Les réfugiés somaliens anxieux à l'annonce par le Kenya de la fermeture de camps

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Le Kenya a déjà par le passé annoncé son intention de fermer Dadaab (notre photo), mais cette fois-ci, il a pris de premières mesures concrètes, comme la mise en place d'une unité chargée d'organiser la fermeture du camp ou le démantèlement de l'agence gouvernementale pour les réfugiés.

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Céline CLERY
Agence France-Presse
Kakuma

Le projet du gouvernement kényan de fermer le plus grand camp de réfugiés du monde et de renvoyer chez eux les réfugiés somaliens suscitait jeudi l'anxiété parmi la population de l'autre grand camp du Kenya, Kakuma, dans le nord-ouest du pays.

«Si nous sommes chassés de cet endroit, je ne pourrai pas rentrer en Somalie», a témoigné auprès de l'AFP Momina Omar Semboka, 39 ans, originaire de Kismayo, un port du sud de la côte somalienne longtemps contrôlé par les insurgés islamistes shebab.

Mère de quatre enfants, Momina a fui la guerre en Somalie en 2008. Même si le gouvernement kényan n'a pas menacé pour l'instant de fermer Kakuma, elle explique qu'elle ne veut quitter ce camp pour rien au monde, notamment parce que ses enfants y sont scolarisés.

Créé en 1991, le camp de Kakuma abrite environ 180 000 réfugiés, dont 90 000 sont des Sud-Soudanais et 55 000 ont fui la Somalie. Le camp, situé à l'ouest du lac Turkana, près de la frontière avec le Soudan du Sud, est organisé en de longues allées de constructions en tôle ondulée et donne presque l'apparence d'une ville.

Les motos-taxis y sont nombreuses, les échoppes également. Dans le centre pédiatrique du camp, des réfugiées somaliennes ou sud-soudanaises qui viennent d'accoucher côtoient de jeunes filles Turkana aux colliers multicolores.

Parmi les mères de famille rencontrées par l'AFP dans le centre, Mwajuma Ramadhan Mwechiwa, 42 ans, a fui Kismayo en mai 2005, après que ses parents furent tués par balle.

«Nous avons peur et nous ne sommes pas contents de cette décision. Nous ne pouvons pas rentrer dans notre pays. Les shebab sont partout», explique la mère de six enfants.

L'immense majorité des réfugiés somaliens au Kenya ont fui la guerre civile qui ensanglante la Somalie depuis 1991 et les violences des shebab, qui sont apparus en 2006. Ces derniers ont été chassés de Mogadiscio en 2011 par la force de l'Union africaine en Somalie. Ils ont ensuite perdu de nombreux bastions, mais ils contrôlent toujours de larges zones rurales dans le centre et le sud de la Somalie.

Le Kenya abrite quelque 600 000 réfugiés: environ 90% d'entre eux vivent dans des camps, les autres étant concentrés essentiellement à Nairobi.

«Un échec légal et moral»

La semaine dernière, le gouvernement kényan, mettant en avant des raisons de sécurité nationale, a annoncé qu'il n'accepterait plus de nouveaux réfugiés et qu'il allait fermer le complexe de Dadaab (est) qui, avec ses 350 000 réfugiés, est le plus grand du monde.

Le gouvernement somalien a exprimé jeudi «ses sérieuses réserves» face à l'annonce du Kenya: «Cette décision affectera négativement la majorité des réfugiés somaliens qui sont hébergés dans les deux camps et rendra la menace terroriste encore plus forte, et non moindre».

Rapatrier les réfugiés somaliens en Somalie ou les déplacer dans un pays tiers serait «un échec légal et moral de la part du Kenya», a ajouté le ministère des Affaires étrangères somalien dans un communiqué.

Le Kenya a déjà par le passé annoncé son intention de fermer Dadaab, mais cette fois-ci, il a pris de premières mesures concrètes, comme la mise en place d'une unité chargée d'organiser la fermeture du camp ou le démantèlement de l'agence gouvernementale pour les réfugiés.

Le ministre de l'Intérieur kényan a précisé mercredi que seul le camp de Dadaab allait être fermé, celui de Kakuma ne posant «pas de problèmes de sécurité».

Le HCR et de nombreuses ONG travaillant dans les camps ont dénoncé la décision du gouvernement kényan, rappelant que le rapatriement forcé des réfugiés était contraire aux conventions internationales.

Lors d'une visite à Kakuma jeudi, David Miliband, ancien ministre britannique des Affaires étrangères et actuel président de l'ONG International Rescue Committee (IRC), a souligné que les réfugiés ne devaient pas être rapatriés de force dans leur pays d'origine.

Il faut «un processus de décision éclairé qui prend en compte le point de vue kényan et respecte également les droits des réfugiés qui sont, après tout, les victimes innocentes de guerres menées par d'autres».

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