Gambie: Jammeh reste sourd aux pressions internationales

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Au pouvoir depuis 22 ans en gouvernant la Gambie d'une main de fer, Yahya Jammeh avait créé la surprise au lendemain du scrutin en reconnaissant facilement sa défaite. Mais il a brusquement changé d'avis vendredi soir.

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Agence France-Presse

Les forces de sécurité gambiennes déployées en masse faisaient régner le calme samedi à Banjul, au lendemain du revirement du président sortant Yahya Jammeh, qui ne reconnaît plus sa défaite électorale, apparemment imperméable aux condamnations internationales.

Le président élu Adama Barrow a demandé à M. Jammeh d'accepter sa défaite au à l'élection présidentielle du 1er décembre, rejetant sa demande de nouveau vote, et appelant ses propres partisans au calme.

Au pouvoir depuis 22 ans en gouvernant la Gambie d'une main de fer, Yahya Jammeh avait créé la surprise au lendemain du scrutin en reconnaissant facilement sa défaite. Mais il a brusquement changé d'avis vendredi soir.

«Tout comme j'ai loyalement accepté les résultats, en croyant que la Commission électorale était indépendante, honnête et fiable, je les rejette dans leur totalité», a-t-il affirmé au cours d'une déclaration télévisée inattendue, dénonçant des «erreurs inacceptables» de la part des autorités électorales et appelant à la tenue d'un nouveau scrutin.

«Je l'exhorte à changer de position et à accepter de bonne foi le verdict du peuple», a déclaré Adama Barrow à l'issue d'une réunion de l'opposition à son domicile, soulignant que le président sortant n'avait pas le pouvoir constitutionnel de convoquer une nouvelle élection.

«J'appelle tous les Gambiens à vaquer à leurs affaires», a ajouté M. Barrow, invitant ses propres partisans à «la discipline et la maturité».

Policiers et militaires tenaient des barrages à travers toute la capitale de ce petit pays d'Afrique de l'Ouest, mais la population - musulmane à 90% - vaquait normalement à ses occupations, à la veille de la célébration de la naissance du prophète de l'islam, ont constaté des correspondants de l'AFP.

L'Union africaine (UA), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et le représentant de l'ONU en Afrique de l'Ouest ont appelé le gouvernement à «respecter le verdict des urnes et garantir la sécurité du président élu Adama Barrow et de tous les citoyens gambiens».

Dans un communiqué conjoint, ils exhortent toutes les composantes de la société à s'abstenir de toute violence et «appellent les forces de défense et de sécurité à honorer leurs devoirs républicains».

Appels à la retenue

Amnesty International a pour sa part appelé dans un communiqué «les forces de sécurité à faire preuve de retenue si les Gambiens décident d'exercer leur droit à protester pacifiquement», souhaitant que la communauté internationale se montre vigilante en cas de violation des droits civiques.

Dans sa déclaration vendredi, M. Jammeh a aussi assuré que «l'intervention de puissances étrangères ne changerait rien» à sa décision, prévenant qu'il ne tolérerait aucune protestation dans les rues.

Il a même empêché l'avion amenant une mission de la Cédéao de se poser à l'aéroport de Banjul, selon le ministre sénégalais des Affaires étrangères Mankeur Ndiaye.

Le Sénégal et les États-Unis ont très rapidement condamné le revirement de M. Jammeh, exigeant qu'il conduise une «transition pacifique» avec M. Barrow et assure sa sécurité.

Selon la Constitution, seule la Cour suprême peut trancher les litiges sur les résultats électoraux. Tout candidat à la présidentielle peut la saisir dans les dix jours suivant la proclamation des résultats.

Dans la journée de vendredi, avant la déclaration de M. Jammeh, l'ambassade américaine à Banjul avait loué l'attitude des forces de sécurité «pendant cette période de transition vers une nouvelle administration présidentielle».

«Les soldats ont démontré leur respect pour l'État de droit et le résultat de l'élection présidentielle, et nous les exhortons à continuer à honorer ces principes», ajoutait la représentation américaine dans un communiqué.

La veille, le président élu s'était prévalu du soutien du chef de l'armée, le général Ousman Badjie. Le général Badjie «a dit qu'il était fidèle au président Yahya Jammeh parce qu'il était élu président. Il a affirmé que maintenant que je suis élu par le peuple gambien, il allait me soutenir», a déclaré jeudi Adama Barrow.

Mais dans une apparente tentative pour s'assurer la loyauté de la hiérarchie militaire, dans ce moment crucial, le président Jammeh a accordé des promotions jeudi et vendredi à quelque 250 officiers et officiers supérieurs.

L'ONU l'exhorte de reconnaître sa défaite

 Le Conseil de sécurité a exhorté samedi le président sortant de la Gambie Yahya Jammeh, battu à l'élection présidentielle le 1er décembre, de reconnaître sa défaite et de céder le pouvoir au président élu Adama Barrow.

Les quinze pays membres du Conseil de sécurité ont appelé dans une déclaration M. Jammeh à «respecter le choix du peuple souverain de la Gambie, comme il l'a dit le 2 décembre, et de transférer, sans conditions ni retard injustifié, le pouvoir au président élu, Adama Barrow». M. Jammeh avait reconnu le 2 décembre sa défaite avant de changer d'avis une semaine plus tard.




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