Le Soudan accusé d'utiliser des armes chimiques au Darfour

Un enfant et sa mère marchent en direction... (photo ALBERT GONZALEZ, archives minuad/AFP)

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Un enfant et sa mère marchent en direction de leur abri, dans le camp de réfugiés de Zam Zam, dans le Darfour du Nord, en juin 2014. Les combats au Darfour ont fait au moins 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon des chiffres compilés par l'ONU.

photo ALBERT GONZALEZ, archives minuad/AFP

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Agence France-Presse
NATIONS UNIES

Amnistie internationale a accusé jeudi les forces gouvernementales soudanaises d'avoir procédé cette année à plusieurs attaques chimiques qui ont tué des civils dans l'ouest du pays, des allégations fermement rejetées par Khartoum.

Dans un rapport, l'ONG affirme qu'au moins une trentaine d'attaques à l'arme chimique ont été perpétrées entre janvier et septembre sur des villages de la région du Djebel Marra, dans le Darfour, dans le cadre d'une vaste campagne militaire contre les rebelles.

Le rapport d'Amnistie comprend des images d'enfants souffrant de brûlures chimiques, d'images satellites de villages détruits et de personnes déplacées, des extraits d'entretiens avec plus de 200 survivants et des analyses d'experts en armes chimiques.



Il « rassemble des preuves de l'utilisation répétée ces huit derniers mois de ce qui apparaît être des armes chimiques contre des civils, y compris de très jeunes enfants, par les forces soudanaises dans une des régions les plus isolées du Darfour », indique l'ONG.

Dans un communiqué, Amnistie estime qu'« entre 200 et 250 personnes ont pu mourir d'une exposition aux agents chimiques, pour beaucoup, voire pour la plupart, des enfants ».

L'ONG assure que les forces gouvernementales ont également procédé à des « bombardements sur des civils », « des meurtres illégaux d'hommes, de femmes et d'enfants » et des « rapts et viols de femmes » dans le Djebel Marra.

Ces attaques font partie d'une campagne militaire contre les rebelles de l'Armée de libération du Soudan-Abdel Wahid Nour (SLA-AW) et relèvent des qualifications juridiques de « crimes de guerre » et « crimes contre l'humanité » d'après l'ONG.



Rapport « incorrect »

« Le rapport d'Amnistie est incorrect », a réagi le porte-parole de l'armée soudanaise, Ahmed Khalifa al-Shami, contacté par l'AFP.

« La situation sur le terrain ne nécessite pas des bombardements intensifs dans la mesure où il n'y a plus de réelle présence des rebelles », a-t-il dit. « Nos troupes ont par ailleurs reçu l'ordre clair de ne pas viser les rebelles s'ils se trouvent dans des villages ou secteurs habités par des civils ».

Selon le porte-parole, des opérations militaires intenses au Darfour ont en outre été exclues, vu que « le gouvernement est engagé dans un processus politique pour régler le problème » avec les rebelles.

Dans son rapport, Amnistie affirme également que des dizaines de milliers de personnes ont dû fuir leurs foyers depuis le début de l'offensive terrestre et aérienne dans le Djebel Marra.

« Le Darfour est pris dans un cycle catastrophique de violences depuis 13 ans. Rien n'a changé, sauf qu'aujourd'hui le monde ne regarde plus », estime Tirana Hassan, une responsable de l'ONG.

Le Darfour est le théâtre d'un conflit sanglant depuis 2003 quand des insurgés issus de minorités ethniques ont pris les armes contre le pouvoir de Khartoum, aux mains de la majorité arabe. Le président soudanais Omar el-Béchir a alors lancé une contre-insurrection violente.

Depuis, l'ONU estime que les combats ont fait au moins 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés dans cette région composée de cinq États.

M. Béchir, réclamé par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide commis dans cette région, avait solennellement annoncé début septembre que la paix était revenue au Darfour, un territoire grand comme la France.

Mais Khartoum en limite toujours l'accès aux journalistes et aux travailleurs humanitaires, même si une Mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine (MINUAD) y est déployée depuis 2007.

Le Soudan, signataire depuis 1999 de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, a plusieurs fois demandé le départ de la MINUAD.

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