Génocide: le Rwanda ouvre une enquête sur le rôle de responsables français

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Sur cette photo datant de juillet 1994, un soldat français caché dans des feuillages regarde au loin avec des jumelles tandis que des réfugiés se déplacent en arrière-plan.

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Stephanie AGLIETTI
Agence France-Presse
Kigali

Kigali a ouvert une enquête sur le rôle de vingt responsables français dans le génocide rwandais en 1994, a annoncé le procureur général de ce pays, une décision qui pourrait à nouveau tendre les relations diplomatiques avec Paris.

«À l'heure actuelle, l'enquête porte sur 20 personnes qui, d'après les informations recueillies jusqu'à présent, sont (susceptibles) de permettre de mieux comprendre leur rôle et de décider si elles seront poursuivies ou non», selon un communiqué du procureur général, Richard Muhumuza.

«Au fur et à mesure que les enquêtes se poursuivent, d'autres agents et/ou fonctionnaires français pourraient être appelés à assister l'Organe de poursuite dans le même sens», selon le texte.

Le bureau du procureur général a précisé «s'attendre à ce que ces autorités compétentes veuillent bien coopérer tout au long de cette enquête judiciaire».

Interrogé par l'AFP, le ministère français de la Défense s'est contenté de renvoyer à une déclaration faite le 16 novembre par le ministre Jean-Yves Le Drian, après la diffusion par Kigali d'une liste de 22 officiers supérieurs français accusés d'implication dans le génocide.

Ce dernier avait estimé qu'il n'y avait «rien de nouveau», cette liste «étant à peu près identique à celle de 2008», insistant sur le fait qu'«affirmer que l'armée française a pris part au génocide est un mensonge indigne».

Cette liste avait été publiée le 1er novembre par une commission rwandaise en réponse à la décision de deux juges français de relancer l'enquête sur l'attentat contre le président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994.

«Des hauts gradés français et des personnalités politiques ont commis au Rwanda des crimes très graves», avait accusé la Commission nationale de lutte contre le génocide (CNLG) dans un rapport intitulé «La manipulation du dossier de l'avion d'Habyarimana, une occultation des responsabilités françaises dans le génocide».

Parmi eux, figurent le général Jacques Lanxade, ancien chef d'état-major de l'armée française, et le général Jean-Claude Lafourcade, qui commandait la force Turquoise déployée le 22 juin 1994 au Rwanda sous mandat de l'ONU.

Le Rwanda accuse la France depuis des années

Le Rwanda accuse depuis des années la France de participation au génocide, et la relation houleuse entre les deux pays a pris un nouveau tournant depuis que la justice française a rouvert une enquête en octobre afin d'entendre  un ancien chef d'état-major rwandais, qui accuse l'actuel président Paul Kagame d'avoir été l'instigateur de l'attentat contre le président Habyarimana.

L'attentat contre l'avion présidentiel, au cours duquel fut tué le président hutu, est considéré comme l'événement déclencheur du génocide, qui a duré cent jours et était parfaitement préparé.

La France, qui était alliée du régime hutu d'Habyarimana, est accusée par Kigali d'avoir ignoré les signes montrant qu'un génocide était imminent et d'avoir entraîné les soldats et les miliciens qui ont perpétré les massacres. Au moment du génocide, la France a été accusée d'avoir utilisé ses moyens diplomatiques pour bloquer toute action.

Quand la France a finalement envoyé sur place ses soldats - l'Opération Turquoise -, elle a été accusée de l'avoir fait pour contrecarrer la progression des forces tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), qui ont pris ensuite le pouvoir, et pour permettre aux Hutus auteurs du génocide de s'enfuir au Zaïre (aujourd'hui République démocratique du Congo).

Paris a maintes fois répondu que le déploiement de ses soldats a fait cesser les assassinats et a permis de sauver des milliers de vies humaines.

Les responsables français insistent aussi sur le fait que la responsabilité de ne pas avoir empêché le génocide doit être partagée par l'ensemble de la communauté internationale. Elle accuse le régime du président rwandais Paul Kagame de soulever cette question pour détourner l'attention à propos du non-respect des droits de l'Homme au Rwanda.

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