Afrique du Sud: violence et colère après la hausse des frais universitaires

Des étudiants prennent part à une manifestation sur... (photo Siphiwe Sibeko, REUTERS)

Agrandir

Des étudiants prennent part à une manifestation sur le campus de l'Université de Witwatersrand pour réclamer la gratuité universitaire, le 20 septembre.

photo Siphiwe Sibeko, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Sibongile KHUMALO
Agence France-Presse
JOHANNESBURG

Jets de pierres, tirs de grenades assourdissantes, vitres brisées: les manifestations contre la hausse des droits universitaires ont dégénéré mardi en violents affrontements entre étudiants et forces de sécurité privées sur le campus de Johannesburg.

Il y a tout juste un an, un mouvement national de protestation dénonçant l'augmentation des frais de scolarité avait déjà paralysé les universités sud-africaines. Devant l'ampleur de la mobilisation, les destructions et les violences, le gouvernement avait cédé en prononçant un gel de l'augmentation pour 2016.

Le feu vert accordé lundi par le gouvernement à une nouvelle hausse des droits pour 2017, même s'il l'a souhaitée limitée à 8 % au maximum, a relancé l'agitation dans les facultés du pays.

Mardi, le campus de l'Université de Witwatersrand (Wits) à Johannesburg, l'une des plus prestigieuses, s'est à nouveau embrasé.

Une étudiante est rejointe par des camarades après... (photo Siphiwe Sibeko, REUTERS) - image 2.0

Agrandir

Une étudiante est rejointe par des camarades après avoir été blessée lors de heurts avec des agents de sécurité de l'Université de Witwatersrand.

photo Siphiwe Sibeko, REUTERS

Students take part in a protest at University... (photo Siphiwe Sibeko, REUTERS) - image 2.1

Agrandir

Students take part in a protest at University of the Witwatersrand as countrywide protests demanding free tertiary education entered a third week, Johannesburg, South Africa, September 20, 2016. REUTERS/Siphiwe Sibeko

photo Siphiwe Sibeko, REUTERS

Des étudiants en colère, furieux de ne pouvoir accéder au Great Hall, un bâtiment emblématique de la faculté, ont jeté des pierres contre des agents de sécurité. Ces derniers, armés de boucliers, ont riposté en renvoyant les projectiles.

Cette bataille rangée a duré quelques minutes et fait une vingtaine de blessés, selon des étudiants. Des vitres de l'imposant bâtiment à colonnades ont été endommagées.

« La violence dont ont fait preuve ces gens est abjecte », a réagi un manifestant Thato Metsing, 20 ans. « Cela montre l'attitude de la direction de l'université à l'égard des étudiants. Je n'ai jamais vu des gardes jeter des pierres », s'est-il offusqué.

« Quand des objets ont commencé à voler, on a cherché à se protéger », a raconté un autre étudiant, Sizwe Mangena. « C'était comme l'une de ces scènes dans les townships pendant l'apartheid », le régime ségrégationniste officiellement aboli en 1994, a-t-il ajouté.

« Notre demande est simple. Nous voulons une éducation gratuite. Nos parents ne peuvent pas la payer », a-t-il expliqué.

À Wits, les frais de scolarité annuels oscillent entre 30 000 et 60 000 rands (2800 à 5600 $ CAN environ).

Des étudiants lancent des projectiles, des morceaux de... (photo Siphiwe Sibeko, REUTERS) - image 3.0

Agrandir

Des étudiants lancent des projectiles, des morceaux de pavé pour certains, en direction des agents de sécurité de l'Université de Witwatersrand.

photo Siphiwe Sibeko, REUTERS

Cours suspendus

En donnant son aval à une hausse des frais, le ministre de l'Enseignement supérieur Blade Nzimande s'est engagé lundi à prendre en charge cette augmentation pour les étudiants dont les familles perçoivent moins de 600 000 rands (56 000 $) par an.

Mais cette promesse n'a pas suffi à calmer la colère. Nés pour la plupart après la fin de l'apartheid, les étudiants ont fait de l'éducation gratuite pour tous une exigence, dans un pays à l'économie en crise et frappée par un fort taux de chômage.

Dès le début de la journée, la police a été contrainte de tirer des grenades assourdissantes pour disperser des étudiants qui tentaient de bloquer les accès au campus de Wits.

Une trentaine de manifestants ont été arrêtés puis rapidement relâchés, selon les médias locaux.

Pour prévenir tout débordement, les cours ont été suspendus dans plusieurs universités du pays, dont celles du Cap (sud-ouest) et de Bloemfontein (centre).

À Wits, « environ 200 étudiants se déplacent en petits groupes de campus en campus pour perturber les cours (...) et intimider les élèves », a déploré la direction de l'université.

« Il s'agit de notre avenir. Si on ne participe pas à ces manifestations, nos enfants auront à se battre pour la même chose », a estimé Monica Ndlovu, étudiante de 20 ans à Wits.

« C'est très triste que nous ayons à nous battre au lieu d'apprendre. Notre gouvernement nous a laissés tomber. On ne peut pas payer les frais, même cette année où il n'y a pas eu d'augmentation », a témoigné Neo Tango, 19 ans.

Le ministre Nzimande a fait part de son « inquiétude » face à l'agitation qui a repris dans les universités.

« Les étudiants ont le droit de manifester, mais il n'y a pas de raison maintenant de le faire », a-t-il estimé sur la radio 702. « Je n'aime pas que la police soit dans nos universités. Ça me rappelle la période terrible de l'apartheid », a-t-il regretté.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer