues de la capitale égyptienne, coupées à la circulation.

Les abords de la Nonciature apostolique, où le pape doit séjourner, étaient fermés à la circulation vendredi. Et près de la cathédrale, siège de l'Église orthodoxe copte, des blindés étaient stationnés.

Le pape François s'est rendu au palais présidentiel pour une rencontre avec le président Abdel Fattah al-Sissi. Il s'est ensuite rendu à l'institution d'Al-Azhar où il a été accueilli par le grand imam, cheikh Ahmed al-Tayeb, et doit plus tard voir le pape copte orthodoxe Tawadros II.

Dans son discours, le pape a fustigé les «populismes démagogiques» qui selon lui «n'aident pas à consolider la paix et la stabilité». «Aucune incitation à la violence ne garantira la paix», a-t-il martelé sans citer d'exemple à ses yeux de gouvernement populiste.

Il a aussi appelé à «bloquer les flux d'argent et d'armes» pour «prévenir les conflits et édifier la paix».

Sa visite vise notamment à réchauffer les relations entre Al-Azhar et le Vatican, qui s'étaient crispées après des propos controversés en 2006 du pape Benoît XVI semblant associer islam et violence.

Respect des droits de l'Homme

Le long du parcours que doit emprunter François au Caire, des affiches géantes montrant le pontife sur fond de pyramides, lui souhaitent la «bienvenue», en anglais et en italien.

Toutes les églises ont été placées sous haute surveillance, de crainte d'un attentat, alors que l'EI a menacé de multiplier les attaques contre les Coptes, majoritairement orthodoxes, qui représentent environ 10% des 92 millions d'Égyptiens.

En décembre, un attentat revendiqué par l'EI avait déjà fauché 29 personnes dans une église copte du Caire, où le pape François se recueillera en fin de journée avec Tawadros II.

Communauté chrétienne la plus importante en nombre du Moyen-Orient, les Coptes orthodoxes d'Égypte se disent victimes de discriminations de la part des autorités et de la majorité musulmane.

Dans un autre discours prononcé devant M. Sissi, le pape François a appelé au respect «inconditionnel» des droits de l'Homme, citant «la liberté religieuse et d'expression».

Le président égyptien est régulièrement accusé par des organisations internationales de défense des droits de l'Homme d'avoir instauré un régime ultra-répressif qui ne tolère aucune voix d'opposition depuis qu'il a destitué en 2013 son prédécesseur, l'islamiste Mohamed Morsi.

Ses détracteurs estiment qu'il a refermé la parenthèse démocratique ouverte avec le soulèvement de 2011 qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak.

Mais M. Sissi a été le premier président égyptien à se rendre à la messe de Noël à la cathédrale copte du Caire. Et il jouit d'une forte popularité au sein de la communauté depuis qu'il a destitué M. Morsi.

Dégel

Le voyage de François est le deuxième d'un pape en Égypte contemporaine, après celui de Jean-Paul II en 2000, qui avait également rencontré le cheikh d'Al-Azhar.

Vieille de presque mille ans, l'institution sunnite d'Al-Azhar s'oppose au jihadisme inspiré du salafisme rigoriste dominant en Arabie saoudite.

Mais Al-Azhar est également au coeur d'une lutte entre les autorités politiques et religieuses, depuis que M. Sissi fait campagne pour des réformes visant à éradiquer le discours extrémiste de la sphère religieuse.

L'institution religieuse a par exemple refusé d'amender la pratique islamique des divorces prononcés de manière orale.

Elle avait gelé ses relations avec le Vatican lorsque Benoît XVI avait appelé spécifiquement à protéger les chrétiens après un attentat meurtrier contre une église copte.

Mais en mai 2016, le pape François avait reçu l'imam al-Tayeb, point culminant d'un rapprochement entre le Saint-Siège et Al-Azhar.

Depuis son élection en 2013, Jorge Bergoglio multiplie les gestes d'ouverture envers les musulmans, au point de déconcerter parfois certains chrétiens.

Le chef spirituel de près de 1,3 milliard de catholiques célébrera samedi une messe dans un stade militaire de la banlieue du Caire pour la très minoritaire communauté catholique égyptienne, 272 000 fidèles de différents rites, déterminés à lui offrir un accueil mémorable.




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