L'Éthiopie déclare l'état d'urgence

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L'Éthiopie est actuellement en proie à un mouvement de contestation antigouvernementale sans précédent depuis 25 ans.

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Karim LEBHOUR
Agence France-Presse
ADDIS ABEBA

Le gouvernement éthiopien a déclaré l'état d'urgence pour une période de six mois, après plusieurs mois de violents troubles dans le pays, a annoncé dimanche le premier ministre Hailemariam Desalegn.

«L'État d'urgence est nécessaire parce que la stabilité de notre pays est compromise», a déclaré le premier ministre dans une allocution retransmise par la télévision nationale EBC.

«Les responsables sont des éléments belliqueux en collaboration avec les ennemis extérieurs de l'Éthiopie, qui travaillent ensemble pour déstabiliser le pays», a-t-il ajouté, précisant que «l'état d'urgence a été déclaré après un débat approfondi en conseil des ministres sur les morts et les dommages aux biens survenus dans le pays».

Cette déclaration d'état d'urgence intervient après une semaine de violence d'une rare intensité dans la région oromo (centre et ouest), où les manifestations visant des intérêts étrangers en plus des bâtiments publics se sont multipliées jusque dans la périphérie d'Addis Abeba.

Une ressortissante américaine a été tuée par un jet de pierre sur son véhicule près de la capitale. Des complexes touristiques, des usines et des fermes étrangères ont été incendiés.

Ces violences font suite à la bousculade meurtrière provoquée par des tirs de gaz lacrymogène de la police, dimanche dernier au cours d'un festival religieux oromo (55 morts selon les autorités, beaucoup plus selon les opposants).

«Nous nous donnons comme priorité la sécurité des citoyens. De plus, nous voulons mettre fin aux dommages causés à nos infrastructures, à des centres de santé, des bâtiments de l'administration et de la justice», a déclaré le premier ministre dans son communiqué.

Une contestation sans précédent

Cette déclaration d'état d'urgence sur l'ensemble du territoire est sans précédent en Éthiopie depuis 25 ans. En 2005, les autorités éthiopiennes avaient décrété un état d'urgence limité à certaines villes, dont Addis Abeba, pour une durée de 30 jours, après des élections controversées.

La mesure marque un durcissement du gouvernement face aux mouvements de contestation qui traversent l'Éthiopie depuis la fin de l'année dernière, réprimés par l'État au prix de centaines de morts selon des organisations de défense des droits de l'Homme.

Des habitants de la capitale Addis Abeba et d'autres villes de province ont indiqué à l'AFP qu'il y avait davantage de policiers dans les rues à la suite de la déclaration de l'état d'urgence, mais pas d'autres mesures visibles.

Le réseau internet mobile est coupé depuis cinq jours à Addis Abeba et les réseaux sociaux bloqués, une mesure régulièrement prise par les autorités pour empêcher la diffusion d'appels à manifester, déjà mise en place en région omoro depuis des mois.

L'Éthiopie est en proie à un mouvement de contestation antigouvernementale sans précédent depuis la chute de la dictature communiste de Mengistu en 1991, mené par les communautés oromo et amhara, majoritaires dans le pays, mais qui s'estiment marginalisées par le gouvernement - largement dominé par des Tigréens du nord.

Selon un responsable de l'opposition éthiopienne, l'état d'urgence n'est qu'un moyen pour le gouvernement de «consolider son autorité et d'écraser toute manifestation publique spontanée».

«Ils ne donnent aucune place au dialogue. Ils veulent tout contrôler», a estimé Beyene Petros, responsable de la coalition d'opposition Medrek. «Les gens ne vont pas l'accepter, cela va provoquer davantage de colère».

Alors que l'Éthiopie connaît depuis dix ans une croissance économique record, déjà érodée cette année par une sévère sécheresse, l'instabilité politique croissante pourrait avoir des répercussions négatives sur les investissements et le tourisme, selon des experts. Plusieurs investisseurs ont annoncé leur intention de se retirer et la fréquentation touristique est en chute libre.

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