Gabon: des psychiatrisés traités «comme des animaux»

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Une patiente du seul hôpital psychiatrique du Gabon, situé à Mélen, est assise sur le lit de la chambre qu'elle occupe, le 23 mai.

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Agence France-Presse
MÉLEN, Gabon

Patients aux prises avec des maladies mentales errants, bâtiments délabrés, absence d'encadrement et de soins... L'unique hôpital psychiatrique du Gabon, créé en 1982 en périphérie de Libreville pour devenir un établissement de référence en Afrique, fait aujourd'hui penser à un musée des horreurs.

« Centre national de santé mentale de Mélen (CNSM) »: sous le panneau, pas de sécurité, le portail grand ouvert donne sur un vaste domaine où les herbes hautes prolifèrent. Même constat à l'entrée des pavillons, ici chacun va et vient en toute liberté, sort de l'établissement, déambule autour des boutiques et de l'école du quartier sans aucun contrôle.

Outre les 24 « résidants » historiques, plusieurs dizaines de patients vivent dans ces locaux abandonnés, après avoir été amenés ici par leurs proches, ou ramassés dans la rue par d'autres malades « autonomes ».

Seuls quelques agents administratifs occupent encore leurs bureaux à l'entrée du site. Côté encadrement, trois cuisinières nourrissent les malades, retranchées derrière de solides barreaux à travers lesquels elles leur font passer les repas.

« Comme ils ne reçoivent plus leurs traitements, on a peur de se faire agresser, ils sont dangereux », confie l'une d'elles à l'AFP.

Couloirs crasseux jonchés de détritus, certificats médicaux des patients jetés à même le sol au milieu de piles de documents administratifs, l'abandon des lieux est manifeste.

« On nous traite comme des animaux », souffle un barbu vêtu de guenilles, avant de disparaître dans une chambre.

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L'unique hôpital psychiatrique du Gabon, créé en 1982 à Mélen, en périphérie de Libreville, est pratiquement laissé à l'abandon.

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Stigmatisation répandue

La maladie mentale fait généralement l'objet d'une grande stigmatisation en Afrique, selon un rapport de 2013 de l'Institut africain pour la santé et le développement (AIHD) basé au Kenya.

« Une étude menée en Ouganda a révélé que le terme «dépression» n'était pas culturellement acceptable au sein de la population, tandis qu'une autre étude menée au Nigeria a révélé que les gens répondaient par la peur, l'évitement et la colère » aux personnes diagnostiquées avec une maladie mentale, selon ce rapport.

Dans de nombreux pays, en particulier les zones de conflit où les symptômes de traumatismes sont graves, les autorités enferment les personnes souffrant de troubles mentaux, en les gardant parfois enchaînées pendant des années, officiellement pour leur propre sécurité.

Derrière une porte entrouverte, une vieille femme à demi nue, le crâne couvert de croûtes et prostrée sur un lit en ferraille fixe le mur avec de grands yeux ronds. Une odeur nauséabonde prend aussitôt à la gorge: le sol est maculé d'urine et d'excréments. Interrogée sur son état, elle pousse quelques gémissements, incapable de formuler une réponse.

« On laisse pourrir les gens là-dedans », se désole une jeune figure de la société civile, Gaël Koumba Ayouné, du Rassemblement des jeunes patriotes gabonais (RJPG).

En avril, un patient est mort, agonisant par terre, sans que personne ne vienne à son secours, bien que le centre psychiatrique fasse partie du grand ensemble de l'hôpital régional public de Mélen, doté de tous les services médicaux.

« Il est mort devant nous », explique le militant, qui dit avoir porté plainte contre l'État pour « négligence ».

« L'État ne répond plus aux besoins les plus basiques de sa population. (...) Parce qu'il est censé être fou ou vieux, un patient n'est plus considéré comme un être humain », accuse Gaël Koumba Ayouné, dont l'association construit une extension au centre de gériatrie, situé en face de l'hôpital psychiatrique, pour améliorer l'accueil des personnes âgées.

Celui-ci, comparé au sort des malades mentaux, est moins dramatique, mais le manque de moyens pose là aussi problème, selon lui: « Il n'y a pas de chambre froide. Lorsqu'une personne âgée décède, son corps peut rester 24 heures dans le dortoir avec les autres, le temps que les pompes funèbres arrivent ».

Quatre psychiatres dans tout le pays

Au CNSM, les problèmes ne sont pas nouveaux. Le personnel est en grève depuis plus deux ans pour réclamer de meilleures conditions de travail. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), moins de 1 % du budget total alloué à la santé est consacré à la santé mentale au Gabon, qui compte seulement quatre psychiatres pour environ 1,8 million d'habitants.

« Il fallait rénover d'urgence tout le bâtiment d'hospitalisation des malades les plus violents, installer des moyens de contention, des véhicules pour aller sur terrain, des médicaments... », énumère le secrétaire général du Syndicat national du personnel de la santé (SYNAPS), Serge Mikala, accusant une mauvaise gestion de l'établissement et de probables détournements de sommes « affectées à autre chose ».

Hormis les pathologies relevant de la santé mentale, « les patients ont également de nombreux problèmes de VIH, de paludisme, que nous n'avions pas les moyens de soigner », ajoute M. Mikala.

« Aujourd'hui, ce n'est plus une grève c'est un statu quo, on se demande bien comment l'hôpital pourrait redémarrer avec un budget de fonctionnement fictif, car il n'y a plus d'argent ».

Des travaux ont été lancés il y a près d'un an pour moderniser certains pavillons, mais l'entrepreneur a arrêté les travaux, faute d'être payé.

Au ministère de la Santé et de la Prévoyance sociale, on reconnaît « des tensions de trésorerie », notamment dues à la crise qui frappe actuellement tous les secteurs d'activité dans ce petit pays pétrolier.

« Le ministre a lancé un plan d'urgence - le deuxième en trois ans, NDLR - pour réhabiliter et équiper les structures existantes, car la santé mentale préoccupe au plus haut niveau les autorités gabonaises », assure pourtant le secrétaire général du ministère, Léonard Assongo, qui promet une reprise des travaux « d'ici le mois de juin ».

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