Le fils du président guinéen risque la prison en France

Teodorin Nguema Obiang Mangue est jugé cette semaine... (photo JEROME LEROY, archives agence france-presse)

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Teodorin Nguema Obiang Mangue est jugé cette semaine en France.

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Une résidence à 150 millions de dollars sur une prestigieuse avenue de Paris, une collection de voitures de luxe: le fils du président de la Guinée équatoriale est jugé cette semaine en France, notamment pour détournement de fonds publics. Il s'agit du premier procès dans l'affaire des « biens mal acquis » qui éclabousse plusieurs dirigeants africains. Explications en quatre points.

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Teodorin Nguema Obiang Mangue possède un hôtel particulier de 105 pièces sur la chic avenue Foch, à Paris.

photo ERIC FEFERBERG, archives agence france-presse

TRAIN DE VIE «EXTRAVAGANT»

Lorsqu'il séjourne en France, Teodorin Nguema Obiang Mangue, flamboyant célibataire de 47 ans, dépense des fortunes chez les plus grands couturiers de Paris, roule en Ferrari, Bugatti, Bentley ou dans une autre de sa quinzaine de voitures de luxe et loge dans son hôtel particulier de 105 pièces sur la chic avenue Foch - doté d'un hammam, d'un cinéma, d'une discothèque et dont les robinets sont recouverts de feuilles d'or - évalué à 150 millions de dollars.

Fils et potentiel successeur du président de la Guinée équatoriale Teodoro Obiang Nguema, au pouvoir depuis 1979 - ce qui en fait le doyen des chefs d'État africains -, il a été ministre de l'Agriculture et des Forêts et est maintenant vice-président de son pays, riche en hydrocarbures, mais dont la moitié de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Accusé de détournement de fonds publics, d'abus de confiance, de blanchiment de biens sociaux et de corruption, il assure avoir gagné son argent légalement. L'enquête des juges français a démontré que quelque 150 millions de dollars provenant du Trésor public guinéen ont été versés dans son compte personnel entre 2004 et 2011.

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Teodorin Nguema Obiang Mangue, possède une quinzaine de voitures de luxe en France.

photo Laurent Gillieron, archives associated press

DIX ANS DE TRAVAIL

Le procès de Teodorin Obiang, qui s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Paris en l'absence de l'accusé, est le tout premier dans l'affaire des « biens mal acquis », un vaste scandale sur le patrimoine vertigineux accumulé en France par différents dirigeants africains et leurs proches.

Il s'agit de l'aboutissement de 10 ans de travail pour des organisations comme Transparency International, Survie, Sherpa et la Fédération des Congolais de la diaspora, qui avaient porté plainte en mars 2007 après la publication d'un rapport accablant du Comité catholique contre la faim et pour le développement-Terre solidaire sur « la fortune des dictateurs et les complaisances occidentales ». Ce rapport éclaboussait également les familles dirigeantes de l'Angola, du Congo-Brazzaville, du Burkina Faso et du Gabon.

Joint par La Presse hier à Paris, le président de Transparency International France, Daniel Lebègue, s'est dit « très fier et très heureux » que l'affaire soit enfin entendue, y voyant « un signal très, très fort » pour les « autocrates » du monde entier « qui abusent d'un mandat public pour s'enrichir ».

«MANOEUVRES» D'ÉVITEMENT

Dès l'ouverture du procès, lundi, les avocats de Teodorin Obiang ont demandé le report de l'audience, arguant que les délais pour s'y préparer avaient été insuffisants. Il s'agit là de la dernière « manoeuvre » du clan Obiang pour se soustraire à la justice française, rappelle Daniel Lebègue. Lorsque la justice française a ordonné la saisie de l'hôtel particulier de l'avenue Foch, en 2012, la Guinée équatoriale y a dépêché du personnel diplomatique et réclamé que les lieux soient reconnus comme bâtiment consulaire, inviolable en vertu des conventions internationales. C'est aussi en 2012 que le président Obiang a nommé son fils à la vice-présidence, afin qu'il jouisse d'une immunité diplomatique. Mais la Cour de cassation, tribunal suprême en France, a estimé que les faits reprochés ont été commis à des fins personnelles, détachables de ses fonctions étatiques. Le tribunal annoncera aujourd'hui s'il accède à la demande de report de l'audience. Si le procès suit son cours, il ne devrait pas durer plus d'une semaine. « Nous, on n'a guère de doute sur le fait qu'Obiang sera condamné », affirme Daniel Lebègue, évoquant des « éléments de preuve tout à fait accablants ». L'accusé est passible de 10 ans d'emprisonnement.

EFFET D'ENTRAÎNEMENT

Qu'il soit retardé ou non, ce procès « fera école », estime Émile Ouédraogo, spécialiste de l'Afrique à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal. Il envoie selon lui l'avertissement aux dirigeants malhonnêtes que « si vous êtes capables de piller les ressources de vos pays, vous ne serez pas en sécurité dans les endroits où vous les cacherez ». Daniel Lebègue abonde dans le même sens, espérant un effet d'entraînement dans d'autres pays et contre d'autres dirigeants. Il rappelle que la Suisse a entamé des procédures contre les Obiang et que ceux-ci ont aussi eu des ennuis aux États-Unis.

La condamnation de Teodorin Obiang encouragerait d'ailleurs d'autres organisations non gouvernementales à « continuer ce travail » d'enquête sur des malversations commises au plus haut niveau des États, ajoute Émile Ouédraogo. Daniel Lebègue prévient cependant que la France devra trouver une manière de restituer ces biens mal acquis « non pas à l'État de Guinée équatoriale, tant qu'il est gouverné par le père et le fils [Obiang], mais aux populations locales ». Il suggère de verser les fonds à des organisations internationales pour des projets qui bénéficieraient directement à la population.




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