Kenya: le plus grand camp de réfugiés au monde restera ouvert

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Nairobi avait pris de court les réfugiés, les agences humanitaires, l'ONU et ses partenaires occidentaux en annonçant le 6 mai 2016 sa décision de fermer Dadaab et de renvoyer de force dans leur pays les réfugiés somaliens qui, dans leur grande majorité, veulent rester au Kenya.

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Nicolas DELAUNAY
Agence France-Presse
NAIROBI

La justice kényane a déclaré jeudi «nulle et non avenue» la décision du gouvernement de fermer le complexe de réfugiés de Dadaab, le plus grand au monde, affirmant que Nairobi a violé ses obligations internationales en ordonnant le rapatriement dans leur pays de réfugiés somaliens.

Nairobi avait pris de court les réfugiés, les agences humanitaires, l'ONU et ses partenaires occidentaux en annonçant le 6 mai 2016 sa décision de fermer Dadaab et de renvoyer de force dans leur pays les réfugiés somaliens qui, dans leur grande majorité, veulent rester au Kenya.

Pour justifier sa décision, le gouvernement kényan avait mis en avant la sécurité nationale, assurant, sans en fournir la preuve, que c'est là qu'avaient été planifiées les attaques meurtrières des islamistes somaliens shebab contre le centre commercial Westgate à Nairobi en 2013 et l'université de Garissa (nord-est) en 2015.

«La décision du gouvernement de viser spécifiquement les réfugiés somaliens constitue un acte de persécution d'un groupe, est illégale, discriminatoire et donc anticonstitutionnelle», a déclaré le juge de la Haute Cour John Mativo, se prononçant sur une plainte déposée par la Commission nationale kényane des droits de l'homme, organe officiel institué par la constitution, et l'ONG kényane Kituo Cha Sheria.

Reprochant au gouvernement de ne pas avoir consulté ses partenaires et les réfugiés avant d'ordonner la fermeture de Dadaab, le juge Mativo a déclaré cette décision «nulle et non avenue».

Il a également jugé que la décision de rapatrier les réfugiés somaliens «contre leur volonté viole le principe de non-refoulement» exprimé dans la convention de l'ONU de 1951 sur le statut des réfugiés et ordonné la reprise immédiate des activités de l'organisme gouvernemental responsable des réfugiés (DRA), dissous par le gouvernement.

Le gouvernement a annoncé dans un communiqué sa volonté de faire appel, reprenant son argument sécuritaire: «Notre principale responsabilité est de garantir la sécurité de tous les Kényans (...) Le camp a perdu sa vocation humanitaire et est devenu un havre pour le terrorisme et les activités illégales».

Élections en vue

Le Kenya avait initialement annoncé vouloir fermer le camp fin novembre 2016, mais avait repoussé cette fermeture au 21 mai 2017 à la suite d'une requête du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) et sur fond d'accusations de retours forcés de réfugiés somaliens.

Le programme de «retours volontaires» mis en place par le Kenya a en effet suscité de nombreuses critiques des organisations de défense de droits de l'homme, qui accusent le Kenya d'user de coercition pour forcer les réfugiés à retourner vivre dans un pays en proie à une insécurité chronique.

Complexe tentaculaire, Dadaab, situé près de la frontière avec la Somalie, abrite actuellement quelque 256 000 réfugiés - contre environ 320 000 à la mi-2016 -, en très grande majorité des Somaliens ayant fui depuis 1991 la guerre civile, les exactions des islamistes radicaux et des sécheresses à répétition.

Selon le HCR, la diminution du nombre de réfugiés s'explique notamment par des rapatriements volontaires et des relocalisations vers le camp de Kakuma (nord-ouest du Kenya).

«C'est un jour historique pour plus d'un quart de millions de réfugiés qui risquaient d'être renvoyés de force en Somalie», a réagi Muthoni Wanyeki, directrice régionale pour Amnesty International.

L'ONG Médecins sans frontières (MSF) a appelé le gouvernement à «envisager des solutions alternatives à l'accueil à long terme dans des camps d'une telle ampleur», et a à ce titre évoqué l'intégration au sein de communautés kényanes ou la relocalisation dans des camps plus petits.

De nombreuses voix du monde humanitaire ou universitaire s'étaient élevées pour contester le projet de fermeture du camp et mettre en doute sa faisabilité, tant logistique que juridique.

Ces experts estiment qu'à l'heure où l'attention humanitaire se porte surtout sur la crise migratoire en Europe, et où le Kenya est mécontent de la lenteur des rapatriements volontaires vers la Somalie prévus par un accord signé en 2013, l'annonce était un moyen pour Nairobi de se repositionner dans l'agenda international.

À l'approche des élections générales d'août 2017, le gouvernement souhaitait selon eux montrer qu'il prend des mesures sur le plan sécuritaire, un des points faibles du mandat du président Uhuru Kenyatta, candidat à sa réélection.

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Complexe tentaculaire, Dadaab, situé près de la frontière avec la Somalie, abrite actuellement quelque 256 000 réfugiés - contre environ 320 000 à la mi-2016 -, en très grande majorité des Somaliens ayant fui depuis 1991 la guerre civile, les exactions des islamistes radicaux et des sécheresses à répétition.

REUTERS

Islamistes radicaux

Le Kenya avait initialement annoncé vouloir fermer le camp fin novembre 2016, mais avait repoussé cette fermeture au 21 mai 2017 à la suite d'une requête du Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) et sur fond d'accusations de retours forcés de réfugiés somaliens.

Le programme de «retours volontaires» mis en place par le Kenya a en effet suscité de nombreuses critiques des organisations de défense de droits de l'homme, qui accusent le Kenya d'user de coercition pour forcer les réfugiés à retourner vivre dans un pays en proie à une insécurité chronique.

Complexe tentaculaire, Dadaab, situé près de la frontière avec la Somalie, abrite actuellement quelque 256 000 réfugiés - contre environ 320 000 à la mi-2016 -, en très grande majorité des Somaliens ayant fui depuis 1991 la guerre civile, les exactions des islamistes radicaux et des sécheresses à répétition.

Selon le HCR, la diminution du nombre de réfugiés s'explique notamment par des rapatriements volontaires et des relocalisations vers le camp de Kakuma (nord-ouest du Kenya).

«C'est un jour historique pour plus d'un quart de million de réfugiés qui risquaient d'être renvoyés de force en Somalie, où ils auraient été sous la menace de graves violations des droits de l'homme», a réagi Muthoni Wanyeki, directrice régionale pour Amnesty International.

«Le Kenya et la communauté internationale doivent maintenant travailler pour trouver des solutions alternatives pour les réfugiés, dont l'intégration locale», a ajouté la même source.

De nombreuses voix du monde humanitaire ou universitaire se sont élevées pour contester le projet de fermeture du camp et mettre en doute sa faisabilité, tant logistique que juridique.

Ces experts estiment qu'à l'heure où l'attention humanitaire se porte surtout sur la crise migratoire en Europe, et où le Kenya est mécontent de la lenteur des rapatriements volontaires vers la Somalie prévus par un accord signé en 2013, l'annonce était un moyen pour Nairobi de se repositionner dans l'agenda international.

Ils affirmaient également qu'à l'approche des élections générales d'août 2017, le gouvernement souhaitait montrer qu'il prend des mesures sur le plan sécuritaire, un des points faibles du mandat du président Uhuru Kenyatta, candidat à sa réélection.




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