Kenya: Nairobi veut expulser 344 000 réfugiés

Le Kenya a déjà évoqué par le passé... (photo schalk van zuydam, associated press)

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Le Kenya a déjà évoqué par le passé la fermeture du camp de Dadaab, mais il a cette fois pris des mesures concrètes, comme la création d'une unité chargée de l'organiser et le démantèlement de l'agence gouvernementale pour les réfugiés.

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C'est le plus grand camp de réfugiés du monde. Dadaab, au Kenya, abrite quelque 344 000 personnes, essentiellement des Somaliens. Dont des terroristes shebab, selon Nairobi, qui a annoncé récemment son intention de fermer l'endroit et d'expulser ses habitants. Le tout d'ici un an. Quatre questions pour comprendre.

Pourquoi le Kenya veut-il fermer le camp de Dadaad ?

Nairobi affirme que le camp de Dadaab sert de « sanctuaire » aux miliciens islamistes somaliens shebab. C'est donc pour « des raisons de sécurité nationale mettant en jeu la sûreté des Kényans dans un contexte d'activités terroristes et criminelles » que le gouvernement du pays entend expulser les réfugiés du camp et fermer ses frontières à tout nouveau réfugié, a déclaré mercredi le ministre de l'Intérieur Joseph Nkaissery, qui espère voir les premiers réfugiés quitter le camp en novembre et achever sa fermeture en mai 2017. Le Kenya a déjà évoqué par le passé la fermeture du camp de Dadaab, mais il a cette fois pris des mesures concrètes, comme la création d'une unité chargée de l'organiser et le démantèlement de l'agence gouvernementale pour les réfugiés. Nairobi dit avoir débloqué 10 millions pour financer l'opération.

Le camp abrite-t-il réellement des terroristes ?

« Ce n'est pas impossible », estime le directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire (OCCAH) de l'Université du Québec à Montréal, François Audet, qui souligne l'immensité du lieu. « Tout ce qui entre et sort est loin d'être contrôlé. » Il s'agit cependant, si c'est le cas, d'« un petit pourcentage », pense le directeur de l'Institut montréalais d'études sur le génocide et les droits de la personne de l'Université Concordia (MIGS), Kyle Matthews, qui rappelle que le gouvernement kényan n'a jamais apporté la preuve que les attentats meurtriers qu'il évoque, celui du centre commercial Westgate de Nairobi (2013, 67 morts) et celui de l'Université de Garissa (2015, 148 morts), avaient été fomentés dans le camp. Néanmoins, « le gouvernement kényan n'apprécie pas d'avoir autant de Somaliens sur son territoire », note Kyle Matthews, qui constate que les terroristes « n'ont pas beaucoup de difficulté à entrer dans le pays ».

Est-ce que d'autres facteurs motivent la décision de Nairobi ?

François Audet avance l'hypothèse que le Kenya puisse vouloir monnayer sa gestion des réfugiés somaliens et sud-soudanais en s'inspirant de l'entente récente entre l'Union européenne et la Turquie pour gérer le flux migratoire. Si le Kenya devait expulser ces réfugiés, « on peut imaginer que la moitié de ces gens-là monteraient vers l'Europe », estime le chercheur et ancien travailleur humanitaire. Il rappelle que les Somaliens et Sud-Soudanais « représentent moins de 4 % » des réfugiés qui affluent en Europe, « justement parce qu'ils sont dans les camps [kényans] ». Personne ne devrait vivre dans un camp, croit François Audet, mais il faudrait que la communauté internationale se mobilise pour accueillir davantage de réfugiés afin de leur permettre d'en sortir. « On est tous d'accord pour dire qu'il ne devrait pas y en avoir, de camps, et tant mieux si on peut les fermer, mais il ne faut pas les fermer n'importe comment », dit-il.

La décision du Kenya est-elle légale ?

Renvoyer les réfugiés dans leur pays d'origine ou dans des pays tiers, comme le gouvernement kényan projette de le faire, serait « une violation du droit humanitaire international », affirme François Audet, de l'OCCAH. Le ministère somalien des Affaires étrangères a pour sa part déclaré dans un communiqué qu'il s'agirait d'un « échec légal et moral de la part du Kenya », ajoutant qu'« expulser des réfugiés somaliens vulnérables au moment où la Somalie fait des progrès, reconnus par la communauté internationale, vers la stabilité et la mise en place d'institutions, ne fera qu'augmenter le risque d'insécurité dans la région ». Le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies a appelé le Kenya « à revoir sa décision », qu'il a qualifiée de « vivement préoccupante ». Les ministres canadiens des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et du Développement international, Marie-Claude Bibeau, ont quant à eux déclaré par communiqué que « le Canada s'inquiète grandement de la décision du gouvernement du Kenya ».

- Avec l'Agence France-Presse

Le camp de Dadaab en bref

Le camp de Dadaab, qui est en réalité un ensemble de camps ceinturant la ville du même nom, à une soixantaine de kilomètres de la frontière somalienne, a accueilli ses premiers réfugiés en 1991, quand la Somalie a sombré dans une guerre civile dont elle n'est toujours pas sortie et à laquelle se sont ajoutées, en 2006, les exactions des milices shebab. L'immense majorité des réfugiés du camp de Dadaab est donc composée de Somaliens : 328 000 sur 344 000. On y trouve aussi des Éthiopiens et des Sud-Soudanais. En 2011, 20 ans après l'ouverture du camp, le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies estimait à 10 000 le nombre de réfugiés de « troisième génération », nés à Dadaab de parents eux-mêmes nés sur place.

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